Jérôme Rebourg, vice-président de la FNAUT Auvergne-Rhône-Alpes, est l’invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Alors que la région Auvergne-Rhône-Alpes a validé début avril quatres projets de services express régionaux métropolitains (SERM), la métropole de Lyon reste à l’écart de cette sélection. Une situation que relativise Jérôme Rebourg, vice-président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (FNAUT) en région, qui évoque un simple contretemps : "Ce serait complètement anormal que le projet ne soit pas retenu. Nous sommes assez confiants. Nous espérons que c’est un simple retard et que cela va vite se débloquer." Pour lui, au-delà des éventuels blocages politiques, l’enjeu est avant tout national : "Plus d’une vingtaine de SERM sont validés à l’échelle nationale. Il serait inconcevable que le projet lyonnais ne le soit pas dans les semaines à venir."
Un levier pour désenclaver les territoires
Contrairement aux critiques sur un possible renforcement des inégalités territoriales, ces projets visent selon lui à mieux connecter les périphéries et les zones rurales aux bassins d’emploi. "Ces projets sont pensés pour les habitants des périphéries et des territoires ruraux", insiste-t-il, en évoquant notamment la réouverture de lignes et le développement de gares périurbaines connectées à d’autres modes de transport. L’objectif est aussi de limiter l’usage de la voiture : "Cela permettra de réduire la circulation automobile. C’est gagnant-gagnant pour tout le monde, à condition que ce soit bien conçu."
Des attentes fortes sur la mise en œuvre
Si la perspective d’une mise en service à l’horizon 2035 laisse du temps, certaines mesures pourraient être engagées rapidement. Jérôme Rebourg plaide notamment pour une simplification tarifaire : "Avoir plusieurs systèmes de billetterie aujourd’hui est très contre-productif." Il alerte également sur le manque d’investissements dans le matériel roulant : "Certaines rames ont aujourd’hui 50 ans. Il y a une urgence à renouveler les trains." Enfin, il regrette une concertation encore insuffisante avec les usagers, pointant des incohérences dans les premiers tracés : "Nous n’avons pas été associés comme dans d’autres régions, et cela se ressent dans certaines propositions."
Plus de détails dans la vidéo :
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La retranscription complète de l'émission avec Jérôme Rebourg :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler de transports en commun, on va parler de RER régionaux. C'est un serpent de mer sur notre territoire, mais début avril, lors de la dernière assemblée plénière de la région Auvergne-Rhône-Alpes, l’assemblée a approuvé quatre projets de services express régionaux métropolitains. On peut aussi les appeler RER régionaux, pour une mise en place en 2035, avec un budget de 5,3 millions d'euros déjà débloqué. Ces quatre projets concernent quatre métropoles : Saint-Étienne, Grenoble, Chambéry. La métropole de Lyon n'a pas été retenue dans ces quatre projets, ni le projet franco-suisse autour du lac Léman. Pour en parler, nous sommes connectés avec Jérôme Rebourg, vice-président à la Fédération nationale des associations d'usagers des transports, la FNAUT, pour l’antenne Auvergne-Rhône-Alpes. Bonjour Jérôme Rebourg, merci d'être avec nous. Première question : comment expliquez-vous que le RER de Lyon ne fasse pas partie des projets validés à ce stade par la région ? Y a-t-il un problème entre les institutions, entre les collectivités ?
On ne sait pas exactement. Selon les personnes à qui on pose la question, on obtient des réponses différentes. Mais nous ne doutons pas que, comme pour le Léman Express, cela va arriver très rapidement. Ce serait complètement anormal que le projet ne soit pas retenu. Nous sommes donc assez confiants. Nous espérons que c’est un simple retard et que cela va vite se débloquer pour que tous les projets de SERM de la région soient validés et portés au ministère.
Très bien. On rappelle que la majorité de l’exécutif de la métropole de Lyon était précédemment écologiste autour de Bruno Bernard, avec une orientation politique différente de celle de la région Auvergne-Rhône-Alpes, dirigée par Fabrice Pannekoucke, membre des Républicains. Aujourd’hui, la métropole de Lyon a changé de majorité : Véronique Sarselli est la nouvelle présidente, également issue des Républicains, donc de la même couleur politique que la région. Ce nouveau dialogue annoncé entre la région et la métropole vous semble-t-il crédible pour débloquer ce projet ? Vous évoquiez un bon espoir, mais y avait-il selon vous un blocage politique ?
Nous ne connaissons pas tous les détails des jeux politiques, mais en tant qu’usagers, cela ne nous concerne pas. Plus d’une vingtaine de SERM sont validés à l’échelle nationale. Il serait complètement anormal que le projet lyonnais ne le soit pas dans les semaines à venir et que le dossier ne soit pas transmis au ministère. Ce serait inconcevable. Il n’y aurait alors plus aucune excuse liée aux orientations politiques. J’espère donc que cela va se résoudre très rapidement.
Très bien. Entrons dans le détail des enjeux soulevés par ces projets. Ces RER régionaux ne risquent-ils pas d’accentuer les inégalités territoriales ? Si l’on se place du point de vue des usagers, ces réseaux se concentrent autour des grandes métropoles. N’y a-t-il pas un risque d’enclaver certains territoires ?
Non, justement, c’est plutôt l’inverse. Ces projets sont pensés pour les habitants des périphéries et des territoires ruraux. Aujourd’hui, certains trains desservent uniquement les gares centrales. Avec les SERM, on prévoit la réouverture de lignes ferroviaires afin que les habitants des périphéries et des zones rurales puissent accéder aux bassins d’emploi des métropoles et des agglomérations. C’est donc une démarche inclusive.
Pour résumer, un SERM repose sur une architecture ferroviaire centrale avec des trains desservant des gares périurbaines à un rythme pouvant aller jusqu’au quart d’heure en heure de pointe. Ces gares, existantes ou réhabilitées, seront connectées à des bus, des cars départementaux et des parkings relais. Cela permettra à tous — habitants des centres urbains, des périphéries et des zones rurales — d’accéder plus facilement aux transports en commun et aux bassins d’emploi. C’est donc une avancée pour l’égalité territoriale.
Je me permets d’ajouter que cela permettra aussi de réduire l’usage de la voiture pour les habitants des périphéries et des zones rurales. Cela diminuera la circulation automobile, y compris pour les habitants des métropoles. C’est un dispositif gagnant-gagnant, à condition qu’il soit bien conçu.
On comprend donc que vous êtes favorable à ces projets, notamment parce qu’ils permettront d’augmenter la fréquence sur de nombreuses lignes existantes. Mais les usagers ont-ils été associés aux discussions ? La FNAUT Auvergne-Rhône-Alpes a-t-elle été impliquée ou le sera-t-elle ?
Dans cette première phase, nous avons été très peu associés. Nous avons été consultés au départ, mais contrairement à d’autres régions, nous n’avons pas été invités à participer aux comités de pilotage. C’est regrettable, car certaines propositions comportent des incohérences, traduisant davantage une vision d’élus que d’usagers.
Par exemple, pour le SERM savoyard, le tracé s’arrête à quelques kilomètres de la frontière avec l’Isère, aussi bien au nord qu’au sud. Or, nous souhaitions que ces réseaux soient interconnectés, afin de permettre aux usagers de circuler d’un bassin à l’autre, d’un département à un autre. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais nous espérons faire évoluer cela dans les prochains mois pour mieux répondre aux besoins des usagers.
D’accord. Il reste encore du temps. Dernière question, puisque nous arrivons à la fin de cette émission : les montants engagés et le calendrier vous semblent-ils réalistes ? L’objectif affiché est 2035, mais il reste des ajustements à faire.
Tout ne sera pas réalisé immédiatement, mais certaines mesures peuvent être mises en place dès maintenant. Par exemple, une tarification unique permettant aux usagers d’utiliser le même titre de transport pour les trains, puis pour le métro, le bus ou le tramway dans les agglomérations. Aujourd’hui, la coexistence de plusieurs systèmes de billetterie est très contre-productive.
Une autre priorité concerne l’achat de trains. Depuis l’annonce de 5 milliards d’euros par Laurent Wauquiez il y a trois ans, seulement dix rames ont été commandées. C’est très insuffisant. Certaines rames Corail ont aujourd’hui 50 ans. Il y a donc une urgence importante à renouveler le matériel roulant, à la fois pour maintenir le service actuel et pour permettre le développement futur des SERM.
Tout ne sera pas fait immédiatement, mais des actions concrètes peuvent être engagées dès aujourd’hui, pour améliorer la situation à court, moyen et long terme.
Merci beaucoup Jérôme Rebourg d’avoir été avec nous. C’est toujours trop court, 6 minutes chrono, mais merci pour ces éclairages sur ces projets. Merci à vous de nous avoir suivis. Pour plus de détails sur la politique ferroviaire et les transports sur le territoire lyonnais, rendez-vous sur le site lyoncapitale.fr. À très bientôt.
