Tiffany Joncour, députée RN et nouvelle conseillère métropolitaine, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Malgré des résultats en retrait par rapport aux élections législatives de 2024, pour elle comme pour son parti, Tiffany Joncour se réjouit après le premier tour des élections métropolitaines : "Pendant toute cette campagne, nous l’avons martelé : nous serons le groupe décisionnaire, qui sera l’arbitre à la métropole. C’est une réussite puisque nous allons, c’est officiel, faire entrer un groupe Rassemblement national à la métropole de Lyon. C’est historique".
Elle balaie toute union des droites à Lyon autour de Jean-Michel Aulas : "je n’ai pas envie que Lyon fasse perdurer le macronisme, surtout quand on sait que c’est une ville qui l’a vu naître. Donc non, pas de consigne de vote. Nous ne sommes la béquille de personne. Les électeurs feront leur choix. En tout cas, nous avons défendu un programme et nous aurons des élus pour continuer à le faire vivre".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Tiffany Joncour
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Tiffany Joncour. Vous étiez candidate à la présidence de la métropole pour le compte du Rassemblement national dans ces élections, candidate aussi sur la circonscription Porte-des-Alpes et à Saint-Priest aux municipales. Vous avez été battue au premier tour sur ces deux scrutins. En revanche, vous avez l’assurance d’être élue à la métropole de Lyon lors du mandat qui va commencer dans dix jours. Ces résultats pour le Rassemblement national dans la métropole de Lyon semblent bien en deçà de ce que vous aviez fait aux législatives. Est-ce, pour vous, une déception ?
Écoutez, non, ce n’est pas une déception, parce que l’on sait très bien que l’on ne peut pas calquer des résultats nationaux sur des enjeux locaux. Pendant toute cette campagne, nous l’avons martelé : nous serons le groupe décisionnaire, qui sera l’arbitre à la métropole. C’est une réussite puisque nous allons, c’est officiel, faire entrer un groupe Rassemblement national à la métropole de Lyon. C’est historique.
Ce qui n’était plus arrivé depuis le mandat précédent.
Bien sûr, et ce n’était pas le même mode de scrutin. Là, c’était un scrutin par circonscription. Nous sommes déjà assurés d’avoir deux élus. Nous sommes dès aujourd’hui sur le terrain, sur les circonscriptions qui passent au second tour, pour agrandir ce groupe et peser, comme je viens de vous le dire, dans chaque délibération durant les six ou sept années à venir.
Il y a un scénario possible avec Bruno Bernard qui obtient sept circonscriptions et Véronique Sarselli qui en obtient sept. Dans ce scénario, vos cinq à six élus pourraient faire basculer la majorité. Est-ce que vous vous voyez, finalement, pendant sept ans, faire et défaire les majorités ? Comment vous positionnerez-vous pour choisir entre Véronique Sarselli et Bruno Bernard ?
En ce qui concerne cette bascule, je vois ce groupe à la métropole un peu comme le groupe que nous avons à l’Assemblée nationale. Notre groupe est décisionnaire sur chaque décision qui est prise. Cela va être pareil au sein de la métropole. Vous l’avez dit, avec un scrutin très serré. Nous serons là à chaque fois pour peser. Évidemment, il n’y a pas de consigne de vote et nos suffrages ne se porteront ni sur la majorité sortante écologiste, qui a tant fait de mal à notre territoire, ni sur le clan Aulas-Sarselli-Grand Cœur Lyonnais, qui est une alliance de toutes les étiquettes, allant de LR au macronisme. Nous ne pouvons pas soutenir ce groupe qui fait survivre le macronisme dans la métropole de Lyon.
Cela veut dire que, par exemple, on pourrait avoir pendant sept ans l’impossibilité de voter un budget si vous décidiez de ne pas apporter vos voix à l’un ou à l’autre ?
Comme à l’Assemblée nationale, nous votons tout ce qui va dans le bon sens. Nous ne serons pas une opposition stérile qui s’oppose pour s’opposer. Nous sommes là pour défendre les électeurs qui nous ont élus. Toutes les décisions et propositions qui iront dans le sens du bien des Grands Lyonnais seront soutenues par les élus du Rassemblement national. En revanche, tout ce qui sera néfaste ou délétère pour les Grands Lyonnais sera combattu.
Comment expliquez-vous, pour revenir à la comparaison entre les législatives et les municipales, que les électeurs ne vous fassent pas confiance sur ce scrutin très incarné, qui reste le dernier échelon de la politique dans lequel ils ont confiance ?
Parce que nous sommes en train de nous implanter. C’est un travail qui prend de nombreuses années. Le Rhône n’a pas été une terre de conquête ces dernières années. L’élection de deux députés a montré qu’il y avait une attente pour le Rassemblement national. Nous le voyons sur le terrain. Maintenant, c’est à nous d’aller à la rencontre des habitants, de nous ancrer et d’apporter des réponses solides localement.
Nous avons présenté un nombre record de listes dans le Rhône aux municipales cette année. Partout où nous nous sommes présentés, nous aurons des élus. Certains ont été élus dès le premier tour. À Saint-Priest, par exemple, nous aurons trois élus d’opposition. Le travail d’implantation commence dès aujourd’hui et se poursuivra dès dimanche prochain. C’est un travail qui ne se fait pas en une seule élection. Nous sommes là pour durer dans les années à venir, pour étoffer nos équipes, notre programme et nos propositions, et être de plus en plus crédibles pour peser dans les années à venir.
Vous souteniez à Lyon un candidat de l’UDR, le parti d’Éric Ciotti, Alexandre Imbert du Palais, qui n’est pas en mesure de se maintenir au second tour. Est-ce aussi un résultat que vous redoutiez, dans la mesure où les sondages ne le donnaient jamais au-dessus de 10 % ? Cela confirme-t-il que Lyon reste une ville hermétique au Rassemblement national ?
Aux dernières législatives, sur quatre circonscriptions, les quatre sont parties à gauche ou à l’extrême gauche. Ce n’est donc un secret pour personne que Lyon n’est pas très favorable. Les équipes d’Alexandre Humbert Dupalais ont cependant fait une très bonne campagne de terrain. C’est le retour d’élus du Rassemblement national dans les conseils d’arrondissement : deux élus dès le premier tour dans le 5ᵉ et le 6ᵉ arrondissement, et deux seconds tours dans le 8ᵉ et le 9ᵉ. Nous retournons donc dans les conseils d’arrondissement pour porter la voix du Rassemblement national.
Jean-Michel Aulas avait aussi réalisé une forme d’union des droites. Dans les sondages, par exemple notre dernier sondage IFOP-Fiducial, on voyait que 80 % des électeurs de Marine Le Pen en 2022 prévoyaient de voter pour Jean-Michel Aulas. Avez-vous eu l’impression d’être siphonnée par la candidature Aulas ?
J’ai l’impression que la candidature de Jean-Michel Aulas relève plutôt d’un saupoudrage électoral, où les électeurs n’ont pas vraiment compris où il voulait aller. Entre LR, le macronisme et le centre, on ne sait pas trop. On l’a vu avec ses propositions très brouillonnes. On constate qu’il connaît une déconvenue et qu’il n’est pas aussi haut qu’il l’espérait. Je vois mal comment, à l’avenir, s’il gagne la ville ou même s’il est dans l’opposition, il pourra constituer un groupe uni alors même que, dans son camp, les personnalités n’ont pas du tout les mêmes tendances politiques.
Les 7,5 % de suffrages obtenus par Alexandre Humbert Dupalais peuvent-ils constituer une réserve de voix pour Jean-Michel Aulas ? Appelez-vous vos électeurs à soutenir Jean-Michel Aulas face à Grégory Doucet ?
Je ne donnerai aucune consigne de vote, car nos électeurs ne nous appartiennent pas.
Et vous, si vous étiez électrice à Lyon, que feriez-vous ?
J’aurais beaucoup de mal à voter pour un candidat macroniste. Ils ont ruiné la France. Je n’ai pas envie que Lyon fasse perdurer le macronisme, surtout quand on sait que c’est une ville qui l’a vu naître. Donc non, pas de consigne de vote. Nous ne sommes la béquille de personne. Les électeurs feront leur choix. En tout cas, nous avons défendu un programme et nous aurons des élus pour continuer à le faire vivre. Pour cela, c’est une victoire du Rassemblement national.
