Charles Dubois, Gilles Chavassieux et Paul Minthe dans Un peu de calme avant la tempête

Comédie-Odéon : Le retour de Gilles Chavassieux sur scène

Gilles Chavassieux est un homme de théâtre incontournable à Lyon, mais aussi en France et au-delà de nos frontières. Il a fondé et dirigé le théâtre Les Ateliers durant trente-huit ans (de 1975 à 2013), haut lieu de la scène lyonnaise, où furent montés, et parfois découverts, des auteurs contemporains essentiels (Arthur Adamov, Michel Vinaver, Roland Schimmelpfennig, Tankred Dorst, Marguerite Duras, Jon Fosse et tant d’autres). L’événement est unique en son genre : à 92 ans, il foulera de nouveau les planches d’un plateau, celui de la Comédie-Odéon. Il mettra en scène et jouera Un peu de calme avant la tempête, une pièce jamais représentée en France de la dramaturge allemande Theresia Walser. Nous l’avons rencontré alors que les répétitions étaient déjà en cours.

Lyon Capitale : Vous avez une carrière théâtrale qui court sur plus de sept décennies, de 1955 jusqu’à aujourd’hui, quels en sont les événements marquants ?

Gilles Chavassieux : Je citerai la création au théâtre de la Comédie, à Lyon, de la pièce de Michel Vinaver, Aujourd’hui ou les Coréens, mise en scène par Roger Planchon dans laquelle je jouais, en 1956 ! Mais il faut dire qu’au départ, je préparais une école d’ingénieur. Je vivais avec ma mère et ma sœur. Mais suite à des difficultés économiques, j’ai abandonné cette voie pour travailler dans un bureau d’études en tant que dessinateur. Tout en suivant des cours d’art dramatique au Conservatoire de Lyon. C’était l’époque où il y avait du boulot partout, je travaillais la journée et le soir je suivais mes cours de théâtre ou bien je répétais un spectacle. J’ai très vite intégré la troupe de Roger Planchon, comme assistant à la mise en scène et comme comédien, j’ai même repris à l’étranger des mises en scène de Planchon, comme Les Trois Mousquetaires, jouée au Danemark, en danois. J’ai aussi fait du théâtre pour la jeunesse, avec des textes comme Les Cavaliers d’Aristophane avec le Groupe 64. Mais après quelques années, j’ai eu l’impression d’être arrivé au bout de quelque chose. J’ai quitté la troupe. J’ai eu ensuite la possibilité d’avoir un lieu à moi avec le théâtre Les Ateliers, qui a été bâti non loin des quais de Saône, et ouvert en octobre 1975. Un lieu dédié aux écritures contemporaines. L’aventure a duré trente-huit ans…

Votre dernière mise en scène, Le Square de Marguerite Duras, date de 2013, pourquoi revenir au théâtre ?
Quand j’étais aux Ateliers, je recevais énormément de textes contemporains. On était en relation étroite avec les éditions de L’Arche (qui éditaient Arthur Adamov). Parmi cette masse de textes, il y avait celui de Theresia Walser, Un peu de calme avant la tempête, qui avait vivement attiré mon attention. Je n’avais pas pu le monter mais il y avait eu quelques lectures, notamment au théâtre du Rond-Point, à Paris. Mais l’un des comédiens a eu un grave problème de santé, c’est tombé à l’eau. L’occasion de reprendre le projet m’a été offerte par la Comédie-Odéon.

Comment cela ?
C’est une jolie histoire. Quand j’étais directeur aux Ateliers, un jeune homme m’avait demandé un rendez-vous. Je l’ai reçu, on a bavardé, on a sympathisé. Et c’en est resté là. Ce jeune homme, c’était Julien Poncet, l’actuel patron de la Comédie-Odéon, ce dont je me suis aperçu récemment. Je lui ai envoyé un mail lui demandant s’il se souvenait de moi. Il m’a répondu chaleureusement. On s’est revus, je lui ai parlé de mon projet, il a dit oui tout de suite !

Quel est le sujet de la pièce Un peu de calme avant la tempête de Theresia Walser ?

Tout d’abord, il faut préciser que ce sera la première fois que Theresia sera jouée en France. Alors qu’elle a été montée sur les plus grandes scènes allemandes. Elle a une langue acérée, drôle, dynamique, tout en traitant de sujets graves. Ça parle du théâtre d’aujourd’hui dans la société d’aujourd’hui. On est confronté à trois acteurs qui s’apprêtent à débattre en direct, à la télévision, sur l’incarnation d’Adolf Hitler, que deux ont joué tandis que le troisième est surtout connu pour avoir interprété Goebbels… Chacun représente une école de théâtre différente : l’un c’est plutôt le côté classique, l’autre la formation brechtienne et le troisième le théâtre d’avant-garde. Et comme l’émission est enregistrée en public, ils redoutent les questions des spectateurs… Du genre comment peut-on gagner de l’argent en jouant un rôle pareil ? Vous n’avez pas honte ? Theresia Walser a l’art de rendre ces trois personnages comiques et touchants.

À 92 ans, vous jouez et mettez en scène un spectacle, vous paraissez en pleine forme, quel est votre secret ?

Dans mon métier, à partir du moment où l’on n’a pas de pépins de santé, la jeunesse n’est pas un problème d’âge. Déjà, quand j’avais 50 ou 60 ans, je voyais des gars de 30 ans que je trouvais vieux. C’est une question de pétrole, d’énergie, de désir. Si tu n’es pas porteur d’un désir, tu ne peux rien entreprendre. Mais il faut pouvoir partager ce désir. Par exemple avec un texte comme celui de Theresia Walser, je me mets au service de cette pièce.
Pour ce qui est de ma forme physique, quand j’étais collégien, étudiant, j’ai toujours eu des activités sportives. Je faisais de l’athlétisme et j’étais un excellent lanceur de javelot. Je m’emmerdais en classe, il fallait que je me défoule ! J’ai aussi fait beaucoup de randonnées en montagne. J’ai toujours eu une bonne hygiène de vie. Et j’ai la chance d’être soutenu depuis mes débuts par ma compagne, Nicole Lachaise.

Un peu de calme avant la tempête–Du 4 au 21 mars à la Comédie-Odéon

Gilles Chavassieux a publié en 2017 aux éditions Chomarat Pour le théâtre, Les Ateliers, Lyon 1975-2014 (disponible sur commande).

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