Mathilde Gay-Keller, cheffe de projet de l’exposition "Animal culte" au musée des Confluences, est l’invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Présentée du 16 octobre 2026 au 15 août 2027, cette exposition explore les relations entre les humains et les espèces animales. Spécimens naturalisés, objets ethnographiques, jouets du monde entier et œuvres d’art se côtoient dans ce parcours qui mêle les collections et les disciplines. L’objectif est de mettre en lumière les liens complexes que les sociétés entretiennent avec les animaux, qu’ils soient domestiques, sauvages ou élevés pour leurs ressources. "La question animale a vraiment pris énormément d’ampleur dans nos sociétés ces cinq, dix dernières années", explique Mathilde Gay-Keller. L’exposition prolonge ainsi une réflexion déjà engagée par le musée dans son parcours permanent, tout en l’actualisant à l’aune des débats contemporains sur les élevages intensifs, la place des animaux dans l’espace public et la protection des espèces. "On voulait un peu, depuis le contemporain, tirer des fils historiques pour comprendre ces paradoxes finalement actuels dans nos relations aux autres animaux", souligne-t-elle.
Entre fascination et enfermement
L’exposition propose également une expérience immersive avec une grande cage dans laquelle les visiteurs sont invités à se placer, comme les animaux dans un zoo. Ce dispositif vise à interroger la conservation des espèces sauvages, alors que leurs habitats se réduisent et que les activités humaines contribuent à les mettre en danger. "Ces espèces sauvages, souvent, on les aime énormément, on a envie qu’elles perdurent et pourtant elles sont mises en danger par des actions humaines", observe la cheffe de projet. Parmi les œuvres qu’elle recommande, deux peintures représentant des animaux encagés illustrent cette ambivalence : séduisantes par leurs couleurs et leur beauté, elles révèlent aussi la réalité de l’enfermement. L’exposition se veut enfin accessible aux familles, avec des objets et des œuvres susceptibles d’éveiller la curiosité des plus jeunes.
Plus de détails dans la vidéo :
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La retranscription complète de l'émission Mathilde Gay-Keller :
Bonjour à tous, bienvenue dans l’émission « 6 minutes chrono », le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous allons parler de culture et de la dernière exposition du musée des Confluences, qui s’intitule « Animal culte ». Elle se tient du 16 octobre au 15 août 2027. Pour en parler, nous recevons aujourd’hui Mathilde Gay-Keller, cheffe de projet de l’exposition « Animal culte » au musée des Confluences.
Bonjour, Mathilde Gay-Keller.
Bonjour.
Merci d’être venue sur notre plateau.
Nous allons d’abord nous interroger sur le titre « Nous, animal culte » / « Animal culte ». Il nous a interpellés et interrogés à Lyon Capitale. Que révèle-t-il ? Comment avez-vous choisi ce titre, « Animal culte » ?
« Animal culte », tout simplement : on peut penser au film culte. Nous avons choisi ce titre en collaboration avec toute l’équipe du musée des Confluences et avec notre directrice, Hélène Lafont-Couturier, pour montrer à quel point les autres espèces animales sont importantes pour nous. C’était surtout l’objectif de ce titre. Pour cette exposition, nous avons travaillé avec un comité d’experts associés et un comité scientifique, qui réunissaient notamment des anthropologues, des sociologues et une historienne. Parmi eux, un historien et une anthropologue avaient déjà travaillé à une revue qu’ils avaient nommée ainsi. Comme ils ont beaucoup contribué à l’exposition et que celle-ci vise aussi à présenter au grand public des travaux de pointe sur les relations entre humains et animaux, nous avons repris ce titre.
Nous avons donc repris ce titre pour notre exposition, avec leur accord.
Que montrez-vous dans cette exposition ? Quels sont d’abord les objets et les contenus ? Qu’est-ce que vous donnez à voir ?
Cette exposition raconte et questionne nos relations avec les autres animaux, et donc avec de nombreuses espèces que l’on peut répartir en différentes catégories : les animaux de compagnie, les animaux d’élevage et les animaux sauvages. Pour cela, nous avons choisi un principe qui nous tient à cœur au musée des Confluences : la mixité des collections. Nous pourrons ainsi voir aussi bien des spécimens naturalisés, issus de la tradition de l’histoire naturelle, que des objets ethnographiques témoignant de nos relations avec les autres animaux.
Par exemple, l’exposition s’ouvre sur un petit ensemble de jouets du monde entier en forme animale ou fabriqués à partir de matières animales. La particularité de cette exposition est que nous avons souhaité présenter au public du musée des Confluences des œuvres d’art en regard des objets d’histoire naturelle et des objets ethnographiques. L’exposition s’ouvre ainsi sur une très grande tapisserie qui nous vient de la Cité internationale de la tapisserie, avec laquelle nous avons collaboré. Elle reprend une scène de l’un des films de Hayao Miyazaki, avec un jeune garçon et sa monture au milieu d’une grande forêt.
Ce sont donc des œuvres d’art qui, tout au long du parcours, sont mises en regard des autres œuvres.
Pourquoi vous semblait-il important, aujourd’hui, de consacrer une exposition à la place des animaux dans notre société ? Quelle est la genèse de votre réflexion ? Aurait-on pu faire cette exposition il y a une dizaine d’années ? Est-ce qu’elle parle aussi de notre rapport au vivant, en 2026 ? Pouvez-vous nous expliquer comment votre démarche est née ?
Tout à fait. Il y a dix ans, ou un peu plus maintenant, le musée des Confluences a ouvert. Dans son parcours permanent, il y a une exposition intitulée « Espèces, la maille du vivant », que certains connaissent sans doute. Elle abordait déjà la relation aux autres animaux ainsi que la question de la classification des espèces : comment classe-t-on les espèces dans le monde vivant ? Un peu plus de dix ans après, nous avons souhaité proposer cette grande exposition pour actualiser la question. La question animale a pris énormément d’ampleur dans nos sociétés ces cinq à dix dernières années. Nous voyons que nous nous posons désormais des questions que nous ne nous posions pas auparavant, par exemple sur la place des animaux dans l’espace public, ou sur les bénéfices des fermes-usines et des élevages intensifs présents un peu partout dans le monde.
Toutes ces questions montrent que la sensibilité aux autres espèces animales a énormément évolué en assez peu de temps. Nous voulions partir du monde contemporain et remonter quelques fils historiques pour comprendre les paradoxes actuels de nos relations avec les autres animaux.
Il y a un dispositif intéressant, qui occupe une place importante au cœur de l’exposition : il place le spectateur derrière les barreaux d’une cage, à la place des animaux. Si je ne me trompe pas, qu’est-ce que vous souhaitez montrer et provoquer chez le public à travers cette inversion des rôles ?
En effet, nous avons ce dispositif assez particulier : une très grande cage. C’est un principe immersif que nous apprécions au musée des Confluences. Nous souhaitons non seulement apporter des données scientifiques sur les sujets que nous traitons, mais aussi proposer des espaces qui font davantage appel à l’émotion, dans lesquels on se met, ici, à la place des animaux de zoo en se retrouvant dans une cage.
Ce n’est pas du tout angoissant : on circule très facilement. Le dispositif invite à s’interroger. C’est ce que nous ont proposé les scénographes de l’exposition. Cette cage intervient dans la partie consacrée au monde sauvage, à un moment où l’on se pose la question de la disparition des espèces : énormément d’entre elles sont menacées, et leurs habitats sont de plus en plus réduits, notamment parce que les humains s’étendent partout sur le territoire.
Nous aimons souvent énormément ces espèces sauvages et souhaitons qu’elles perdurent, alors même qu’elles sont mises en danger par les activités humaines. Dans l’exposition, nous avons donc voulu montrer différentes manières de préserver le monde sauvage, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui. Les zoos, notamment, sont des espaces qui interrogent la conservation du sauvage.
Nous arrivons à la fin de l’émission. Avez-vous un coup de cœur personnel, en toute subjectivité, que vous nous conseilleriez de ne pas manquer ?
La transition est toute trouvée : dans cet espace consacré aux zoos, nous présentons deux œuvres du peintre Gilles Aillaud, prêtées par deux institutions partenaires qui ont collaboré à l’exposition. Elles montrent des animaux en cage. Ces peintures sont extrêmement belles. On a très envie de s’arrêter pour les contempler : elles sont très colorées et représentent des animaux souvent qualifiés d’exotiques, avec des félins d’un côté et un ours blanc de l’autre.
Mais, si l’on contemple bien ces tableaux, on voit peu à peu à quel point le zoo est aussi un dispositif d’enfermement pour ces animaux. On voit combien cet ours peut être dans une situation difficile, allongé sur une fausse banquise. Cela montre toutes les ambivalences de nos relations avec les autres animaux.
Très bien. Dernière question : peut-on venir avec des enfants ? À partir de quel âge, à peu près ?
On peut tout à fait venir avec des enfants pour cette grande exposition du musée des Confluences. Ils sont les bienvenus, tout comme les familles. Certains visiteurs liront tout de A à Z ; d’autres, comme les plus jeunes, pourront s’intéresser, dès l’entrée de l’exposition, aux jouets en forme animale, qui leur parleront forcément, puis aux différentes œuvres qu’ils pourront contempler. Il y a donc différents niveaux de lecture.
Les enfants sont donc les bienvenus, tout à fait. Très bien, merci beaucoup d’être venue sur notre plateau pour présenter « Animal culte ». Quant à vous, merci d’avoir suivi cette émission. Vous l’aurez compris, vous pourrez retrouver davantage d’actualités culturelles sur le site lyoncapitale.fr. À très bientôt !
