@WilliamPham

Trouver un logement à Lyon, la quête impossible des étudiants

Alors que la rentrée a déjà eu lieu dans la plupart des universités et écoles lyonnaises, certains étudiants n'ont toujours pas de solution pour se loger. Cette année, trouver un appartement ou une colocation est très difficile à Lyon.

À l'occasion de la rentrée universitaire, Lyon Capitale consacre une série de trois articles à la situation des étudiants. Retrouvez le premier article sur la situation sanitaire et la précarité ici. Pour ce second volet, des étudiants témoignent sur leurs difficultés à se loger. Un troisième épisode portera sur les étudiants sans master. 

"Je suis à la recherche d'une colocation pour...hier !", "urgent : je recherche une colocation ou un studio", "à la recherche d’un appartement depuis maintenant 3 mois et je n’ai toujours rien trouvé". Sur les groupes Facebook de recherche de logement à Lyon, les messages d'étudiants ne cessent de s'accumuler.

Seloger, LeBonCoin, Particuliers à particuliers, Gens de confiance, groupes Facebook, agences immobilières... les plateformes ne manquent pourtant pas pour trouver un appartement à Lyon. Malgré les centaines d'annonces postées, le parc immobilier de la ville ne parvient pas à absorber la demande des jeunes.

Peu de biens pour beaucoup de prétendants

"J'ai commencé mes recherches en mai, et déjà à ce moment, les logements partaient super vite. Pendant l'été j'ai eu plusieurs visites programmées qui ont été annulées", se désole Chloé. L'étudiante de 22 ans entre 4ème année d'architecture d'intérieur dans le 9e. Elle a quitté son logement à Lyon pour trouver moins cher, mais n'a pas encore réussi. "Je suis allée faire le tour d'une dizaine d'agences. Beaucoup m'ont dit qu'elles n'avaient plus rien", ajoute-t-elle. Depuis cet été, les agences croulent sous les messages d'étudiants dans l'urgence.

"On a beaucoup de demandes. Lorsque l'on poste une annonce, on peut avoir jusqu'à 500 personnes qui nous contactent", explique Anne-Sophie Thomas, co-fondatrice de Gestia Solidaire. Cette agence immobilière s'est créée pour aider les étudiants et les jeunes salariés qui n'ont pas de garants, et des budgets plus serrés, à trouver un logement. La période estivale et de rentrée est toujours la plus tendue pour trouver un logement à Lyon. "Depuis le mois de juillet, on a eu +65 % d'appels", confirme l'agente immobilière.


"On a beaucoup de demandes. Lorsque l'on poste une annonce, on peut avoir jusqu'à 500 personnes qui nous contactent", explique Anne-Sophie Thomas, co-fondatrice de Gestia Solidaire, agence immobilière lyonnaise à destination des étudiants et jeunes salariés.


Pour espérer décrocher au moins une visite, il faut alors être dans les premiers à envoyer un message ou déposer un dossier sur les annonces. "Moi qui ne suit pas trop sur les réseaux sociaux, je me suis rendue compte qu'il fallait être connectée h24 et être réactif, se vendre", témoigne Marie-Charlotte, 24 ans et étudiante à l'école de commerce E3A. Après un mois de recherches, elle a posté un message sur un groupe Facebook pour espérer trouver une colocation, alors que sa rentrée a déjà eu lieu et qu'elle débute une alternance dans quelques jours. Pour l'instant, elle loge chez sa tante à l'Isle d'Abeau et fait les allers-retours.

Des obstacles logistiques et financiers

Si Chloé et Marie-Charlotte ont cherché pendant plusieurs mois un logement à Lyon, d'autres comme Mathilde n'ont pas pu s'y mettre avant la rentrée. "Cette année il y a eu des problèmes dans la sélection en master. J'étais acceptée à Lyon et dans l'attente d'une réponse à Aix-en-Provence où j'aurai préféré aller", explique l'étudiante en droit. Toujours sans réponse début septembre, elle s'est finalement résignée à chercher un appartement à Lyon. "Sur 30 messages envoyés à des annonces, j'ai eu seulement quatre réponses. Je reste moins d'une année pour ma dernière année de master et ça bloque beaucoup de propriétaires", se désole-t-elle.


"C'est la 1ère fois que je reçois des familles catastrophées qui pensent que leur enfant ne pourra pas faire d'étude car il n'a pas de logement. J'ai eu une maman de Limoges en pleurs au téléphone", relate Yann de l'association Info-Jeune Lyon.


Toutes les étudiants que nous avons interrogées ont un dossier convenable, avec au moins un garant, et un budget compris entre 500 et 600 euros. Pourtant cela n'a pas suffit pour leur permettre d'obtenir un logement. Pour d'autres, avec un moins bon dossier, il est encore plus compliqué de mettre un toit sur leur tête. "Beaucoup d'alternants sans garants sont bloqués par les agences classiques, parce qu'ils n'ont que leur salaire d'alternant comme justificatif de revenus", donne comme exemple Anne-Sophie Thomas de l'agence lyonnaise Gestia Solidaire.

"Chaque année ça empire", explique Yann de l'association Info-Jeune Lyon, qui oriente et conseille les jeunes Lyonnais. "C'est la 1ère fois que je reçois des familles catastrophées qui pensent que leur enfant ne pourra pas faire d'étude car il n'a pas de logement. J'ai eu une maman de Limoges en pleurs au téléphone", développe-t-il. Il explique que les étudiants étrangers sont les plus fragilisés face à la recherche de logement, car rares sont les propriétaires qui acceptent leurs dossiers avec des garants en dehors de la France. "Si en plus ils sont Africains, avec un accent, ils sont aussi victimes de discriminations", affirme-t-il.

Les loyers restent très chers à Lyon. Pour un studio proche du centre-ville, les prix peuvent facilement grimper au-dessus de 600 euros. Récemment, les Villes de Lyon et Villeurbanne ont annoncé leur intention d'encadrer le prix des loyers.

Lire aussi : Le gouvernement valide, la mise en place de l'encadrement des loyers bientôt lancée à Lyon et Villeurbanne

Attention aux arnaques

Face à l'urgence de la situation de nombreux étudiants, des personnes mal intentionnées tentent de profiter de leur désespoir. Les arnaques pullulent sur les groupes Facebook et les plateformes comme SeLoger ou Leboncoin. Des annonces "idéales" avec des prix avantageux attirent les étudiants. Certains visitent des logements, loués sur Airbnb pour la journée par de faux propriétaires, et signent des baux, réglent des cautions, avant de se rendre compte qu'ils n'auront jamais accès à l'appartement.

Julia, étudiante auxiliaire puéricultrice à l'école Rockefeller, a subi une de ces arnaques. Pour réserver un logement, elle a versé de l'argent à une personne qui s'est fait passer pour un propriétaire. "Je me suis faite avoir pour un logement sur Facebook. J’ai verser 500€ de caution et je me suis présentée à l’appartement le 31 août, la veille de ma rentrée mais personne ne s'est présenté", relate-t-elle. Sans solution pour l'instant, elle fait les aller retour entre Chalon-sur-Saône et Lyon, soit 3h de train par jour.


"Je me suis faite avoir pour un logement sur Facebook. J’ai verser 500€ de caution et je me suis présentée à l’appartement le 31 août, la veille de ma rentrée mais personne ne s'est présenté", témoigne Julia, étudiante auxiliaire puéricultrice à l'école Rockefeller à Lyon.


"Il y a plus d'arnaques que de vraies offres. Sur 50 annonces, il y en a 30 ou 35 qui sont du vent, soit parce que ce sont des fausses ou parce qu'elles ne sont plus d'actualité", estime Yann d'Info-Jeune Lyon. Après avoir reçu plusieurs messages semblant être des arnaques, Chloé a décidé de se tourner uniquement vers les agences, quitte à devoir payer plus cher.

"C'est pas facile, ça pèse car c'est beaucoup de temps et d'énergie. J'aimerai passer à autre chose et me concentrer sur ma recherche de stage", se confie l'étudiante en architecture d'intérieur. Marie-Charlotte, plus philosophe et car elle a une solution de logement même imparfaite, reste optimiste : "il ne faut pas perdre espoir, c'est le mot de la fin !"

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