Les danseuses et danseurs du Ballet de l’Opéra national d’Ukraine dans la salle du Ballet de l’Opéra de Lyon

Une résidence pour les danseurs ukrainiens à l’Opéra de Lyon : quand l’art résiste aux bombes

Du 9 au 19 mars, six jeunes danseuses et danseurs du ballet de l’Opéra national d’Ukraine sont accueillis pour une résidence d’artistes à l’Opéra de Lyon. Rencontre.

Nous les avons rencontrés à la Maison de l’Ukraine le 13 mars, dans le 8ᵉ arrondissement de Lyon. Sofiia, Veronika, Daria, Volodymyr, Oleksii et Yelyzaveta, danseuses et danseurs du ballet de l’Opéra national d’Ukraine, sont là, loin de Kyiv, loin des sirènes et des bombardements. Pendant dix jours, Lyon devient leur havre de paix. Un peu exténués par le voyage et par un agenda chargé, ils ont tenu à rencontrer la diaspora ukrainienne pour témoigner de leur condition de travail à Kyiv et pour évoquer ce projet de résidence à l’Opéra de Lyon, véritable bouffée d’oxygène pour ces jeunes artistes.

Un pont entre deux mondes
C’est une histoire de rencontres et de solidarité. Tout commence en juin 2025, quand Dominique Rebaud, accompagnée de Marianne Babich, d’origine ukrainienne, toutes deux membres de l’association Ukraine CombArt, se rendent à Kyiv, à l’invitation du Festival international du film documentaire et des droits humains DocuDays. Dominique Rebaud, chorégraphe et danseuse, est conviée à donner une master class de danse contemporaine au corps de ballet de l’Opéra de Kyiv. Dans une ville sous tension, le Ballet national d’Ukraine répète La Fille mal gardée sous la direction du Français Jean-Christophe Lesage, tandis que les explosions grondent au loin.

De cette immersion naît un très beau projet : organiser une résidence pour ces danseurs à Lyon, en partenariat avec l’Opéra. Richard Brunel, son directeur, et Cédric Andrieux, directeur du Ballet, ouvrent les portes de la prestigieuse institution. Pendant dix jours, les Ukrainiens suivent les cours du Ballet de Lyon, assistent aux répétitions, échangent avec leurs homologues français.

Danser pour résister
Pour Veronika, 19 ans, qui est retournée en Ukraine malgré la guerre après des études à Londres, cette résidence est une bouffée d’oxygène. “À Kyiv, on danse entre deux alertes à la bombe”, confie-t-elle. Volodymyr tient à rappeler que leur théâtre tourne presque normalement, car il conserve “un statut d’infrastructure critique” et est donc épargné par les restrictions, notamment énergétiques. Même si, parmi les 130 artistes qui composaient la troupe avant l’invasion russe, il ne subsiste que 50 danseurs, la culture reste une priorité nationale. “Le nombre de spectateurs a été réduit, car la jauge des vestiaires, qui servent d’abri en cas de bombardement pendant la représentation, est limitée”, précise-t-il.

Image tirée du documentaire The Sky Was on Fire : Ballet and War in Ukraine

Cependant, les salles de spectacles ne désemplissent pas, car c’est “un espace de liberté pour les Ukrainiens”, affirme Daria, originaire de Kharkiv, une ville proche de la frontière russe et constamment bombardée. Oleksii ajoute : “Pour les spectateurs, venir au théâtre est une manière de soutenir l’Ukraine.” C’est pour cette raison que l’on trouve de nombreux anciens militaires et des volontaires parmi les spectateurs.

L’opportunité de se libérer de l’influence russe
Car la culture est évidemment un vecteur politique. “Aujourd’hui, nous avons supprimé les œuvres du répertoire russe… Nous ne jouons plus Le Lac des Cygnes ou Casse-Noisette”, affirme Volodymyr. Et pour ces jeunes danseurs, c’est plutôt une opportunité pour se tourner vers un répertoire plus contemporain et plus ouvert. En 2023, ils ont effectué une tournée au Japon et en Europe – Allemagne, Italie, France – et ont pu découvrir des créations qui font écho “aux aspirations artistiques de leur génération”, comme l’évoque Veronika.

Un programme dense
À Lyon, la troupe suivra les classes quotidiennes du Ballet de l’Opéra de Lyon. Ils assisteront aux répétitions des productions en cours : Enemy in the Figure de William Forsythe et Grey Area de David Dawson.

Le 17 mars, le cinéma Lumière Terreaux organisera une soirée spéciale autour du film The Sky Was on Fire : Ballet and War in Ukraine de Jonathan Maricle et Joan Finn Adkison. Un documentaire passionnant, tourné en 2025, qui suit le parcours des danseurs du Ballet national, dont certains ont rejoint les rangs de la Défense territoriale. Avant la projection, les six jeunes artistes monteront sur scène pour exécuter un adage, une suite de mouvement chorégraphique.

Le 19 mars, la résidence s’achèvera par une rencontre avec la Compagnie Maguy Marin au Centre d’Art Ramdam de Sainte-Foy-lès-Lyon pour un moment d’échange intime et de danses partagées.

Dans une semaine, les jeunes artistes retourneront en Ukraine. Ils retrouveront les sirènes, les coupures de courant, la peur… Mais ils emporteront, en guise d’espoir, des souvenirs de rencontres, des fous rires dans les coulisses de l’Opéra et la parenthèse d’une vie presque normale.

Ballet and War in Ukraine. Le 17 mars, au cinéma Lumière Terreaux. Réservation ici.


Repères
Ukraine CombArt
Ukraine CombArt, l’association à l’origine de cette résidence, a été créée en 2022, au lendemain de l’invasion russe. Son objectif ? Soutenir les artistes ukrainiens et faire connaître leur culture en France. “Chaque fragment d’art est une brique de notre forteresse“, une devise empruntée au cinéaste ukrainien Maksym Nakonechnyi.

La Maison de l’Ukraine (Domivka)
Créée en 2022 après l’invasion russe en Ukraine, l’association lyonnaise apporte une aide aux réfugiés ukrainiens de Lyon et organise des événements culturels avec la diaspora. La Domivka est un lieu géré par l’association Lyon-Ukraine. Les Ukrainiens y bénéficient d’une aide pour mieux s’intégrer en France. Ils peuvent y consolider leur apprentissage de la langue et suivre divers ateliers culturels. Pour les Français, c’est une porte d’entrée dans la culture ukrainienne, un espace de convivialité et de rencontres.

domivka.fr


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