Vincent Vigneron © Ning Wang

Littérature : d’un Vincent l’autre…

Avec une justesse incroyable, Vincent Vigneron se glisse dans la peau d’un autre Vincent, Vincent Van Gogh. Son livre, Rien que de grands tournesols, devrait être la révélation de cette rentrée littéraire.

Après avoir bouclé, sans réelle conviction, la prestigieuse École de photographie d’Arles, Vincent Vigneron a multiplié les petits boulots (cariste, livreur, hôte de caisse).

Il est devenu père. Et il s’est fixé à Lyon, où il travaille comme réceptionniste dans un grand hôtel, près de Perrache. Un métier qui ne lui déplaît pas, sans qu’il corresponde toutefois à une vocation profonde de sa part. Mais il lui laisse du temps et l’esprit libre. Pour écrire.

D’ailleurs, il est l’auteur d’un recueil de poèmes au titre à rallonge, Les Carnets du lama Hydrozen Rinpoché tels qu’ils furent découverts dans une braderie de Liège (paru aux éditions L’Arbre vengeur en 2022). Et surtout, il vient de publier Rien que de grands tournesols, chez Robert Laffont.

Un livre formidable qui devrait, si les planètes littéraires s’alignent, être l’un des ouvrages les plus célébrés de cette rentrée, voire rafler un grand prix. Vincent Vigneron n’est évidemment pas le premier – ni le dernier – à écrire sur le peintre Vincent Van Gogh. Van Gogh étant l’un des artistes sur lequel on a le plus écrit (d’Antonin Artaud à Viviane Forrester en passant par Pierre Michon et tant d’autres) ou tourné de films (on pense bien sûr au long métrage de Maurice Pialat, Van Gogh, dans lequel Jacques Dutronc incarne le peintre suicidaire).


Dans la peau d’un génie torturé

Mais la façon dont il retranscrit les pensées, les intuitions et surtout les émotions exacerbées de l’artiste frappe par sa justesse. Il se glisse dans la peau mais aussi dans le cerveau torturé du peintre avec une vérité déconcertante. D’ailleurs, il a senti dès qu’il a couché les premières phrases sur le papier que c’était le sujet idéal pour ce qu’il avait envie d’accomplir.

Soit une vraie fausse biographie où la vie réelle de Vincent Van Gogh, du moins ce que l’on en sait, se mélange à une part de fiction, de sensations personnelles et de poésie propre à l’auteur. Si bien que l’on ne sait plus quel Vincent s’adresse à nous, Vincent Vigneron ou Vincent Van Gogh ? Peu importe au fond, puisque l’on est saisi de bout en bout par ce livre étrange. Il est impossible de le lâcher une fois qu’on l’a commencé.

En ajoutant quelques scènes imaginaires (dont une séquence rocambolesque où Vincent saute du balcon d’un théâtre pour corriger un spectateur qui a le malheur de tousser bruyamment) aux principales étapes connues ou méconnues de son douloureux parcours sur terre, de sa naissance en 1853 jusqu’à son suicide en 1890, il jette un nouvel éclairage sur le plus fascinant des peintres du XIXe siècle. Comment Vincent Vigneron est-il parvenu à écrire ce livre prodigieux ? Lui-même serait bien en peine de le dire.

Mais l’un des éléments de réponse est qu’il a énormément lu sur l’artiste, au point de connaître sa vie et son œuvre littéralement par cœur. Surtout, il s’est plongé dans les centaines de lettres que Vincent échangea avec son frère Théo et d’autres correspondants. Ce qui lui a donné l’ossature de son récit. Qui ravira tous ses lecteurs, qu’ils soient familiers de la vie de Van Gogh ou non.

Rien que de grands tournesolsVincent Vigneron, éditions Robert Laffont, 304 p., 21 €.

Laisser un commentaire

réseaux sociaux
X Facebook youtube Linkedin Instagram Tiktok
d'heure en heure
d'heure en heure
Faire défiler vers le haut