Le président du département du Rhône a envoyé un courrier incendiaire à l'attention de la présidente du SDMIS, qu'il accuse notamment de complicité de détournement de fonds publics.
La maison risque de bientôt prendre feu. Le Service départemental métropolitain d'incendie et de secours (SDMIS) est au cœur d'un important litige opposant le président du département du Rhône, Christophe Guilloteau (Les Républicains), à la présidente du SDMIS et 15e vice-président de la Métropole de Lyon, Zémorda Khelifi. Pour faire simple : le torchon brûle entre les deux financeurs historiques du SDMIS (le Département y contribue à hauteur de 20%, la Métropole pour 80%).
Selon nos confrères du Progrès, dans un courrier à l'adresse de la présidente du SDMIS, le président du Département du Rhône accuse cette dernière de complicité de "détournement de fonds publics", susceptible d’être signalée au procureur de la République en vertu de l’article 40 du Code de procédure pénale, ainsi que de "décisions prises de manière unilatérale", dont l'une d'elles "pourrait être entachée d'une illégalité manifeste". Contactée par Lyon Capitale, Zémorda Khélifi ne s'est pas étendue sur le sujet : "le SDMIS mérite mieux que les polémiques politiciennes de la droite", tacle-t-elle.
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Deux affaires à l'origine de la colère
Qu'est-ce qui a bien pu motiver une telle accusation de la part de Christophe Guilloteau ? Pour le savoir, il faut remonter aux élections professionnelles des pompiers 2020. A l'époque, de nombreuses failles de sécurité avaient été décelées, permettant d'obtenir les codes d'accès des abstentionnistes à partir d'un simple coup de téléphone. Si l'élection a par la suite été annulée par le tribunal administratif de Lyon, cette affaire a déclenché de fortes tensions entre deux syndicats.
L'organisation Autonome 69, minoritaire au SDMIS, avait alors porté plainte pour fraude électorale. Douze pompiers étaient placés en garde à vue; deux d'entre eux, appartenant au Syndicat Sud majoritaire, étaient mis en examen. Zémorda Khelifi leur avait accordé la protection fonctionnelle, engendrant le paiement des frais de justice aux frais du contribuable (le Département et la Métropole). Christophe Guilloteau, vice-président du SDMIS, s'en offusque alors que la présidente du service avait pris cette initiative sans le consulter, ce qui pour lui, revient à être complice d'un détournement de fonds. "Si tant est que la protection fonctionnelle puisse être accordée par une collectivité publique pour des faits commis par un agent dans le cadre de ses fonctions syndicales et d'un contexte électoral, qui ne relèvent pas des missions de l'établissement, écrit-il, il ne fait, en tout état de cause, aucun doute que la commission d'un délit pour lequel l'agent est mis en examen, constitue une faute personnelle détachable du service. Si cette information se confirme, votre décision est entachée d'une illégalité manifeste qui engage votre responsabilité, comme celle du Conseil d'administration et de l'établissement."
Suite a ce courrier, dix jours plus tard, le contrôleur général Stéphane Gouezec lui indique que la protection fonctionnelle a été abrogée. Cette décision satisfait Autonome 69, mais pas le Syndicat Sud qui dénonce un non-respect de la présomption d'innocence. Selon ce dernier, la protection fonctionnelle aurait été maintenue pour certains de leurs collègues dans d'autres départements.
Interrogé par Lyon Capitale, un représentant du Syndicat Sud, également sapeur-pompier, accuse le syndicat Autonome 69 d' "atteinte à la présomption d'innocence et au secret de l'instruction", pour avoir "transmis à la presse qu'il y avait des pompiers en garde à vue en juin 2025".
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Des problèmes de gouvernance au sein de la sous-direction à la santé
Une autre affaire est également venue secouer le SDMIS, évoquée par Christophe Guilloteau dans son courrier du 10 février. En effet, plusieurs membres de la sous-direction à la santé rapportent un climat pesant dû aux méthodes managériales de la médecin cheffe. Une atmosphère délétère qui a entraîné le dépôt de six plaintes pour harcèlement rapporte le Syndicat Sud.
Zémorda Khelifi missionne alors un cabinet d'audit externe, puis lance une enquête administrative… encore une fois sans prévenir Christophe Guilloteau, qui s'interroge sur "le respect des cadres légaux et réglementaires attachés à vos fonctions", rapporte Le Progrès. Dans ce document de réponse que nous avons pu consulter, le contrôleur général Stéphane Gouezec assure au président du Département que les démarches entreprises par la présidente du SDMIS sont en son pouvoir. "Elle (Zémorda Khélifi, NdlR) dispose de la compétence pour administrer l'ensemble du personnel du SDMIS, et à ce titre, elle dispose du pouvoir de nomination, de l'autorité hiérarchique et du pouvoir d'assurer la gestion administrative et individuelle du personnel".
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"Nous nous demandons pour quelles raisons ce courrier s'est retrouvé entre les mains d'un syndicat"
A Lyon Capitale, le représentant du Syndicat Sud dénonce un coup politique de la part du président du Département, destiné "à nuire" à Zémorda Khelifi. "Il y a un double enjeu électoral entre les municipales, et les élections professionnelles de mai. Il (Christophe Guilloteau, NdlR) pourrait choisir son petit poulain à la tête du conseil d'administration".
De plus, il se questionne sur la manière dont le courrier de Christophe Guilloteau est parvenu jusqu'à la presse :"Le Progrès m'a expliqué que c'est le syndicat Autonome qui leur avait transmis. Nous nous demandons pour quelles raisons ce courrier s'est retrouvé entre les mains d'un syndicat". Le représentant du Syndicat Sud indique à Lyon Capitale que leur avocat a saisi le procureur général financier au motif que "l'ingérence d'un élu dans la gestion des ressources humaines n'est pas une chose anodine même si elle est politiquement plaisante pour lui" ainsi que "pour contester l'abrogation de l'attribution de la protection fonctionnelle."
Plusieurs pompiers ont d'ailleurs témoigné en faveur du Syndicat Sud "pour indiquer qu'il y avait une campagne de diffamation en cours de la part du Syndicat Autonome faisant atteinte au secret de l'instruction", explique notre interlocuteur.
"Il était impossible que M. Guilloteau ne soit pas au courant"
Concernant les problèmes au sein de la sous-direction à la santé, le syndicaliste explique qu'il "était impossible que M. Guilloteau ne soit pas au courant, on en parlé lors des Formations spécialisées en santé, mais il ne vient pas." Selon des documents que nous avons pu consulter, il existe effectivement un signalement du "Syndicat Sud" en date du 4 juillet 2024, évoquant "des informations préoccupantes et des dysfonctionnements au sein de la sous-direction à la santé".
Dans un nouveau courrier, Christophe Guilloteau avait demandé que ces points de discorde soient intégrés à l'ordre du jour de la prochaine réunion du Conseil d'administration qui se tenait ce vendredi 6 mars. En cas de refus, il avait annoncé en parler lors des questions diverses qui constitueront cet ultime rassemblement avant les élections professionnelles qui se tiendront les 12 et 19 mai prochains. Malgré des sollicitations du côté de la Métropole et du Département, nous n'avons pas pu connaitre l'issue de ces demandes.
Ce même vendredi 6 mars, le groupe Grand Coeur lyonnais s'était mêlé à l'affaire. Alors que certains de leurs représentants font partie du conseil d'administration du SDMIS, le budget primitif de 2026 a été évoqué lors de cette réunion. Les élus Grand Coeur lyonnais ont dénoncé le fait que "le budget présenté par la Présidente ne garantit pas le bon financement du service pour l’année 2026. Il existe de nombreux flous sur des recettes encore incertaines, et malgré les interrogations en séance, la Présidente a été dans l’incapacité à justifier le bon équilibre budgétaire 2026." Contacté par l'intermédiaire de son service communication, Christophe Guilloteau "ne souhaite pas s'exprimer sur le sujet du SDMIS plus que le communiqué de presse envoyé vendredi dernier" (par Grand Coeur lyonnais).
Un nouveau reproche de la part de la droite qui ne devrait pas servir à éteindre l'incendie qui se propage au sein du SDMIS.

Et au coeur de tout ça ?
L'usage de monnaie.
On va envoyer le pompier Abo pour éteindre l'incendie politico-financier