Vanessa Brossard, directrice de la Fondation pour le Logement en Auvergne-Rhône-Alpes, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Fin de la trêve hivernale : "Une hausse de 77 % des expulsions locatives"

Vanessa Brossard, directrice de la Fondation pour le Logement en Auvergne-Rhône-Alpes, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

La fin de la trêve hivernale, le 1er avril 2026, marque la reprise des expulsions locatives, dans un contexte de forte hausse. Dans le Rhône, leur nombre a bondi de 77 % en six ans, passante de 927 en 2019 à 1641 aujourd'hui, tandis qu’au niveau national, 30 500 expulsions ont été recensées en un an, des chiffres records. Une situation alarmante pour Vanessa Brossard, qui rappelle que "ce sont des chiffres vraiment alarmants pour le quotidien des personnes concernées".

Des profils de plus en plus diversifiés

Contrairement aux idées reçues, les expulsions ne concernent pas uniquement des ménages fraudeurs. La directrice souligne que "cela concerne de plus en plus de personnes, parce que les coûts du logement sont devenus décorrélés des niveaux de vie". Travailleurs précaires, familles monoparentales ou encore ménages modestes sont désormais en première ligne. Certaines expulsions surviennent même sans impayés, notamment lors de congés pour vente, dans un marché immobilier saturé où retrouver un logement relève du parcours d’obstacles.

La prévention comme priorité

Face à cette situation, la Fondation pour le Logement insiste sur la nécessité d’agir en amont. "La prévention est extrêmement importante", martèle Vanessa Brossard, évoquant l’importance d’intervenir dès les premiers retards de paiement pour éviter l’engrenage de la dette. L’association mise aussi sur l’écoute et l’accompagnement, notamment via une plateforme nationale, afin de rompre l’isolement et la culpabilité des ménages concernés. "Avoir une dette de loyer est extrêmement stressant, et les gens se sentent souvent coupables", rappelle-t-elle.

Plus de détails dans la vidéo :

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Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler de logement, de trêve hivernale et d'expulsions. Et pour en parler, nous recevons Vanessa Brossard, directrice de la Fondation pour le Logement en Auvergne-Rhône-Alpes, ex-Fondation Abbé-Pierre. Vanessa Brossard, bonjour, merci d'être venue sur notre plateau. Alors, on va rentrer dans le vif du sujet. Depuis le 1er avril 2026, c'est la fin de la trêve hivernale, on va y revenir. C'est aussi la reprise des expulsions locatives. Est-ce que, dans un premier temps, vous pouvez nous expliquer ce qu'est la trêve hivernale ?

Oui, la trêve hivernale, c'est une période qui s'étend du 1er novembre au 31 mars de chaque année et qui bloque les expulsions. C'est-à-dire que les procédures d'expulsion continuent, mais elles ne sont pas effectives. Les personnes ne se retrouvent pas à la rue pendant les mois les plus froids de l'année. C'est une protection pour les personnes.

Et pour éviter aussi qu'il y ait des gens qui se retrouvent dans des situations très difficiles dans la rue pendant l'hiver, quand les conditions climatiques sont les plus dures. Est-ce que vous pouvez nous dire comment évolue le nombre d'expulsions sur le territoire du Rhône, et puis aussi au niveau national ? Je crois que vous avez des données.

Oui, tout à fait. Dans le Rhône, on observe une forte augmentation : en 2019, on comptait 927 expulsions accordées. En 2025, ce sont 1 641 expulsions qui ont été accordées. Cela représente une augmentation de 77 % sur cette période de six ans, et une hausse par rapport à l'année dernière, où l'on comptait 1 347 expulsions.

Ce sont des chiffres importants. Et au niveau national, les tendances sont similaires ?

Au niveau national, c'est la même chose. On est à 30 500 expulsions sur l'année. C'est un record, après une année précédente qui était déjà un record. Ce sont des chiffres vraiment alarmants pour le quotidien des personnes concernées.

On va en parler, parce que la compétence de l'hébergement d'urgence relève de l'État. On va y revenir juste après. Pour nous aider à comprendre ce que signifient ces situations, est-ce que vous pouvez nous indiquer à quoi ressemblent les profils des personnes expulsées ? Est-ce qu'il y a un profil type d'ailleurs ?

C'est vrai que, quand on pense aux expulsions, on pense tout de suite à des situations économiques fragiles. Ce qu'il faut savoir, c'est que cela concerne de plus en plus de personnes, parce que les coûts du logement sont devenus décorrélés des niveaux de vie. On a notamment des personnes qui travaillent, avec de petits salaires, parfois dans des emplois précaires, discontinus. On a aussi beaucoup de familles monoparentales, c'est-à-dire des foyers avec un seul revenu. Et forcément, un seul revenu fragilise les budgets chaque mois.

Donc on est loin de l'image du squatteur qui abuse des aides et de la société. Ce sont aussi des travailleurs qui cotisent ou des familles avec enfants. C'est important de le rappeler. Concrètement, que signifie une expulsion ? Est-ce que c'est la police qui arrive un matin pour sortir les occupants ?

C'est une procédure qui se termine effectivement par le concours de la force publique lorsqu'il est accordé. Les forces de police se présentent avec un huissier de justice. Les meubles sont saisis et placés dans un garde-meubles. Cela engendre des frais exorbitants, qui vont quasiment doubler la dette liée à l'impayé, lorsqu'il y en a une. Car il faut le savoir : il existe aussi des expulsions de personnes qui n'ont pas de dette de loyer.

D'accord, cela correspond à quoi concrètement ?

Cela peut être, par exemple, une situation de congé pour vente au moment du renouvellement du bail : un propriétaire souhaite récupérer son logement en bonne et due forme. Le problème, c'est qu'il y a tellement de difficultés à se loger dans certaines villes que les ménages cherchent sans trouver. Ils se retrouvent alors en procédure d'expulsion sans problème de paiement de loyer.

Tellement le marché est saturé et qu'il est difficile de se loger. On l'a beaucoup traité à Lyon Capitale : les professionnels de l'immobilier évoquent plusieurs centaines de demandes pour une seule offre de logement, notamment dans Lyon intra-muros. Revenons à la responsabilité : celle de l'État, mais aussi des collectivités qui participent, notamment sur le territoire lyonnais, la métropole et la Ville de Lyon, en tentant de pallier ces situations. Pour vous, quelle devrait être la priorité de la puissance publique ?

Concernant les expulsions, nous pensons que la prévention est extrêmement importante. Elle est malheureusement souvent un peu oubliée. Agir précocement, notamment dans les situations d'impayés, permet d'éviter que la dette n'augmente et devienne ingérable. Lorsqu'il y a un ou deux mois de retard de loyer, c'est à ce moment-là qu'il faut intervenir, tant que la situation reste rattrapable. Avec de très petits budgets, on entre sinon dans un engrenage dont il devient très difficile de sortir.

Et vous faites ce travail de sensibilisation à la Fondation pour le Logement, ex-Fondation Abbé-Pierre. Cela fait partie de vos leviers pour lutter contre la précarité et éviter que des personnes ne se retrouvent à la rue ?

Oui, nous avons une plateforme nationale qui permet d'écouter les personnes qui nous contactent, souvent en manque d'information et ayant besoin de soutien. Il y a aussi une dimension de honte : avoir une dette de loyer est extrêmement stressant, et les gens se sentent souvent coupables. Pourtant, aujourd'hui, les loyers sont souvent devenus difficilement supportables. Nous proposons donc cette écoute, mais aussi un soutien via le financement de projets associatifs qui accompagnent les personnes. Nous accordons également des aides d'urgence pour celles et ceux qui n'ont pas d'autre solution.

Très bien, ce sera le mot de la fin. Nous sommes déjà au bout des six minutes chrono. Merci en tout cas de nous avoir apporté ces éclairages sur la fin de la trêve hivernale. Quant à vous, merci d'avoir suivi cette émission. Vous pouvez retrouver plus de détails sur l'actualité lyonnaise et du Rhône sur le site lyoncapitale.fr. À très bientôt.

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