Yoann Cormier, chef de projet de l’exposition au musée des Confluences, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Yoann Cormier, chef de projet de l’exposition au musée des Confluences, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Expo : le musée des Confluences se transforme en fête malienne

Yoann Cormier, chef de projet de l’exposition au musée des Confluences, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Au musée des Confluences de Lyon, l’exposition Au Mali, quand les animaux dansent propose une immersion dans le Sogobo, une tradition festive malienne multiséculaire aujourd’hui menacée. À travers une centaine de pièces issues de la collection de Sonia et Albert Loeb, le parcours met en scène masques monumentaux et figures animées dans une scénographie sensorielle. "C’est une centaine d’objets qui sont issus d’une tradition festive malienne qui s’appelle le Sogobo", explique Yoann Cormier, précisant que ces œuvres sont habituellement intégrées à des performances mêlant danse, musique et narration. Pensée comme une traversée du temps, l’exposition s’éloigne des codes du musée classiques pour privilégier l’expérience : "Le visiteur est embarqué dans l’exposition […] avec un scénario lumière qui simule l’évolution de la journée vers la nuit".

Une tradition vivante, aujourd’hui fragilisée

Au-delà de l’esthétique, l’exposition porte aussi une dimension patrimoniale forte. Inscrit depuis 2014 au patrimoine immatériel de l’UNESCO, le Sogobo est aujourd’hui fragilisé par le contexte politique et sécuritaire au Mali. "C’est une tradition qui a plusieurs siècles mais qui est très menacée", rappelle Yoann Cormier. La donation du couple Loeb en 2024 a permis au musée de constituer un fonds exceptionnel, offrant ainsi une forme de préservation et de transmission. Accessible à tous les publics, y compris les enfants grâce à des dispositifs pédagogiques, l’exposition cherche avant tout à transmettre une énergie : "L’idée, c’est d’être pris dans cette ambiance, dans cette énergie du Sogobo".

Parmi les pièces marquantes, deux oiseaux monumentaux appelés Kotekono incarnent cette volonté de restitution fidèle. Restaurés avec leurs éléments éphémères — plumes, textiles ou fibres végétales habituellement détruits après usage — ils illustrent toute la complexité de ces objets performatifs. "On a redonné à ces masques leur échelle en reconstituant des parties qui ne sont pas conservées", souligne le commissaire, évoquant un travail de reconstitution essentiel à la compréhension de ces œuvres.

Plus de détails dans la vidéo :

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Bonjour à tous, bienvenue dans l’émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, on va parler de culture. Nous recevons Yoann Cormier, qui est chef de projet de l’exposition Au Mali, quand les animaux dansent, qui se tient au musée des Confluences jusqu’au 7 février 2027. Ce sont des œuvres, une exposition qui s’appuie sur les œuvres des donateurs Sonia et Albert Loeb. Bonjour Yoann Cormier, merci d’être venu sur notre plateau. On va rentrer dans le vif du sujet. Tout d’abord, qu’est-ce que vous allez nous montrer, qu’est-ce que vous nous montrez puisque l’exposition est déjà ouverte ? Quels sont les objets qui sont exposés ?

Alors, c’est une centaine d’objets qui sont issus d’une tradition festive malienne qui s’appelle le Sogobo, littéralement « l’animal sort », d’où le titre, et qui sont en fait de deux catégories : des grands masques, très grands, représentant des animaux, très colorés. Il y a différentes tailles de masques, il y a un masque qui fait 4,50 mètres pour vous donner l’échelle de l’exposition. Et puis des personnages humains, un certain nombre de personnages que l’on pourrait simplifier en disant que ce sont des marionnettes, par exemple. Tout cela fait partie de festivités qui sont jouées traditionnellement au Mali depuis des centaines d’années, dans des communautés agricoles et aussi, de manière plus étonnante, sur le fleuve Niger.

C’est-à-dire qu’on embarque ces personnages, ces marionnettes, ces masques sur de grandes barques et le public est assis sur les berges. C’est étonnant, et on a évidemment des images de tout cela dans l’exposition. L’enjeu pour nous, c’est de traduire des festivités, donc du spectacle vivant, dans une salle d’exposition. Fatalement, on s’éloigne un petit peu des codes du musée — vitrines, textes, objets — pour aller vers quelque chose de plus ressenti, une expérience à vivre dans l’exposition, avec beaucoup d’audiovisuel, beaucoup de musique, et une proximité avec les objets, avec leur échelle, assez forte.

Oui, une sorte d’immersion, on coupe avec Lyon et le monde qui nous entoure, on ne fait pas juste exposer des objets. Vous en parliez un petit peu : c’est pour qui cette exposition aussi ? Est-ce qu’il faut connaître le Mali ? Peut-on venir avec des enfants ? Est-ce qu’on peut venir simplement en curieux ?

C’est pour tout le monde, je dirais. Comme vous le dites : on embarque pour le Mali, que l’on ait une grande connaissance de l’histoire du Mali ou que l’on ne connaisse pas le pays, cela ne change strictement rien. C’est pour tous. C’est balisé. L’idée, c’est d’être pris dans cette ambiance, dans cette énergie du Sogobo. Et je dirais même que pour les plus jeunes, on a pensé à des petits éléments qui permettent d’expliciter ces objets qui ne sont pas forcément très accessibles. À partir de 5-6 ans, on a créé des petites animations sur les animaux, qui traduisent l’objet en animation de l’animal tel qu’il est perçu par les Maliens sur place. Donc c’est vraiment pour tout public.

Tout le monde y trouve son compte. Je l’ai mentionné au début de l’émission : ce sont des œuvres qui ont été données par les époux Loeb. Quelle est l’histoire, la genèse de cette exposition ? Pourquoi exposer Au Mali, quand les animaux dansent ?

En fait, cette exposition a été imaginée suite à une donation au musée en 2024 d’un couple, Sonia et Albert Loeb, qui étaient des marchands parisiens vendant un certain nombre d’objets d’art de différents continents. Au début des années 2000, Sonia et Albert sont tombés complètement amoureux de cette tradition du Sogobo et ils ont commencé une collecte. Cette collecte a donné lieu à des dizaines, voire des centaines de pièces dont on hérite aujourd’hui au musée. C’est en cela que cette exposition rend hommage à cette tradition. Ce qui est intéressant, c’est que le Sogobo, malheureusement, depuis une quinzaine d’années — c’est une tradition qui a plusieurs siècles — est très menacé. La situation au Mali n’aidant pas ce genre de festivités, depuis 2014, le Sogobo est inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO. L’exposition résonne donc aussi avec cette actualité d’archivage d’une culture qui est assez menacée.

Y a-t-il un lien entre Sonia et Albert Loeb et les Confluences, ou avec Lyon en particulier, ou pas spécialement ?

Je pense que l’idée de donner au musée est venue suite à des visites de ce musée, à la manière dont on présente les objets, dont on les met en contexte. Ils ont trouvé que c’était une forme d’écrin pour leur collection. Ils savaient qu’on en prendrait soin, évidemment, et qu’on la valoriserait d’une manière qui leur plaisait, j’imagine.

Est-ce qu’on peut revenir un petit peu sur la manière dont est pensée l’exposition ? Est-ce qu’il y a un fil rouge ? Comment vous assurez la cohérence des objets qui sont exposés ? Vous en avez déjà évoqué quelques éléments.

L’exposition est pensée comme une sorte de parcours à travers le spectacle. Il faut savoir que le Sogobo est une tradition festive qui dure plusieurs heures, un spectacle assez long — je dis spectacle pour simplifier — qui commence en début d’après-midi et peut finir très tard dans la nuit. On a voulu faire ressentir ce passage du temps à travers le spectacle, cette chronologie. Le visiteur est embarqué dans l’exposition et pris en charge par un scénario lumière qui simule l’évolution du soleil au cours de la journée. On commence aux alentours de midi et on termine avec une ambiance crépusculaire, avec des ombres projetées derrière les objets, très marquées, qui racontent autre chose. On a ainsi l’impression de traverser le spectacle. C’est cette narration que l’on a mise en avant.

Et cela fonctionne très bien, nous l’avons visitée nous-mêmes, on la recommande. Simplement, en dernière question — c’est la question traditionnelle de Lyon Capitale sur les événements culturels — est-ce que vous avez un coup de cœur personnel, en toute subjectivité ? Quelque chose que vous vous dites : ça, il ne faut pas le manquer ?

En toute subjectivité, oui, j’ai un coup de cœur. L’image finale de l’exposition montre deux grands oiseaux que l’on appelle Kotekono, qui traduisent vraiment l’échelle monumentale de ces objets. Ils sont associés à une danse, évidemment, puisqu’ils sont faits pour être dansés. Ce qui est intéressant pour moi dans ce projet, c’est qu’on a redonné à ces masques et à ces objets leur échelle en reconstituant, pour certains, des parties qui ne sont pas conservées après le spectacle : des éléments en plumes, en textile ou en fibres végétales, qui sont généralement brûlés à l’issue des festivités. Or, comprendre les objets sans ces parties éphémères est difficile. L’idée a donc été de reconstruire complètement ces oiseaux. C’est un objet qui fait deux mètres sur deux mètres, c’est massif et c’est très beau. C’est mon coup de cœur personnel.

Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup d’être venu sur notre plateau pour nous présenter votre exposition. Quant à vous, vous l’aurez compris : Au Mali, quand les animaux dansent, c’est au musée des Confluences jusqu’au 7 février 2027. C’est pour tous les Lyonnais, enfants compris. Merci d’avoir suivi cette émission. Plus d’actualités culturelles sur le site lyoncapitale.fr.

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