Les six suspects interpellés dans le cadre de l'enquête sur la mort du militant nationaliste Quentin Deranque, font partie du groupuscule lyonnais antifasciste de la Jeune Garde. Mais qui est vraiment la Jeune Garde ?
Le mouvement de la Jeune Garde a vu le jour en janvier 2018, avec l’idée de “construire une riposte pour faire reculer l’extrême droite”, expliquait sur le plateau de 6 minutes chrono (l’émission télé quotidienne de Lyon Capitale) Raphaël Arnault, leader de la Jeune Garde, fin 2021. Connu pour ses actions visibles en manifestation et sa confrontation assumée avec l’extrême droite, le groupe s’est depuis structuré dans plusieurs autres villes.
Le mouvement est né de l’union de deux types de profils militants : d’anciens Lyonnais antifascistes des Voraces (clin d’œil à la société ouvrière apparue en 1846 dans le contexte de la révolte des canuts), un groupe antifasciste radical, “qui (a) une expérience de rue et qui (décide) de mettre la main à la pâte”, et des plus jeunes qui, à l’image de l’ancien militant NPA Raphaël Arnault, n’avaient pas les “armes” pour lutter contre l’extrême droite (“même à 500 contre 20, nous étions aux abois”)*.
Le 5 décembre 2025, le co-fondateur de la Jeune Garde et député Insoumis du Vaucluse, Raphaël Arnault, était condamné pour "violences volontaires en réunion." Les faits pour lesquels il est condamné remontent à avril 2021. Il est accusé d'avoir agressé un jeune homme de 18 ans lors d'une manifestation identitaire.
“Construire une riposte pour faire reculer l’extrême droite”
La Jeune Garde dit se démarquer de la mouvance "autonome" représentée à Lyon par la GALE. Dans sa présentation sur le site d’extrême gauche rebellyon.info, le mouvement explique que la GALE “a permis la création d’une subculture antifasciste dite ‘antifa’ qui l’a éloignée de la population en ne la rendant accessible qu’aux personnes qui se reconnaissent dans cette subculture”. La Jeune Garde, elle, entend recruter tous azimuts pour parler à plus de monde et créer un “antifascisme populaire”. “Notre objectif est de briser une certaine image de l’antifascisme actuel souvent critiqué et uniquement perçu comme un combat contre les groupes d’extrême droite. Cela sera possible en donnant un caractère politique à la lutte contre toutes les formes de dominations et de discriminations.” Pour autant, le groupuscule explique que s’il est en désaccord sur le fond avec certaines organisations, “dans la pratique (…) nous pouvons tout à fait travailler avec elles”.
D’un point de vue sémantique, le groupuscule fait référence aux Jeunes gardes socialistes et communistes des années 30, mais a opté pour un nouveau logo : les trois flèches de la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) et des groupes d’autodéfense des années 30, pour paraître plus proche des organisations légalistes. Selon une source policière, ils sont plus proches des partis politiques de la gauche radicale. Ils ont manifesté avec les jeunes écolos et les jeunes Insoumis.
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Un recours en péril ?
En juin 2025, le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau annonçait la dissolution de la Jeune Garde, en même temps que celle du groupe d'extrême droite Lyon Populaire. "Sous couvert d’organiser la défense de ses membres, le groupement provoque à des agissements violents contre les personnes, en vue d’affrontements avec les groupes adverses d’ultradroite",précisait le décret du président de la République. Présenté devant le Conseil d'Etat le 11 février 2026, le collectif contestait cette dissolution et demandait un recours.
Une semaine plus tard, la mise en cause des membres de la Jeune Garde dans la mort de Quentin Deranque pourrait bien influer sur ce recours. "Ceux-ci pourraient également être visés par une procédure pour reconstitution de ligue dissoute", écrit Mediapart.
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