Dans l’avant-propos à la nouvelle traduction du Bruit et la Fureur, proposée par Gallimard, le traducteur Charles Recoursé conte cette anecdote d’un journaliste de The Paris Review qui reprocha à Faulkner que ses livres soient incompréhensibles, même après trois lectures. Ce à quoi l’auteur répondit qu’il suffisait de les lire une quatrième fois.
Le Bruit et la Fureur, l’un des plus importants romans anglophones de tous les temps, dont le titre est une référence au Macbeth de Shakespeare, est de ces livres sur lesquels on pourrait passer toute une vie sans jamais parvenir à les saisir vraiment.
Dans le même avant-propos, Charles Recoursé confie les difficultés à traduire cette histoire, racontée de quatre points de vue différents et qui s’éclaire à peine dans sa dernière partie, et cette langue, cet anglais du sud des États-Unis qui, s’il accoucha de quelques-uns des plus grands auteurs américains (Twain, O’Connor, Williams, McCullers, Faulkner…), est une torture pour tout traducteur (mais Faulkner lui-même n’a-t-il pas écrit cinq versions du Bruit et la Fureur dans lequel il invente littéralement une langue pour chacun des personnages ?).
Il n’en demeure pas moins qu’il était temps (comme pour beaucoup des grands classiques anglo-saxons) qu’une nouvelle traduction vienne rafraîchir ce roman mythique (la précédente, signée Maurice-Edgar Coindreau qui amena tous les grands auteurs américains chez Gallimard, avait plus de 80 ans). Sans doute aussi parce que cette histoire de déclin d’une riche famille sudiste plonge aux origines du suprémacisme blanc, de cette aigreur née de la défaite du Sud lors de la guerre de Sécession et permet d’éclairer malgré son opacité formelle quelques-uns des démons qui agitent l’Amérique blanche d’aujourd’hui en une sorte de dégénérescence sans fin.
Le Bruit et la Fureur – William Faulkner, nouvelle traduction de Charles Recoursé (Gallimard), 400 p, 23 €.
Formation : Lyon, territoire créatif où les idées prennent forme