Wim Wenders

Rencontre : Wim Wenders, Lumière d’un festival

Dans la grande et prestigieuse liste des cinéastes lauréats du prix Lumière, il manquait Wim Wenders, l’un des grands réalisateurs européens de l’entre-deux siècles. En plus d'une rétrospective pléthorique, le cinéaste présentera en avant-première son dernier film Perfect Days et viendra à la rencontre du public le 20 octobre au théâtre des Célestins.

Wim Wenders est européen mais pas que, car aussi américain et internationaliste, amoureux de la fiction comme de l’expression documentaire. Multi-récompensé (il fait bien sûr partie des cinéastes palmés d’or), il a su mener au fil de sa carrière une réflexion sur le monde, la spiritualité, la technologie et l’importance de l’art, autant de notions liées dont il a su faire une œuvre plus cohérente qu’il n’y paraît. Il sera bien évidemment le soleil de la 15e édition du festival Lumière.

Chaque année, les pronostics vont bon train s’agissant de déterminer qui sera le prochain prix Lumière, mais si quelques indices sont parfois disséminés lors du festival de Cannes, si l’annonce de quelques sorties de films restaurés peut aider à trancher ainsi que les disponibilités des uns et des autres à date (c’est un prix aussi pragmatique qu’honorifique), les paris gagnants ne sont guère aisés. Ils le sont toutefois de plus en plus car la liste des cinéastes incontournables déjà lauréats s’allonge logiquement d’année en année.

Des images iconiques

D’où, cette année, ce petit parfum wendersien sur la possibilité du prochain prix Lumière et, en effet, c’est le grand Wim qui sera le prochain cinéaste à honorer le festival de l’obtention de son prestigieux prix (et non l’inverse).

Car il fallait bien que Wim l’eût, dont la carrière est l’une des plus prestigieuses et créatives du cinéma mondial. Il y a comme cela quelques images absolument iconiques inscrites par Wim dans la psyché mondiale (et il n’est pas nécessaire d’avoir vu ses films pour les reconnaître : Nastassja Kinski dans son pull mohair, Harry Dean Stanton errant dans le désert (Paris, Texas) ou Bruno Ganz, ailé, perché en haut d’un immeuble.

Paris Texas (1984) avec Nastassja Kinski

Mais Wenders c’est aussi un tombereau de récompenses, l’un de ces cinéastes dont on sait, à coup presque sûr, qu’ils ne repartiront pas de Cannes ou des autres grands festivals bredouille (lion d’or pour L’État des choses en 1982 ; palme d’or pour Paris, Texas en 1984 ; prix de la mise en scène à Cannes en 1987 pour Les Ailes du désir ; grand prix du jury à Cannes pour Si loin, si proche ! ; prix du jury à Berlin pour The Million Dollar Hotel et une tripotée de nominations aux oscars). Fer de lance d’un certain cinéma européen dans les années 70 et 80, Wenders s’est surtout rapidement internationalisé notamment en réalisant quelques films “américains” dans les années 90 (dont The End of Violence ou l’étrange The Million Dollar Hotel). Sans doute le titre de son Paris, Texas est-il le plus beau symbole pour comprendre sa carrière.

Une importante œuvre documentaire

De même, Wenders a multiplié les supports et les manières de travailler, car en parallèle de son œuvre de fiction se dresse une importante œuvre documentaire débutée dès 1980 avec Nick’s Movie, son film sur Nicholas Ray, et qui s’intéresse le plus souvent à de grandes figures de l’art admirée du cinéaste comme le Buena Vista Social Club (documentaire entièrement filmé en caméra DV), Yasujirō Ozu (Tokyo-Ga), la chorégraphe Pina Bausch (Pina), le photographe Sebastião Salgado (Le Sel de la Terre).

Amoureux des cinéastes, on l’aura compris, Wenders aura même co-signé le dernier film de Michelangelo Antonioni (Par-delà les nuages) quand celui-ci fut rattrapé par le grand âge. Multipliant les supports et les technologies, comme évoqué avec Buena Vista Social Club, ou dans The End of Violence et Pina, Wenders est également un photographe reconnu, célébré cette année aux Rencontres d’Arles.

Ne pas croire au vu de ce palmarès impressionnant et de l’âge de ce capital filmique (78 ans) que la carrière de Wim Wenders est derrière lui.

Rien que cette année, le cinéaste livre Perfect Days (récompensé d’un prix d’interprétation masculine à Cannes) et Anselm, un documentaire sur Anselm Kiefer, un drôle d’artiste démiurge allemand aux réalisations monumentales.

L’œuvre pléthorique et très éclectique de Wenders devrait nous valoir une rétrospective d’autant plus sublime que le fonds Argos (maison de production de Wenders) est à l’institut Lumière.

Rencontre avec Wim Wenders, vendredi 20 octobre à 15h au théâtre des Célestins, animée par Thierry Frémaux. Ouverture de la billetterie le 11 octobre à 11h. Billetterie disponible ici

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