Fanny Dubot, maire Les Ecologistes du 7e arrondissement de Lyon et coprésidente du groupe écologiste au conseil métropolitain, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
La suppression des zones à faibles émissions, votée à l'Assemblée nationale, fait réagir la maire du 7e arrondissement de Lyon, Fanny Dubot. Là où la nouvelle majorité métropolitaine s'en félicite, l'élue écologiste y voit "un recul important". Elle rappelle que le dispositif répondait avant tout à un enjeu de santé publique : "On estime à 40 000 le nombre de décès liés à la pollution de l'air". Si elle concède que la ZFE souffrait de limites réelles avec des contrôles inexistants, elle refuse d'en tirer argument pour justifier sa suppression. "Les ZFE n'étaient pas destinées à pénaliser les automobilistes", insiste-t-elle. Pour la maire du 7e, la baisse de pollution observée à Lyon tient au développement des transports en commun et au renouvellement du parc automobile. Elle annonce enfin un recours devant le Conseil constitutionnel, la mesure pouvant constituer "un cavalier législatif".
Sur la gouvernance, Fanny Dubot pointe plusieurs signaux préoccupants. Les annonces de réouverture de rues piétonnes comme la rue Grenette lui semblent précipitées et allant contre les demandes du maire de Lyon. Elle s'alarme aussi du relèvement envisagé du seuil de constitution des groupes politiques, de deux à cinq élus qui exclurait de fait les communistes et les insoumis de l'assemblée métropolitaine mais pas le RN : "Cette décision me semble préoccupante sur le plan démocratique".
La retranscription intégrale de l'entretien avec Fanny Dubot
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous accueillons Fanny Dubot. Vous êtes maire écologiste du 7e arrondissement de Lyon et coprésidente du groupe d’opposition Les Écologistes et leurs alliés à la métropole de Lyon. Nous revenons sur une actualité qui concerne directement la métropole de Lyon : la suppression des ZFE, zones à faibles émissions. Cette décision n’a pas été prise localement, mais à l’Assemblée nationale. La nouvelle majorité métropolitaine dirigée par Véronique Sarselli s’est félicitée du choix fait par les parlementaires de supprimer les ZFE. C’était un marqueur fort du mandat de Bruno Bernard, qui avait durci les modalités d’application à Lyon. La métropole estime que le renouvellement du parc automobile suffit et peut se substituer à une ZFE.
Je trouve cela dommage de se réjouir de cette décision. D’abord, elle n’est pas encore définitive, puisqu’un recours va être déposé par les groupes socialistes et écologistes devant le Conseil constitutionnel, puisque la suppression des ZFE a été intégrée dans la loi de simplification de la vie économique. On peut donc se demander s’il ne s’agit pas d’un cavalier législatif. Cela concerne la forme. Sur le fond, et pour notre territoire, je trouve regrettable de se réjouir de la suppression d’un outil de lutte contre la pollution de l’air. Les ZFE n’étaient pas destinées à pénaliser les automobilistes, mais répondaient à des enjeux de santé publique. On estime à 40 000 le nombre de décès liés à la pollution de l’air. La ZFE a été mise en place à Lyon pendant plusieurs années et a produit des effets, notamment sur le renouvellement du parc automobile. La supprimer constitue un recul important. Cela ne correspond pas à l’évolution des villes, qui cherchent à améliorer la qualité de l’air.
Il y avait néanmoins une certaine hypocrisie autour des ZFE : dans les faits, les contrôles étaient rares. La ZFE n’était pas réellement appliquée, et pourtant la pollution diminuait. Cela signifie que cet outil n’était peut-être pas indispensable.
La baisse de la pollution s’explique notamment par le renouvellement du parc automobile et par le développement d’alternatives à la voiture individuelle, en particulier les transports en commun, avec de nombreuses lignes structurantes créées lors du précédent mandat. Le problème de la ZFE est qu’elle n’était pas suffisamment accompagnée par l’État, laissant les collectivités gérer seules. L’accompagnement devait être social, afin de permettre aux personnes les plus modestes de changer de véhicule et de répondre aux critères. Par ailleurs, une ZFE nécessite des contrôles effectifs, et les radars attendus ne sont toujours pas en place.
Véronique Sarselli s’est félicitée de cette suspension ou suppression, décision qui sera tranchée par le Conseil constitutionnel. Par ailleurs, des projets de réouverture de rues sont évoqués, comme la rue Grenette ou l’avenue Rockefeller. Que révèlent les premiers pas de Véronique Sarselli ?
Je considère qu’il n’est pas sérieux d’annoncer la réouverture de rues, alors que leur transformation pour répondre aux nouveaux usages et à l’ensemble des usagers de l’espace public a nécessité plusieurs années de concertation. Annoncer vouloir écouter les maires tout en remettant en cause des projets déjà aboutis manque de cohérence. Véronique Sarselli a affirmé vouloir être à l’écoute des maires, mais le cas de la rue Grenette montre le contraire, puisque le maire de Lyon souhaite la maintenir dédiée aux transports en commun.
Le maire d’arrondissement Pierre Oliver (LR) y est favorable ?
Oui. Cela illustre également une incohérence. La rue Grenette est une artère centrale de la Presqu’île. Le projet a été élaboré conjointement par la métropole de Lyon et la ville de Lyon dans le cadre du programme Presqu’île à vivre. Elle est utilisée par de nombreux usagers des transports en commun. On ne peut pas se limiter à consulter le maire du 2e arrondissement, également vice-président à la voirie, qui a lancé une consultation sur les réseaux sociaux. Ce sujet nécessite un dialogue plus approfondi avec le maire de Lyon.
Concernant la situation institutionnelle, certains parlent de cohabitation, même si ce terme est contesté. Pensez-vous que Lyon sera écoutée et que Grégory Doucet pourra peser dans les décisions concernant sa ville ?
Il ne s’agit pas d’une cohabitation. Ce terme désigne une situation entre un président de la République et un Premier ministre de tendances politiques différentes. Ici, il s’agit de deux collectivités distinctes, avec des compétences imbriquées. Certaines décisions de la métropole concernent directement le territoire de Lyon, qui n’a pas voté de la même manière. Il sera donc nécessaire de créer des espaces de dialogue entre le maire de Lyon, la présidente de la métropole et les maires d’arrondissement. Pour l’instant, les échanges ont été limités et sans résultats concrets. Nous attendons des preuves de ce dialogue, notamment sur le maintien des budgets alloués aux maires d’arrondissement pour leurs projets d’aménagement.
Sur la gouvernance et l’écoute des élus, comment jugez-vous Véronique Sarselli après ce premier mois de mandat, alors qu’un nouveau conseil métropolitain doit se tenir mercredi, avec notamment une décision attendue sur le seuil nécessaire pour constituer un groupe politique ?
Le premier conseil métropolitain se tient cette semaine, et je suis préoccupée par la décision concernant le seuil de constitution des groupes politiques. Ce seuil détermine le nombre d’élus nécessaires pour former un groupe, disposer de moyens et s’exprimer au sein de l’assemblée. Bruno Bernard avait fixé ce seuil à deux élus, ce qui constitue un minimum. Cela permettait à de petits groupes d’exister politiquement. Aujourd’hui, Véronique Sarselli propose de porter ce seuil à cinq. Or, cinq correspond au nombre d’élus du Rassemblement national. Ce choix favorise ce groupe au détriment d’autres, comme les élus communistes ou insoumis, qui sont trois. Cette décision me semble préoccupante sur le plan démocratique.
