Alice Piccinali, présidente de GAELIS, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"Les étudiants étrangers ne doivent pas payer le manque de financement de l'État" : Gaelis tire la sonnette d'alarme

Alice Piccinali, présidente de GAELIS, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Un plan "discriminant, dangereux et incohérent"

En avril dernier, Philippe Baptiste, le ministre de l'Enseignement supérieur, a présenté le plan Choose France for Higher Education, qui prévoit notamment un décret obligeant les universités à différencier leurs frais d'inscription selon l'origine des étudiants. Pour ceux venant de pays extérieurs à l'Union européenne, une licence coûterait désormais 2 895 euros, contre 178 euros pour les étudiants européens, et un master 3 941 euros contre 254 euros. Pour Alice Piccinali, présidente de GAELIS, la fédération d'associations étudiantes lyonnaise et de Bourg-en-Bresse, ce plan est "à la fois discriminant, dangereux et incohérent." Selon elle, il serait dangereux parce que les étudiants extracommunautaires sont déjà les plus précaires : à GAELIS, ils représentent près de 70 % des bénéficiaires des deux épiceries sociales et solidaires de la fédération. Quant à l'argument budgétaire avancé par le ministère, la mesure pourrait rapporter 250 millions d'euros à des universités qui affichent, pour la première fois, un budget déficitaire, Alice Piccinali le balaie : "Ce n'est pas aux étudiants et étudiantes de payer le manque de financement de l'État envers les universités."

Sur le même sujet : "Une injustice criante depuis vingt ans" : pourquoi Lyon 3 est la moins financée des universités de France

Des mesures qui s'accumulent

Ce plan s'inscrit dans un contexte plus large d'inquiétudes pour les étudiants extracommunautaires. En juillet prochain, la suppression des APL pour ce public représentera jusqu'à 200 euros de moins par mois pour des personnes déjà fragilisées. Sur la métropole de Lyon, où l'accès au logement est particulièrement tendu, GAELIS reçoit chaque rentrée de nombreuses sollicitations d'étudiants extracommunautaires qui commencent l'année universitaire sans logement. "Depuis quelques mois, si ce n'est quelques années, les étudiants extracommunautaires semblent être la cible de mesures discriminantes de l'État," alerte Alice Piccinali. Face à cela, GAELIS appelle à la mobilisation, une action était prévue le 12 mai à l'université Lumière-Lyon 2, et tente de peser aux côtés de France Universités, même si la présidente reconnaît que "leur poids sera assez limité pour faire changer cette mesure."

Plus de détails dans la vidéo :

Lire aussi : Les universités lyonnaises au bord de la rupture financière


Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Nous allons parler d'enseignement supérieur puisqu'en avril dernier, Philippe Baptiste, le ministre de l'Enseignement supérieur, a présenté le plan Choose France for Higher Education, destiné à renforcer l'attractivité de l'enseignement supérieur français à l'étranger. Le problème, au sein de ce plan, est le projet d'un décret obligeant les universités à différencier la tarification si l'étudiant provient de l'extérieur de l'Union européenne.

Pour ces étudiants, la licence coûterait 2 895 euros contre 178 euros pour les étudiants communautaires de l'Union européenne, et le master coûterait 3 941 euros contre 254 euros pour les étudiants de l'Union européenne. Pour en parler, nous recevons la présidente de GAELIS, la fédération d'associations étudiantes lyonnaise et de Bourg-en-Bresse. Bonjour Alice Piccinali, merci d'être venue sur notre plateau.

Je vais entrer dans le vif du sujet. Pourquoi, pour vous, ce plan ne vous convient-il pas ? Qu'est-ce qui cloche ? Pourquoi cela ne va-t-il pas dans le sens de l'attractivité de la France, finalement ?

Bonjour, merci de parler de ce sujet. C'est un plan qui conjugue le discriminant, le dangereux et l'incohérent, et je vais détailler chacun de ces points. Dangereux, parce qu'aujourd'hui les étudiants et étudiantes extracommunautaires sont déjà les étudiants les plus précaires.

À GAELIS, nous avons deux épiceries sociales et solidaires étudiantes, et les étudiants extracommunautaires représentent presque 70 % de nos bénéficiaires. Ce sont des personnes déjà dans des situations fragiles, qui peuvent être isolées socialement, qui ont des difficultés administratives, auxquelles s'ajoute une grande précarité. Ce plan est incohérent parce que, selon nous, ce n'est pas aux étudiants et étudiantes de payer le manque de financement de l'État envers les universités et les services publics de manière plus générale.

Je rappelle que le ministère souligne que les caisses sont vides et que cette mesure pourrait rapporter 250 millions d'euros pour les universités, sachant qu'elles en ont bien besoin. Nous l'avons d'ailleurs annoncé dans le dernier numéro de Lyon Capitale : pour la première fois, les trois universités lyonnaises affichent un budget déficitaire — situation générale à toutes les universités françaises. Ce sont donc 250 millions qui pourraient s'ajouter. Mais pour vous, ce n'est pas forcément par là qu'il faut aller pour rétablir l'équilibre budgétaire ?

Bien sûr que non. Nous sommes d'accord sur le fait que les universités manquent de financement, mais selon nous, c'est à l'État d'investir plus massivement dans le financement des universités. Ce n'est pas aux étudiants et étudiantes de payer ce manque de financement.

Quand on regarde d'autres pays et que l'on se compare, la différence est frappante. Avec les États-Unis, elle est énorme : on ne parle pas de 3 000 euros, mais de dizaines de milliers de dollars.

Même avec les pays les plus proches de nous, l'Angleterre, par exemple, a des coûts d'enseignement supérieur beaucoup plus importants. Est-ce que ce n'est pas aussi un rattrapage ? Pourquoi la France devrait-elle rester avec des coûts si bas, alors que l'inflation fait que tout monte ?

Notre modèle français est ainsi : il se veut inclusif, il se veut accessible. Ce serait dommage de le remettre en cause simplement parce que c'est le cas dans nos pays voisins ou plus lointains. C'est une richesse de pouvoir accueillir des étudiants et des étudiantes venant de pays étrangers, de pays plus lointains, au même coût que les étudiants européens et français.

Dans le détail, tout de même, chaque université pourra conserver la possibilité d'exonérer 10 % des étudiants extracommunautaires dans le cadre de coopérations entre universités étrangères et françaises. Et le plan prévoit aussi d'élargir les bourses. Pour vous, c'est un cache-misère ?

Cela ne suffit pas du tout, cette possibilité laissée aux universités ?

C'est en effet une mesure que nous trouvons un peu fausse. Ce qui est proposé, c'est que l'exonération de masse ne soit plus possible, ce serait donc du cas par cas. Les universités n'ont pas du tout les moyens humains et financiers pour cela, ce qui nous semble totalement irréaliste.

Vous avez rédigé et publié un communiqué qui explique que la situation des étudiants extracommunautaires est déjà précaire. Il y a aussi la question des APL et du logement. Vous pouvez nous en dire un mot ?

Depuis quelques mois, si ce n'est quelques années — mais cela s'intensifie récemment —, les étudiants extracommunautaires semblent être la cible de mesures discriminantes de l'État. En juillet, il y aura la suppression des APL, les aides personnalisées au logement, pour ces étudiants. Cela peut représenter jusqu'à 200 euros par mois en moins, alors que, encore une fois, ce sont des étudiants particulièrement précaires. Cela rend les choses vraiment compliquées : c'est un vrai frein à l'accès à l'enseignement supérieur en France pour elles et eux.

Au-delà de cela, s'ajoutent toutes les problématiques étudiantes communes, qui s'intensifient pour les étudiants extracommunautaires du fait d'un isolement ou de difficultés administratives. On sait que, sur la métropole de Lyon, l'accès au logement est déjà très compliqué pour les étudiants et étudiantes. Il est très fréquent qu'en début d'année, en août et en septembre, nous recevions de nombreuses sollicitations d'étudiants, souvent extracommunautaires, qui n'arrivent pas à trouver de logement et qui ont déjà commencé l'année universitaire sans en avoir.

C'est quelque chose qui n'est pas possible.

Et c'est assez commun chaque année. GAELIS alerte sur le fait que des étudiants dorment dans leur voiture ou se font héberger chez certains de leurs camarades de classe. Nous arrivons à la fin de l'émission.

J'ai une dernière question. Rencontrez-vous les instances de l'État, la rectrice, les présidents des universités ? Quels sont vos outils pour vous faire entendre en tant que représentants des étudiants ?

Nous essayons déjà de mobiliser les étudiants et étudiantes sur ce sujet. Le mardi 12 mai, nous avons une mobilisation à l'université Lumière-Lyon 2. France Universités, qui rassemble l'ensemble des présidents d'universités de France, a également mobilisé les présidents d'universités sur le sujet. Nous essayons d'être en lien par ce biais.

Malheureusement, nous savons qu'ils auront un poids assez limité pour faire changer cette mesure.

Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Alice Piccinali, d'être venue sur notre plateau.

Quant à vous, vous pouvez retrouver plus de détails sur ce sujet sur le site lyoncapitale.fr. Dans ce dernier numéro, nous avons alerté et montré que les universités étaient dans le rouge. Sur ce même plateau, Gilles Bonnet, le président de l'université Lyon 3, alertait sur les finances, mais aussi sur ces mesures qu'il jugeait discriminatoires. Merci beaucoup.

À bientôt sur Lyon Capitale.

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