Un mélange de jazz, d’électro et de musique orientale… le loufoque et expérimental duo québécois Angine de poitrine est à Lyon le 24 octobre.
Il n’y a pas véritablement d’intérêt à mettre en avant un concert complet depuis des lustres. Mais il s’agit ici de mesurer l’ampleur d’un phénomène et d’expliquer pourquoi un duo québécois encore inconnu il y a quelques mois fait paniquer (dans le bon sens) les professionnels du e-ticket.
Et puis, qui sait, peut-être que votre Tatie récemment morte de chaud vous aura légué un précieux sésame ou que votre colocataire fan du groupe fera une mauvaise chute dans l’escalier (ou dans l’ascenseur) et que pour lui rendre service vous rachèterez ses places à l’Argus, serviable que vous êtes.
Mais alors pourquoi toute cette hype autour d’un groupe expérimental qui ne livre que des instrumentaux quasi dépourvus de mélodies et ne saurait combler que les musicologues les plus pointus à condition qu’ils soient amateurs de musique micro-tonale et répétitive ?
Un gus qui joue sur une guitare à double manche, bricolée pour changer la tonalité de son instrument et un batteur cyclique autant que cyclothymique. Le tout emballé dans des costumes à pois noirs et blancs surmontés de sortes de casques-masques cartoonesques en papier mâché.
“Mantra-rock dada pythago-cubiste”
Le résultat est comme un mélange de jazz, d’électro, de musique orientale (la chose emprunte à certaines rythmiques de musique indienne) et de rock progressif tordu à souhait. Tout cela à placer en première ligne de l’avant-garde sous l’appellation “Mantra-rock dada pythago-cubiste”.
Sauf qu’il y a évidemment quelque chose d’ironique dans la démarche pourtant sérieuse d’Angine de poitrine, la guitare à double manche par exemple étant un pied de nez aux guitar heroes à l’ancienne.
Accoutrements
Quant aux costumes, ils doivent autant à Daft Punk (deux types, des masques, un anonymat revendiqué) qu’à certains accoutrements utilisés par Peter Gabriel du temps où Genesis était une sorte de carnaval de fête de l’école sous psychotropes.
Le tout a d’ailleurs commencé comme une blague, Khn et Klek de Poitrine (c’est ainsi qu’ils se sont affublés) ayant commencé à se produire masqués pour pouvoir jouer deux fois de suite sur la même scène. Sauf que la blague a pris. Et qu’un passage lors d’une session de la radio américaine faiseuse de tendance, KEXP, a enflammé la toile et le paysage rock.
Authentique loufoquerie
Nouant autour du duo une sorte de culte irrationnel. Car il se joue aussi un paradoxe face à cette production en apparence déshumanisée (puisque sans visage et répétitive), c’est qu’elle est la marque d’un travail 100 % humain.
Comme en témoignait la critique Emilie Hanskamp dans un article de sa consœur Kathy Bates “À mesure que l’IA devient plus sophistiquée et qu’il devient plus difficile de distinguer les œuvres créées par des humains de celles qui ne le sont pas, les gens trouvent un réconfort et une résonance immédiats dans un art qui est indéniablement humain.” Pourquoi ? Parce qu’un tel degré de bizarrerie et d’étrangeté, d’authentique loufoquerie, est hors de portée de l’intelligence artificielle et ne peut être que le produit de l’homme, cet être pourtant si limité.
Voilà sans doute ce qui nous fait nous prosterner devant Angine de poitrine : ils sont l’incarnation, même désincarnée, de notre folie. Et la preuve qu’on n’est pas près de nous l’enlever. Et quoi de plus urgent à voir en concert que le spectacle de cette folie.
Angine de poitrine – Le 24 octobre à l’Épicerie Moderne
