Deux semaines après son éclatante victoire sur La Diagonale des Fous, sur l'île de la Réunion, l'ultra-trailer beaujolais François d'Haene revient sur son "aventure". Et nous confie ses projets... entre Himalaya et Tor des Géants.

C'est votre 4e Diagonale des Fous. Cette course a quelque chose de particulier pour que vous y retourniez aussi souvent ?
La première fois que je l'ai courue, c'était en 2009. Je venais de terminer mes études. J'avais d'abord découvert le parcours en marchant, car c'est un GR. Je l'ai fait à l'envers, en plusieurs étapes, avec un sac à dos. C'est costaud. Arrivé au sud, j'ai pris trois quatre jours de repos et je l'ai refaite à l'endroit, en prenant le départ de la course. L'idée, en 2009, était de savoir si c'était possible de le faire. J’étais dans un mode découverte. C'était mon premier ultra-trail. J'ai terminé 5e, j'en garde un très bon souvenir. Après ça, j'ai commencé à me mettre au trail, d'abord sur de petites distances. En 2010, j'ai intégré le team Salomon.
La deuxième fois que j'ai courue la Diagonale des Fous, c'était en 2013. Ça s'est super bien passé car j'ai gagné. Là, j'avais optimisé mes entraînements. Cette année, la volonté était de courir de manière compétitive.
En 2014, le challenge a été de me dire : est-ce possible d'enchaîner plusieurs ultra dans la même année, entre la Diagonale des Fous, l'Ultra-Trail du Mont-Blanc et l'Ultra Trail du Mont Fuji (qu'il a tous remportés, NdlR).
En 2015, je n'avais pas la même motivation.
Et cette année, j'ai eu beaucoup envie de la refaire car c'est une course à part entière sur le circuit. C'est une course particulière, avec un public hyper chaleureux. C'était aussi l'occasion d'y aller avec toute ma famille, c'est important.
On vous a vu très marqué sur la ligne d'arrivée. Cette quatrième fois a été plus difficile que les autres ?
C'est toujours très dur. La première partie a été moins difficile que les autres fois. Tout s'est très bien passé. J'allais assez vite et je me suis retrouvé assez rapidement devant avec le Réunionnais Freddy Thevenin. Puis j'ai pris trente minutes d'avance, puis quarante, puis une heure, puis une heure vingt... tout ça sans trop forcer. Je me suis mis à creuser de gros écarts. Après, pour sortir du cirque de Mafate (zone centrale très sauvage de l'île de La Réunion, NdlR), il y a une énorme montée de 2 000 mètres. Les cuisses ont commencé à être très dures, entre les crampes et les courbatures. C'était très difficile de pousser. Dans la descente, les cinquante derniers kilomètres, ça a été très compliqué. Dans les montées et sur le plat, ça allait bien au final, même s'il fallait pousser. Mais dans les descentes, c’est un travail excentrique, ça casse les fibres musculaires. J’étais dans un état de me dire si j'étais capable de terminer. C'était vraiment dur.
Comment on gère ? Au mental uniquement ?
Dans ces moments oui, ce n'est que du mental. Et puis il y a aussi l'entourage, l’assistance, la famille qui t'encourages et te pousses sans cesse. Il faut s'imaginer que ça fait déjà 23 heures que tu cours et tu descends 700 mètres de dénivelé en reculant (rires)... Sur cette discipline, on te dit que tu es la favori, mais en fait non. J'étais super entraîné et au final, on se rend compte qu'il peut toujours se passer quelque chose, qu'il y a toujours des imprévus.
Et puis le terrain est particulier sur cette course...
Il y a des parties très techniques, entre pierres, racines, sentiers rocheux, jungle, pâturages, herbe. Sans compter le climat. On peut passer de quelques degrés au-dessus de zéro à des grosses chaleurs. C'est physiquement très éprouvant.
Le cirque de Mafate notamment ?

La Diagonale des Fous, c'est la nature brute, c'est ça qui est magnifique. Il y a des endroits sans aucun accès, sans rien, comme effectivement dans le cirque de Mafate. On y est pratiquement seul au monde. J'en suis sorti 7h30 plus tard. Des coureurs y passent plus de quinze heures... C'est assez particulier le cirque de Mafate. Assez excitant. Entre une sorte de fascination et quelque chose d'un peu effrayant. Après la course, j'y suis retourné avec ma famille pendant quatre jours. C'est vraiment superbe.
Quels sont tes projets ? Des courses, des FKT* ?
Je prévois un mix des deux pour partager plus de choses avec mon entourage, ma famille.
J'ai aussi très envie de refaire le tour du Mont Blanc, de retrouver les paysages, l'ambiance. Donc pour 2017, l'UTMB (que François d'Haene a gagné en 2012 et 2014, NdlR) sera le point centrale de ma saison. Il y a aussi les Dolomites (Lavaredo Ultra Trail), les Canaries (Transgrancanaria)... et d'autres projets, à l'image de la traversée du GR20*, en Himalaya...
*les fastest known times sont la nouvelle grosse tendance en matière de trail. Ce sont plus des aventures en solo, pour établir des records de vitesse. Comme la traversée du GR20 de François d'Haene, en Corse, en juin dernier ,en 31 heures et 6 minutes.
"Le Tor des Géants me tente et j'ai des projets dans l'Himalaya"
On pense évidemment à Kilian Jornet qui veut s'attaquer au record de l'Everest. Justement, on vous voit quand sur la ligne de départ d'un ultra trail avec Kilian ?
Ni lui ni moi ne sommes centrés là-dessus. Un ultra trail, c'est plutôt canalisé sur soi que sur les autres. Par exemple, en 2013, on était tous les deux inscrits sur la Diagonale des Fous. Sauf que pour Kilian, c'est sa fin de saison, moi c'était mon objectif principal. L'ultra trail, beaucoup de gens voient la compétition comme le concept clé. C'est plutôt d'aller au bout de soi, de se connaître soi-même, de dépasser ses limites. Au lieu d'être dans la confrontation avec les autres, c'est plus dans la recherche de soi. Sur le GR20, en Corse, c'était plus dans la façon d'accomplir quelque chose. Sur des plus petites distances en revanche, sur un 40 km ou un 80 km, on y va pour se battre contre les autres. Dans des distances plus longues, c'est contre soi-même.
Le Tor des Géants (330 km, 24 000 D+), vous n'y avez jamais pensé ?
Un jour, je le ferai, c'est certain. Mais c'est un très gros morceau. Après un 160 kilomètres, au bout de trois jours, je n'ai plus mal aux jambes. Mais tu es pas mal détraqué. Pendant plusieurs semaines, je me réveille en pleine nuit, mon alimentation est totalement déséquilibrée, je pourrai manger toute la journée.
Quand Iker Karrera (un ultra trailer espagnol, NdlR), que je connais bien, a fait le Tor des Géants, il a voulu le faire à fond. Il a terminé premier. C'était en 2013. Mais il a mis plusieurs semaines, voire des mois, à s'en remettre. C'est un effort de 70 heures quand même...