Nouveau rendez-vous cette année à l’Auditorium : une Biennale de l’orgue nous est proposée, histoire d’ancrer dans notre époque un instrument souvent jugé archaïque.
À l’heure de la miniaturisation généralisée, que penser d’un instrument que l’on ne peut pas transporter – ou au prix d’un “déménagement” exceptionnel ? Un instrument de surcroît associé, dans l’imaginaire collectif, au culte et à la liturgie… Vieux jeu !
Ou plutôt vieux “jeux”, au pluriel cette fois, puisque le pachyderme conçu en 1878 par Aristide Cavaillé-Coll et pensionnaire de l’Auditorium compte très exactement 82 jeux – ou registres –, soit autant de groupes de tuyaux délivrant une sonorité homogène sur toute l’étendue du clavier.
Avec ses 6 508 tuyaux au total, sa cabine de pilotage à distance où se situe le clavier et les tirettes pour actionner les registres, l’orgue de l’Auditorium impressionne par ses proportions. À tel point qu’on se demande bien comment une telle bête a pu se retrouver successivement à Paris, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1878 pour laquelle il fut construit, au palais de Chaillot (où il fut carrément reconstruit en 1939) et enfin à Lyon en 1977.
Ce témoin unique des sonorités de l’orgue romantique du XIXe siècle s’inscrit dans une tradition ancienne qui débute au Moyen Âge mais se poursuit aujourd’hui encore via les orgues électroniques et synthétiseurs. Mais cela, peu de gens s’en rendent compte, d’où sa timide cote de popularité et son image archaïque.
Écol’orgue
Ce sont ces préjugés que l’Auditorium veut déconstruire avec cette Biennale qui installe l’orgue dans le présent. Et c’est Grégoire Rolland, jeune compositeur en résidence cette année et organiste, qui, une semaine durant, accompagnera les spectateurs dans ce processus.
Après une présentation sous forme de conférence illustrée, Rolland animera une table ronde intitulée “Les arts face aux enjeux écologiques”. Quel rapport ici avec l’instrument ? On sait juste que l’organiste nous gratifiera de quelques pièces çà et là.
On comprend mieux l’association écologie/orgue avec le concert qui verra la création française de Breathing Forests (Le Souffle des forêts)par la compositrice contemporaine Gabriella Smith ainsi que deux pièces de Grégoire Rolland également en rapport avec la nature. La Mer de Claude Debussy parachèvera cette rencontre bucolique.
Mais ce grand rendez-vous avec l’orgue ne s’arrête pas là puisque le film Tabou de Murnau (hymne à la nature encore vierge de la Polynésie) sera projeté en version ciné-concert avec l’accompagnement improvisé à l’orgue de Karol Mossakowski dans la grande tradition du film muet.
Enfin, l’organiste anglais James McVinnie tentera lui aussi de donner un coup de jeune à son instrument de prédilection avec un programme éclectique et accessible réunissant des œuvres modernes et contemporaines ayant pour fil conducteur une parenté (proche ou lointaine) avec le minimalisme et une volonté de briser les codes. Au programme, Messiaen et Dupré (pour les anciens), Philip Glass et toute une nouvelle génération de compositeurs minimalistes et électros américains jusqu’à l’artiste pop Sufjan Stevens.
Guillaume Médioni
Biennale de l’orgue – Du 6 au 11 janvier à l’Auditorium – www.auditorium-lyon.com

Formation : Lyon, territoire créatif où les idées prennent forme