DANSE - Avec beaucoup de poésie, des costumes inventifs et une danse de belle qualité, Philippe Lafeuille revisite Cendrillon et le transforme en une fable écolo qui prône la créativité pour recycler nos déchets et nous faire rêver à un autre monde. A découvrir jusqu'au 12 novembre !
Qui d’entre nous, lors d’une promenade sur la plage, n’a pas vu des sacs plastiques pour moitié ensevelis sous le sable, flottants au vent et destinés à recouvrir pour longtemps ces sols foulés par nos pieds ? La Cendrillon de Philippe Lafeuille commence par cette symbolique. D’énormes sacs poubelles posés sur la scène et qui peu à peu deviennent mouvants, laissent apparaître des corps humains qui leur feront exécuter un ballet aérien. Nous sommes ce que nous produisons. Des immondices. Qu’allons-nous laisser à nos enfants dit aussi le chorégraphe ? Une société de surconsommation, un fossé qui se creuse entre les riches et les pauvres et une planète qui s’asphyxie. Dès lors, où sont nos rêves, nos souhaits d’un autre monde ?
Pour aborder ce sujet, il utilise le conte de fée, ancré dans un imaginaire collectif et qui devient une fable contemporaine. Cendrillon, la souillon au destin tracé d’avance et qui est chargée de nettoyer les rejets des autres parviendra à transformer son statut d’enfant en celui d’une adulte et réalisera son rêve. Le propos de la pièce est basé sur l’idée de la transformation, et qui permet ici, de recycler les déchets en utilisant la créativité pour s’inventer une autre monde. C’est ainsi que les éléments scéniques, les costumes sont faits uniquement de bouteilles et sacs plastiques, de bouchons, de gobelets, de sacs poubelles…
Un climat poétique
Très vite, Philippe Lafeuille instaure un climat poétique et parvient à nous détacher du réel pour nous proposer des éléments visuels simples et efficaces, nous donnant la possibilité de nous raconter notre propre histoire, de laisser émerger des émotions enfouies. Il y a le solo de Cendrillon dont le visage est entièrement recouvert d’une immense chevelure faite d’une serpillière et dont le corps parfois cassé, subit ou se bat avec la soumission. Un très beau moment de danse, tout en retenue et finesse. Plus loin, apparait la marâtre portant une coiffe stupéfiante, entièrement constituée d’un sac poubelle et dont les contours sont finement ciselés. Il y a la pantoufle devenue matière aérienne, la robe de bal constituée de petits sachets plastiques en couleur et qui dans les mouvements prend une ampleur telle qu’on a l’impression qu’elle est faite de tissu.
Philippe Lafeuille essaime, nous surprend et nous transporte ailleurs, avec subtilité. Il aime aussi les ruptures et l’humour. Il manie parfaitement la théâtralisation de certaines scènes, comme la rencontre entre le prince et Cendrillon où les mimiques des danseurs projettent une multitude d’émotions, rappelant le cinéma muet ou les dessins animés de notre enfance. Il se joue du Kitch et introduit les voix des personnages de Walt Disney, il puise dans son imaginaire, ses souvenirs et nous propose d’aiguiser les nôtres, histoire de se sentir vivants. La réussite de cette pièce vient aussi du fait qu’elle est pétrie d’une ambiguité qui jamais ne l’installe dans un genre artistique précis – Danse, pas danse, théâtre, pas théâtre, réel et imaginaire, sérieux et drôle. On se sent ballotté entre notre regard d’enfant et d’adulte, tantôt tenu à distance, tantôt happé par l’originalité, la poésie ou le détail d’une scène… Comme si le chorégraphe nous renvoyait à notre propre chaos, nous faisant comprendre dans le même temps que nos vies peuvent être réversibles !
Cendrillon, Ballet recyclable de Philippe Lafeuille, à la Maison de la danse jusqu’au 12 novembre.