Victoria Brahmi, responsable d'exploitation de l'exposition Robert Doisneau, "Instants donnés", chez Tempora, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Depuis le 3 septembre, la Sucrière, à la Confluence, accueille une exposition consacrée à Robert Doisneau, figure de la photographie humaniste française, disparu en 1994. Baptisée Instants donnés, elle réunit environ 400 clichés sélectionnés parmi les 450 000 négatifs conservés par les ateliers du photographe, et se veut, selon Victoria Brahmi, responsable d'exploitation de l'exposition chez Tempora, à la fois fidèle à l'œuvre et porteuse d'un regard renouvelé : "aussi montrer un regard différent de ce que l'on a pu voir ailleurs, avec des clichés peut-être plus sombres, plus graves, une dimension plus sociale, presque politique par moments".
Un parcours entre clichés iconiques et Lyon des années 1950
Si l'on connaît Doisneau pour Le Baiser ou ses images du Paris de la Libération, l'exposition consacre aussi une section à Lyon. Intitulée Lyon aux deux collines, elle rassemble une quarantaine de photographies issues d'un reportage réalisé pour Vogue en 1950. Victoria Brahmi décrit des images qui saisissent "les pentes de la Croix-Rousse et les emblématiques passerelles permettant de rejoindre le Vieux Lyon", mais aussi un Vieux Lyon plus populaire, avec ses cours intérieures. Un témoignage qu'elle juge précieux : "Ce sont de magnifiques photos d'archives, et un regard très humain est porté sur cette ville".
Une exposition pensée pour les familles
Portée par l'agence Tempora et l'Atelier Robert Doisneau, fondé par les filles du photographe, Annette Doisneau et Francine Deroudille, l'exposition s'inscrit dans le label du bicentenaire de la photographie décerné par le ministère de la Culture. Le parcours se veut aussi accessible aux plus jeunes, avec un jeu façon GeoGuessr sur Lyon, un livret-jeux et un audioguide particulièrement soigné : "un audioguide, fruit là aussi d'une recherche scientifique, qui permet de rentrer vraiment dans l'intimité du photographe", porté par la voix de Robert Doisneau lui-même. L'exposition est à découvrir à la Sucrière jusqu'en février.
Plus de détails dans la vidéo :
Lire aussi : Deux nouvelles expositions à la ferme du Vinatier
Lire aussi : Une exposition à la gare Lyon-Part-Dieu dévoile les coulisses de la transition énergétique
Lire aussi : Lyon : après treize ans de fermeture, le Chalet du Parc de la Tête d’Or rouvre officiellement ses portes
La retranscription complète de l'émission avec Victoria Brahmi :
Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, nous allons parler de culture, d'une exposition intitulée Robert Doisneau, Instants donnés, qui se tient à la Sucrière, à la Confluence, dans le 2e arrondissement. Depuis le 3 septembre, tous les Lyonnais peuvent donc découvrir cette exposition consacrée à l'immense photographe français du XXe siècle, décédé en 1994. Pour en parler, nous recevons Victoria Brahmi, responsable d'exploitation de l'exposition Robert Doisneau, Instants donnés, par Tempora. Bonjour Victoria Brahmi.
Bonjour, merci de me recevoir.
Merci d'être venue sur le plateau. Nous allons commencer par présenter un peu Robert Doisneau. Comment pourriez-vous le présenter à quelqu'un qui ne connaîtrait ni son travail, ni la personne, ni l'artiste ?
Bien sûr. Robert Doisneau, c'est tout simplement une grande figure de la photographie, un photographe humaniste qui a saisi des clichés de notre humanité, des années 1930 jusqu'aux années 1990. On retrouve l'ensemble de ces instants figés à travers ce qu'est l'objet même de la photographie.
Qu'est-ce que vous donnez à voir dans votre exposition ? Son œuvre est immense, il y a des milliers et des milliers de photos. Qu'avez-vous souhaité montrer dans cette exposition ?
En effet, plus de 450 000 négatifs ont été conservés par les ateliers Robert Doisneau. Nous allons en montrer environ 400, et l'objectif est de les présenter à travers un parcours qui cherche à faire comprendre comment se forme une œuvre, comment se construit le travail d'un photographe, depuis les débuts de la photographie, la façon dont on approche la personne, l'humain, dont on approche le cliché, jusqu'à la réalisation d'œuvres et de clichés emblématiques. Mais aussi montrer un regard différent de ce que l'on a pu voir ailleurs, avec des clichés peut-être plus sombres, plus graves, une dimension plus sociale, presque politique par moments : une facette de la photographie de Robert Doisneau qu'on n'a pas vue ailleurs et qu'il est très intéressant de montrer dans cette exposition à la Sucrière.
Robert Doisneau, on le connaît beaucoup pour le cliché Le Baiser, on le connaît comme photographe de Paris à la Libération. Vous donnez aussi à voir quelques photos de Lyon, je crois : pouvez-vous nous en dire un mot ?
Tout à fait. Nous avons une section dédiée à Lyon, Lyon aux deux collines, qui rassemble une quarantaine de clichés sur Lyon, réalisés dans le cadre d'un reportage que Robert Doisneau a effectué pour Vogue, durant ses années Vogue, en 1950. De la même façon, l'année 1950 est figée à Lyon, entre les deux collines, avec les pentes de la Croix-Rousse et les emblématiques passerelles permettant de rejoindre le Vieux Lyon. On y découvre aussi un quartier plus vivant du Vieux Lyon, avec des clichés de cours intérieures. C'est extraordinaire pour qui a envie de regarder Lyon à cette époque-là. Ce sont de magnifiques photos d'archives, et un regard très humain est porté sur cette ville, dans le cadre d'un magazine Vogue qui avait envie de montrer d'autres villes françaises. C'est donc très intéressant.
Est-ce qu'on peut s'attarder un peu sur le titre de l'exposition ? Elle s'appelle Robert Doisneau, Instants donnés. Qu'entendez-vous par là ? Est-ce l'instant fugace ? La photo prise de manière un peu spontanée ? Qu'avez-vous voulu dire ?
Justement, je pense qu'il est intéressant de préciser que nous sommes en commissariat collectif : il s'agit d'une exposition temporaire portée par notre agence de conception d'expositions, Tempora, ainsi que par l'Atelier Robert Doisneau, fondé et dirigé depuis une vingtaine d'années par les filles de Robert Doisneau, Annette Doisneau et Francine Deroudille. Ce sont elles qui ont conservé, et conservent toujours, l'appartement parisien qui servait d'atelier, avec l'ensemble de ces clichés. Elles ont fait ressortir un aspect scientifique de ces clichés de Robert Doisneau, ce qui permet d'apporter un regard scientifique sur l'œuvre. Elles aiment d'ailleurs citer leur père, qui se définissait lui-même ainsi : c'était vraiment quelqu'un qui voulait montrer un regard à un instant donné, c'est-à-dire un cliché pris à un moment précis, qui nous donne une information sur une année, une époque, etc. C'est par cet archivage que l'on va pouvoir retracer ces instants donnés. C'est aussi pour cette raison que l'exposition porte ce nom.
Instants donnés. Quelle est la genèse de l'exposition ? Comment avez-vous eu l'idée, comment est-elle née ? Est-ce que ces photos résonnent aussi avec notre époque ? Je me dis qu'il y a des échos. On ne fait pas une exposition sur Robert Doisneau comme ça, de manière impromptue : y a-t-il une raison particulière ?
Tout à fait. Cette année, l'exposition s'inscrit dans le cadre d'un label du ministère de la Culture, celui du bicentenaire de la photographie. Nous allons donc pouvoir montrer de la photographie du XXe siècle, des années 1930 jusqu'aux années 1990, juste avant l'ère du numérique. C'est ce qui est intéressant : figer cet instant d'avant le numérique de la photographie. Cela tient aussi au travail de Benoît Remiche, notre directeur artistique, et d'Isabelle Benoit, notre commissaire d'exposition, qui connaissent les filles Doisneau et avec qui ils ont échangé pendant plusieurs années. Il y avait vraiment cette volonté de faire une rétrospective différente et de la diffuser : c'est le cœur de notre travail d'agence, avec la volonté de la rendre accessible à tous, notamment aux familles.
J'allais vous demander : peut-on venir avec des enfants de tout âge, dès 3 ou 4 ans ? Auront-ils des activités ou des espaces qui leur sont dédiés, où ils pourront aussi passer un bon moment ?
Tout à fait. Le parcours est pensé de manière assez interactive : nous allons notamment proposer aux Lyonnais et aux autres visiteurs un petit jeu façon GeoGuessr sur Lyon, avec des photos d'aujourd'hui et d'autrefois, ce qui plaît beaucoup aux enfants. Ils ont aussi droit à un livret-jeux qui leur est dédié, et surtout, nous avons un audioguide, fruit là aussi d'une recherche scientifique, qui permet de rentrer vraiment dans l'intimité du photographe : un audioguide porté par la voix de Robert Doisneau. C'est accessible à tous via son téléphone, sans besoin d'une application, et cela permet aussi de faire écouter aux enfants la voix de Robert Doisneau.
Très bien, merci beaucoup, ce sera le mot de la fin. Merci d'être venue sur notre plateau. Quant à vous, merci d'avoir suivi cette émission. Vous pouvez retrouver l'exposition Robert Doisneau, Instants donnés, à la Sucrière, à la Confluence, dans le 2e arrondissement. Pour l'instant, les billets sont disponibles jusqu'en février, et vous pourrez retrouver plus de détails sur l'actualité culturelle lyonnaise sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.