Natalie Dessay Und 1
© Christophe Raynaud de Lage

Natalie Dessay : “L’opéra, j’ai tourné la page !”

Natalie Dessay est à l’affiche d’Und d’Howard Barker, mis en scène par Jacques Vincey aux Célestins. À cette occasion, la soprano lyonnaise nous a expliqué son choix d’arrêter l’opéra et de privilégier sa carrière d’actrice.

Natalie Dessay dans “Und” de Howard Barker – mise en scène Jacques Vincey © Christophe Raynaud de Lage

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Natalie Dessay dans “Und” de Howard Barker – mise en scène Jacques Vincey.

Après Innocence et Tableau d’une exécution, Und est le troisième opus d’Howard Barker présenté aux Célestins. La pièce fait partie du “théâtre de la cruauté” cher au dramaturge britannique. Elle se penche sur l’histoire la plus tragique des Européens au siècle dernier, celle liée au sort de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants envoyés à la mort parce que nés juifs. C’est d’ailleurs une ambiance Nuit de cristal qu’a choisie Jacques Vincey pour sa mise en scène : au plafond sont suspendus des blocs de glace qui s’écrasent petit à petit sur la scène, créant une sorte de beauté lumineuse et dangereuse. La grande histoire et ses ombres tenaces vient hanter l’histoire personnelle d’une héroïne tragi-comique qui attend un homme qui ne vient pas. Cette femme au bord de la folie qui se confie durant plus d’une heure est incarnée par la soprano Natalie Dessay, seulement accompagnée du musicien Alexandre Meyer.

Entretien avec Natalie Dessay

Lyon Capitale : Und, c’est pour vous un pas de côté théâtral avant de revenir à l’opéra ?

Natalie Dessay dans “Und” de Howard Barker – mise en scène Jacques Vincey © Christophe Raynaud de Lage

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Natalie Dessay dans “Und”.

Natalie Dessay : Non, pas du tout, j’ai fait mes adieux à l’opéra [en 2013, NdlR] et je n’y reviendrai jamais, même si je peux participer à des projets où il m’est demandé de chanter. L’opéra, j’ai tourné la page. La voix vieillit, il faut savoir l’accepter, elle change de tessiture. Et je me vois mal aussi continuer d’interpréter de toutes jeunes filles comme il y en a souvent dans le répertoire d’opéra.

Que vous apporte le théâtre par rapport à l’opéra ?

D’abord, ça correspond à une très ancienne vocation. J’ai d’abord pensé être danseuse avant de vouloir être comédienne. Puis je me suis tournée vers le théâtre. Quand j’étais étudiante au conservatoire de Bordeaux, on avait monté La Double Inconstance de Marivaux et Les Paravents de Jean Genet. Le théâtre, c’est ma vie.

Mais j’avais un don incontestable pour le chant, je me suis dit qu’il fallait le cultiver. Et puis, à l’opéra, on retrouve cette nécessité d’interpréter des personnages, ce qui me passionne. Au théâtre, c’est vous qui dictez le rythme, contrairement à l’opéra, où tout est dicté par la musique. Je peux imposer des silences, une intensité, une émotion. Je suis davantage maîtresse de ma partition. Même si dans Und je joue avec la complicité d’un musicien, Alexandre Meyer.

Qu’est-ce qui vous a poussée à accepter ce monologue d’Howard Barker ?

Ça fait trente ans que j’attendais un rôle comme ça. J’avais eu plusieurs fois l’occasion de voir et d’apprécier le travail de metteur en scène de Jacques Vincey. J’ai été ravie qu’il me propose ce rôle. Il m’a déroutée au départ, mais j’aime quand il faut creuser.

Le texte d’Howard Barker charrie une multitude d’images, d’émotions. Il installe une atmosphère un peu menaçante… Il est question de judéité, de la Shoah. Celle que j’incarne dit être juive. Mais elle ne l’est peut-être pas. Aucune temporalité ni lieu précis ne sont indiqués. Et ce vague absolu laisse à la fois place au rêve et au cauchemar.

Justement, cette menace est matérialisée par la scénographie puisque au-dessus de vous il y a des blocs de glace en train de fondre…

Je me suis d’emblée sentie bien dans ce décor, il illustre en effet une menace. Il pleut sur la scène et on est face à une femme qui attend on ne sait quoi. Il y a l’angoisse et le désir.

Le spectacle a reçu un excellent accueil à Paris, où il a déjà été présenté…

Pourtant c’est une pièce qui est difficile, pointue. Le texte se profère avec très peu de mouvements. Mais, oui, il a été très bien reçu, à la fois par le public et par la presse.

Und – Du 8 au 15 mars, à 20h du mardi au samedi, dimanche 16h, au théâtre des Célestins.
> Rencontre avec l’équipe à l’issue de la représentation le 12 mars.

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