Isabelle Bertolotti, directrice du musée d'art contemporain (MAC) de lyon
Isabelle Bertolotti, directrice du musée d’art contemporain (MAC) de lyon

Lyon et l'art contemporain : "J'ai rien compris, j'ai adoré"

Isabelle Bertolotti, directrice du MAC (musée d'art contemporain) de Lyon, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Fini le musée-temple où l'on entre en silence pour s'instruire. Le MAC assume désormais une autre ambition : "ce n'est plus simplement un musée où l'on va apprendre des choses. Chacun peut participer, activer des expériences et repartir avec autre chose" explique sa directrice Isabelle Bertolotti. Cette philosophie se traduit concrètement par la mise en place d'un "living", un espace au sein même des expositions où le visiteur devient acteur (tampons à utiliser, mises en scène photographiques, interactions avec les œuvres).

Briser le mythe de l'élitisme

L'art contemporain a toujours entretenu une relation ambivalente avec son public. Par nature, il questionne, dérange, résiste parfois à toute explication et c'est précisément ce qui fait sa force. Mais cette liberté formelle a aussi forgé sa réputation hermétique. Le MAC en joue avec autodérision, comme en témoigne son tote bag très bien trouvé : "L'art contemporain, je n'ai rien compris, j'ai adoré". Loin d'être un aveu d'échec, c'est une invitation. Pour Isabelle Bertolotti, l'enjeu est clair : "notre rôle est de rendre (l'art) accessible et de permettre à chacun de s'en imprégner, de réagir, pour ou contre. C'est cela aussi qui est intéressant : le débat."

Pour séduire les nouvelles générations, le musée multiplie les formats : soirées inaugurales gratuites, performances musicales (le DJ Agoria était présent lors de la réouverture en mars) et une programmation ancrée dans l'actualité. Le résultat ? Interrogés sur leurs motivations, les jeunes visiteurs répondent spontanément venir "pour la musique et pour les expositions". "Une fois que cela est dit de manière spontanée, c'est gagné."

Une ambition nationale assumée

Le MAC ne se contente pas de rayonner localement. Il accueille cette saison la première monographie d'envergure en France de la peintre franco-italienne Giulia Andreani, une exposition qui aurait pu atterrir à Paris. Preuve, selon Isabelle Bertolotti, que le musée lyonnais entend "accueillir des artistes de très haut niveau" et s'imposer comme un acteur incontournable de la scène artistique nationale.

À l'aube de ses 50 ans, le MAC de Lyon incarne une vision moderne et inclusive du musée : un lieu de rencontre autant que de création, où, comme le résume si bien son tote bag, ne rien comprendre peut être le début de tout aimer.


La retranscription intégrale de l'entretien avec Isabelle Bertolotti

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Isabelle Bertolotti. Bonjour.

Bonjour.

Vous êtes directrice du MAC, le musée d’art contemporain à Lyon. Il y a quand même un chiffre incroyable pour commencer : 120 000 visiteurs en 2025, soit une hausse de 13 % par rapport à l’année précédente. C’est plutôt, j’imagine, de très bon augure. Comment expliquez-vous ce regain d’attractivité pour le MAC de Lyon ?

Peut-être des propositions qui plaisent, peut-être aussi une relation avec le public qui a changé, qui a évolué, et un public qui est désormais curieux et qui a envie de venir nous voir.

Et quand vous dites qu’il est curieux, cela signifie qu’en plus des musées classiques comme le Musée des Confluences ou le Musée des Beaux-Arts, le fait qu’il se dirige vers la Cité internationale, côté musée d’art contemporain, traduit justement cette curiosité d’aller voir des choses un peu plus “perchées”, entre guillemets ?

Je ne dirais pas “plus perchées”. Je dirais peut-être qu’elles leur parlent plus facilement. Nous travaillons beaucoup sur l’attractivité, sur la façon dont on peut s’intéresser à des choses qui les intéressent aussi, à l’actualité. Nous travaillons l’image, la participation. Nous avons une nouvelle façon de penser le musée comme un lieu à vivre. Ce n’est plus simplement un musée où l’on va apprendre des choses. Nous ne sommes plus du tout dans cette logique. Chacun peut participer, activer des expériences et repartir avec autre chose.

On l’a vu lors de la soirée de réouverture en mars : il y avait une soirée inaugurale gratuite, quatre expositions, et DJ Agoria était présent. Est-ce cela la recette du musée d’art contemporain ? Mélanger les formats, les publics, et créer une forme d’alchimie qui fonctionne ?

Disons que les propositions sont très larges. La musique attire aussi les jeunes générations. Nous proposons la gratuité ce soir-là, donc ils découvrent. Ce qui est important, c’est qu’ils reviennent. Et nous constatons qu’ils reviennent. Je pense que c’est gagné quand on arrive à cela.

Justement, c’est une question que je voulais vous poser : comment faites-vous pour fidéliser le public, notamment le jeune public, à venir au musée d’art contemporain ?

Nous nous en sommes rendu compte en posant des questions. Nous les interrogeons : venez-vous principalement pour la musique ou pour les expositions ? Ils nous répondent : les deux. Et pour nous, une fois que cela est dit de manière spontanée, c’est gagné.

Il est vrai que, globalement, l’art contemporain ne parle pas à tout le monde. Certains disent que c’est trop hermétique, trop élitiste. Vous venez justement de sortir un tote bag très bien pensé : “L’art contemporain, je n’ai rien compris, j’ai adoré”. Est-ce que vous assumez que l’art contemporain est parfois élitiste, hermétique ? Et comment faites-vous pour que ce sentiment évolue ?

Justement, nous essayons de montrer le contraire. Nous avons mis en place ce que nous appelons un “living”, c’est-à-dire un espace à l’intérieur de l’exposition où chacun peut être acteur. Selon l’exposition, on peut par exemple utiliser des tampons créés spécialement, se prendre en photo. La question du selfie est totalement d’actualité, avec un artiste né dans les années 1940 qui faisait déjà des autoportraits, bien en amont. Nous partons de cette exposition pour interroger la manière dont nous nous percevons dans la société et les images auxquelles nous sommes exposés quotidiennement. Cela nous permet de parler de sujets qui intéressent le public, et les artistes en parlent également.

Ce côté, je ne sais pas si c’est le bon terme, mais un aspect un peu expérientiel ?

Oui, tout à fait. Nous prenons en compte l’expérience de visite, c’est extrêmement important pour nous. Nous ne sommes pas seulement là pour transmettre un savoir, mais pour faire expérimenter les choses.

Lors de la soirée inaugurale, de nouvelles expositions ont été présentées, notamment l’exposition “Peinture froide” de Giulia Andreani, qui est la première monographie d’envergure en France pour cette artiste franco-italienne. C’est une première nationale. Elle aurait pu être présentée à Paris, mais elle a été choisie ici. Est-ce que cela dit quelque chose de l’ambition du musée d’art contemporain aujourd’hui ?

Oui, pour nous, il est important d’accueillir des artistes de très haut niveau, y compris de jeunes artistes, comme c’est le cas ici. Certains ont présenté leurs œuvres à la Biennale de Venise, ont été nommés au prix Marcel Duchamp et possèdent un parcours très solide. En même temps, ils abordent des sujets d’actualité avec une peinture réaliste, accessible, même si les thèmes sont plus complexes. Elle évoque par exemple la Première et la Seconde Guerre mondiale, mais à travers le prisme de la famille. Cela permet de parler de sujets graves de manière accessible, avec des mots simples.

Ce que vous dites est important : contrairement à certaines idées reçues, l’art contemporain est souvent en lien avec l’actualité. Les artistes s’en inspirent, l’expriment à travers leur art. Il y a toujours ce lien avec le présent.

Oui, il y a une prise de position très forte de chaque artiste. La manière de l’exprimer n’est pas toujours facile d’accès, mais notre rôle est justement de la rendre accessible et de permettre à chacun de s’en imprégner, de réagir, pour ou contre. C’est cela aussi qui est intéressant : le débat.

Enfin, ce sera ma dernière question : le MAC prépare une série de rencontres pour ses 50 ans. Cinquante ans d’art contemporain à Lyon, cela marque une étape. Que vous inspire cet anniversaire pour l’avenir du musée d’art contemporain à Lyon ?

À la fois, c’est jeune : les musées des Beaux-Arts sont bien plus anciens. Mais en même temps, nous avons acquis une expérience qui nous permet de mieux accueillir le public, de travailler avec les artistes sur des créations. Nous possédons aussi l’une des plus grandes collections d’œuvres monumentales, ce qui est remarquable. Ce sont des œuvres dans lesquelles le public peut parfois participer. Cette nouvelle approche du public est, à mon sens, essentielle dans notre société, où nous avons besoin de nous rencontrer, de participer, de faire des choses ensemble.

En tout cas, je le souligne parce que cela résume bien le musée d’art contemporain : “Je n’ai rien compris, j’ai adoré”. Pour ma part, j’aime beaucoup ce que vous faites. Je recommande à tout le monde d’aller au musée d’art contemporain découvrir ces nouvelles expositions. Merci beaucoup d’être venue sur le plateau et à très bientôt. Au revoir.

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