Nupes, Ensemble, LR : les grands enseignements du second tour des législatives à Lyon

Le second tour des élections législatives a vu Ensemble perdre sa majorité absolue dans le Rhône comme en France. La gauche unie retrouve des couleurs mais n’a pas su exploiter pleinement son potentiel électoral. La surprise est venue de la droite qui grappille un siège au sortir d’une séquence 2022 très compliquée.

LREM : une déroute relative à Lyon

Dans le Rhône, comme en France, la majorité présidentielle a perdu sa majorité absolue. En 2017, LREM avait remporté 12 des 14 circonscriptions en jeu. Cinq ans plus tard, les candidats Ensemble en ont remporté sept. Le parti présidentiel reste, et de loin, la première force politique du département mais a dû reculer en milieu urbain. La majorité présidentielle a perdu quatre de ses cinq députés dans la métropole de Lyon et la moitié de son contingent à Lyon. Les candidats Ensemble ont pu mesurer le rejet d’Emmanuel Macron qui est l’un des phénomènes marquants du second tour des élections législatives au niveau national. Deux circonscriptions, 8e et 9e, ont été perdues face à des LR alors que leurs candidats paraissaient en ballottage favorable au soir du premier tour. Comme l’avait déjà montré le premier tour de l’élection présidentielle, c’est dans les territoires de centre-droit que les candidats d’Emmanuel Macron ont obtenu leurs meilleurs scores : Sarah Tanzilli dans la 13e, Jean-Luc Fugit dans la 11e, Blandine Brocard dans la 5e ou Thomas Gassilloud dans la 10e. À Lyon, ce sont dans les circonscriptions historiquement les plus à droite, qu’Ensemble a sauvé les meubles. De justesse pour Thomas Rudigoz dans la 1re et plus largement pour Anne Brugnera dans la plus cossue 4e circonscription. Si les députés nouvellement élus se penchaient avec gourmandise sur un mandat où les députés auront un pouvoir accru, les défaits s’attendent eux à repartir en campagne bien avant 2027. “C’est intenable cette composition de l’Assemblée nationale. À partir de septembre, il peut y avoir une dissolution à tout moment”, pointait l’un d’eux.

Nupes ou les limites de l’arithmétique

Jusqu’à 20h15, à Lyon, les candidats et les militants de la Nupes se grisaient. Les premières projections sur la répartition des sièges à l’Assemblée nationale étaient plutôt favorables pour la gauche. La liste des ministres ou poids lourds de la Macronie défaits s’allongeait (Ferrand, Castaner, Bourguignon, Montchalin) rapidement. À Lyon, la Nupes gardait l’objectif de faire élire trois de ses quatre candidats présents au second tour. À l’échelle métropolitaine, le seuil était fixé à six. Passé ce quart d’heure d’optimisme, les bonnes nouvelles se sont faites rares par la suite. Comme l’ont rappelé tous les grands élus de la gauche métropolitaine, ces législatives ont marqué une progression de la gauche mais pas le “déferlement” promis par Jean-Luc Mélenchon. “Nous passons de 0 à 4 députés”, pointait par exemple Bruno Bernard, président de la métropole de Lyon. Mais la vague Nupes est restée à marée basse. Le compteur est resté bloqué à quatre.

Dans la 1re circonscription, Aurélie Gries (LFI) a finalement été battue et dans la 7e, Abdelkader Lahmar a été doublé par Alexandre Vincendet (LR). Les deux avaient viré en tête dans leurs circonscriptions au premier tour mais ont été victimes de l’absence de réserves de voix et d’une campagne sur le “péril rouge” qui a plutôt marché. Un poids lourd de la majorité métropolitaine expliquait d’ailleurs que certaines des positions des Insoumis avaient été difficiles à présenter à un électorat plus modéré dans la métropole de Lyon. Les abstentionnistes du premier tour n’ont pas infléchi le cours du scrutin. Beaucoup de candidats (Nupes) ont été sèchement défaits dans les circonscriptions où ils s’étaient qualifiés de justesse. Les candidats Nupes vainqueurs ont été élus avec des scores plus serrés que prévu. Hubert Julien-Laferrière (Générations Ecologie) l’a emporté avec 700 voix d’avance dans la 2e circonscription. Le meilleur score de la Nupes est à mettre au crédit de Gabriel Amard, vainqueur avec 55,54% des suffrages quand le maire PS Cédric Van Styvendaeil était élu avec 70% des voix aux municipales en 2020. Le potentiel électoral de l’alliance de la gauche n’a pas été pleinement exploité.

À gauche, les grands gagnants sont finalement les écologistes. Dans le Rhône, ils obtiennent autant de députés que les Insoumis alors que le rapport de force sorti des urnes au premier tour de la présidentielle ne leur était pas favorable. Hubert Julien-Laferrière conserve son mandat. Il sera accompagné de Marie-Charlotte Garin qui, à 26 ans, est l’une des révélations de cette campagne. En remportant deux des quatre circonscriptions lyonnaises, les écologistes sortent renforcés de la séquence législative. D’autant plus que la droite lyonnaise qui incarne leur principale opposition a été incapable de s’inviter au second tour.

LR : un grand chelem pour un petit cru

Le premier tour des législatives avait marqué un recul historique de la droite dans le Rhône. Les candidats LR n’avaient pu s’inviter au second tour que dans trois circonscriptions. Le 19 juin au soir, les élus LR paradaient dans les salons de la Préfecture du Rhône. Au second tour, leurs candidats ont réalisé un improbable grand chelem. Alexandre Portier a réussi à saisir le témoin que lui transmettait Bernard Perrut dans la 9e. Dans la 8e circonscription, Nathalie Serre est revenue de nulle part ou presque. Au premier tour, elle n’avait obtenu que 22% des suffrages et a pu compter sur un effet “tout sauf Macron”. Alexandre Vincendet a, lui, surfé sur le “péril rouge” pour remporter une 7e circonscription qui s’était refusée à lui en 2017 pour quelques poignées de voix. Ce 3 sur 3 est un résultat inespéré au sortir d’une double séquence présidentielle et législative qui aura marqué un délitement des Républicains. Au niveau national, la droite a perdu la moitié de ses députés. Localement, le tableau est moins sombre. Dans la région, 19 candidats LR ont été élus comme ne manquait pas de le souligner l’entourage de Laurent Wauquiez ce dimanche. Auvergne-Rhône-Alpes fournit plus d’un quart du contingent des LR. Une troupe qui pourrait toutefois se disperser. Dès ce dimanche soir, Alexandre Vincendet appelait à un rassemblement autour d’Emmanuel Macron pour contrer les extrêmes quand les autres cadres LR évoquaient plutôt une volonté d’être dans une opposition constructive.

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