5 questions à Jean-Marcel Ferret, ancien médecin de l'OL et de l'équipe de France
Lyon Capitale : Comment expliquez-vous ce nombre important de blessés à Lyon ?
Jean-Marcel Ferret : Je n’ai pas d’explication formelle. Je dirais comme de nombreux observateurs, que je suis assez surpris du nombre de blessures de type identique. Il semblerait qu’il y ait beaucoup de problèmes aux adducteurs. Notamment certains joueurs qui n’ont pas joué depuis le début de saison. Les explications sont multiples. C’est peut-être dû à une surcharge de travail. Il me semble primordial de se pencher sur ces deux, trois dernières saisons. Le calendrier des matches n’est-il pas trop surchargé ? La préparation physique s’est-elle bien déroulée ? Bref, il faut se poser les bonnes questions. J’ai l’impression que la médecine du football a un peu régressé ces dernières années.
Comment ça fonctionnait lorsque vous exerciez à l’OL ?
À mon époque, on traitait les blessures mais surtout on essayait de comprendre. C’est un travail très lourd, qui se fait en équipe. J’ai l’impression que dans le football de haut niveau, ça n’existe plus. Désormais, à l’OL comme en Ligue 1, il y a un médecin en chef qui s’occupe de tout. Qui est de plus en plus un technocrate, qui passe la majeure partie de son temps à régler des problèmes d’ordre administratif. On a laissé un peu de côté les problèmes médicaux. Il y a un autre point qu’on ne travaille pas assez, c’est le facteur biomécanique. C’est-à-dire, l’analyse du morphotype du sujet et de sa gestuelle dans le football. Ce sont des choses qui ne sont jamais abordées. Un joueur qui se fait une lésion des adducteurs, qui a une pubalgie, il y a forcément un problème dans l’utilisation de son morphotype. Je ne crois pas à la malchance. Il y a toujours un état qui favorise la blessure.
Claude Puel a dénoncé récemment la nature des chaussures - notamment à “lamelles” utilisées désormais par les joueurs - qui pourrait être, selon lui, la cause de ses blessures à répétition. Quel est votre avis sur la question ?
Il est clair que je suis contre l’utilisation de ces chaussures à lamelles. Pour une raison très simple : avant, avec les bons vieux crampons vissés, les joueurs tenaient relativement bien sur les terrains humides. Avec les lamelles, ils ne tiennent plus beaucoup. Ces nouvelles chaussures, c’est du marketing et il n’y a pas d’effet biomécanique. Même si ce n’est pas la raison principale de ces blessures, c’est l’un des facteurs.
Depuis son arrivée à Lyon, l’argentin César Delgado est souvent blessé. Y a-t-il des joueurs à risque ?
Le football n’est pas toujours professionnel dans tout ce qu’il fait. Avant de signer dans un club, un joueur passe une visite médicale assez poussée, on met en exergue des points faibles. Et il faudrait que ces points faibles soient travaillés d’entrée. Le gros souci, c’est qu’au cours de la saison, on fait des entraînements collectifs et il n’y a pas de suivi personnalisé. Si on veut progresser dans ce domaine, c’est primordial de faire une préparation de type sport individuel. Ça peut être alimentaire, biomécanique, physiologique, psychologique...
Le nouveau médecin de l’OL a pris ses distances avec les médias (sauf lors du malaise vagal de Bafé Gomis). Pensez-vous qu’un médecin de club doit communiquer sur l’état de santé des joueurs ?
Que ce soit à l’OL ou en équipe de France, j’ai toujours considéré que le médecin avait un rôle pédagogique vis-à-vis des supporters et des médias, même si on est forcément limité par le secret médical. On se doit d’expliquer de manière pédagogique. Quand on ne dit rien, toutes les interprétations sont possibles et puis souvent des bêtises sont proférées sur des diagnostics.