Les maires sortantes des 3e et 7e arrondissements de Lyon, candidates à leur réélection, livrent leur projet pour La Guillotière dans le cadre des élections municipales.
Les maires écologistes des 3e et 7e arrondissements de Lyon, Marion Sessiecq et Fanny Dubot, candidates à leur réélection, livrent leur vision pour le quartier de La Guillotière. Elles proposent en cas de second mandat de créer un lieu dédié à la jeunesse dans le Clip, et promettent l'ouverture d'une maison de santé dans le quartier. Elles dressent aussi le bilan de leur action depuis six ans.
Lyon Capitale : Quel bilan tirez-vous de votre action sur le quartier, en matière de social, de logement et de sécurité ?
Marion Sessiecq : Je suis très fière de ce que nous avons fait. Il y avait des enjeux terriblement difficiles, mais aussi beaucoup de potentiel dans ce quartier. C'est la première fois que les deux arrondissements travaillent main dans la main. Nous avons eu une ambition forte avec la création de la maison des projets, avec du personnel dédié au plus près des habitants et avec des aménagements ambitieux.
Fanny Dubot : Nous avons commencé ce mandat en 2020 avec une association, "La Guilotière en colère", qui était très véhémente, et un marché sauvage qui prenait une grande partie de la place Gabriel Péri. On termine le mandat avec cette association qui s'est auto-dissoute* et le marché qui a disparu. Je pense qu'aucune personne ne vivant à la Guillotière peut dire aujourd'hui que le quartier n'a pas changé dans le bon sens.
Lyon Capitale : Sur le projet urbain, certains diront qu'il a été peu ambitieux par rapport à ce qui avait été un temps imaginé
Fanny Dubot : Nous n'avons pas transfiguré le quartier mais ce n'était pas ce que nous souhaitions. Ce quartier on l'aime comme il est, on l'aime avec sa mixité, et bien sûr qu'il y a des choses à améliorer, mais on n'est pas là pour transformer et résoudre des problèmes humains, de sécurité, et de misère par des aménagements, ça n'a jamais été la réponse adéquate.
Lyon Capitale : C'est pourtant parfois ce qui a pu être compris par les Lyonnais. Sur l'aspect sécurité, diriez-vous qu'il y a eu un problème de communication ?
Fanny Dubot : Ça a été une des grandes caricatures du début du mandat, les pissotières et les pistes cyclables. Néanmoins, ne c'était évidemment pas ça le projet pour la Guillotière, nous avons toujours dit que nous allions résoudre l'humain par l'humain. Au début du mandat, la question était les effectifs mobilisés sur la place Gabriel-Péri, d'où le bras de fer entre Grégory Doucet et Gérald Darmanin (alors ministre de l'Intérieur, Ndlr). Cela a fait parler mais aussi permis l'arrivée de la brigade spécialisée de terrain (BST). Tous les sujets ne sont pas résolus, notamment les sujets de trafic de drogue, qui sont à régler en dehors de la seule question de la police d'intervention, avec un travail d'enquête notamment.
Je regrette l'image qui a été donnée du quartier quand Jordan Bardella est venu faire son émission en parlant de zone de non-droit sans connaître le quartier, sans connaître ses habitants.
L'un des dix centres de santé promis sera installé à La Guillotière
Le maire sortant Grégory Doucet a annoncé dans le cadre de sa campagne la création de dix nouvelles maisons de santé à Lyon "pour améliorer l'accès aux soins au quotidien". L'un de ces dix centres sera installé dans le quartier de La Guillotière indiquent Mario Sessiecq et Fanny Dubot. "Faciliter l'installation de professionnels de santé, généralistes et spécialistes, c'est permettre l'accès aux soins aux habitantes et habitants du quartier, c'est donner une raison supplémentaire de vivre à la Guillotière", indiquent-elles.
Lyon Capitale : Vous disiez plus tôt que votre objectif n'était pas de transfigurer le quartier, quelle vision portez-vous dans cette campagne ?
Fanny Dubot : Pour nous, La Guillotière, c'est un lieu de vie et notre vision c'est de s'appuyer sur ses richesses et ses atouts qui sont ses habitants, son tissu associatif, sa jeunesse et son multiculturalisme. On a trop longtemps mis en avant ses aspects négatifs
Lyon Capitale : Grégory Doucet a fait plusieurs annonces relatives à la sécurité au cours de la campagne, le quartier sera la priorité ?
Fanny Dubot : La sécurité restera une priorité et ces annonces bénéficieront en premier lieu au quartier. Le fait d'augmenter le nombre de policiers municipaux sur le terrain à 400 va venir renforcer nos équipes présentes dans l'unité de proximité. Les postes de police mobiles vont être à mon sens particulièrement intéressants. Je pense que le premier ira place Mazagran pour être en contact direct avec la population et s'inscrire dans cette vision d'une police de proximité. Par ailleurs, il n'y a pas de tabou sur la question des caméras de vidéosurveillance. Il y a déjà beaucoup de caméras dans le quartier, nous en avons installé quatre sur la place Mazagran où il n'y en avait pas. On continuera s'il le faut, de manière raisonnée, à aider les policiers sur place avec du matériel de vidéosurveillance. Autre élément, ce sont les brigades anti-incivilités qui vont patrouiller, faire de la prévention et verbaliser.
Mario Sessiecq : La sécurité c'est aussi un travail de prévention avec dans le quartier beaucoup de jeunes en errance. Le travail de la ligne 37 porte ses fruits, c'est vraiment une grande réussite que l'on va maintenir.
Lyon Capitale : Au sujet de la jeunesse notamment, l'une de vos propositions est la création d'un lieu dédié aux jeunes dans le Clip.
Marion Sessiecq : Nous voulons que ce soit vraiment un lieu de destination pour tous les jeunes au-delà de la Guillotière. Nous voulons les faire venir dans le quartier, pour qu'ils s'engagent et fassent la ville avec nous. On voit qu'il y a des jeunes qui ont envie de se rendre utiles, qui sont bénévoles dans des associations, qui ont envie de monter des projets, ça peut être un lieu pour cela, mais aussi un lieu aussi de loisirs, un lieu de convivialité, où il pourrait y avoir des locaux de musique. C'est une idée qui a émergé dans les discussions avec les centres sociaux et d'autres structures comme l'AFEV et la maison des projets.
Fanny Dubot : En 2020, le grand débat c'était faut-il garder ou détruire le Clip. Je suis très contente qu'on se demande aujourd'hui ce qui pourrait être utile pour les habitants, parce que détruire un immeuble ne résout pas les problématiques d'un quartier. Il y a eu un cheminement et on arrive à déboucher sur quelque chose de positif pour le quartier, qui répond aux besoins des jeunes du quartier et de toute la métropole.
Lyon Capitale : Le projet de réaménagement urbain va se poursuivre en cas de second mandat ? La voie lyonnaise n°12 notamment doit être achevée.
Fanny Dubot : Oui, nous allons poursuivre ce projet. Les habitants de ce quartier ont aussi droit à des aménagements confortables avec de la place pour le piéton, de la végétalisation, de la place pour les cyclistes, mais aussi de la place pour les terrasses. Avoir un quartier vivant où on peut s'installer en terrasse, c'est très important pour nous. Nous allons faire le réaménagement de la place Basse-Combalot. La place Pierre-Simon Ballanche derrière le Clip et la VL12 qui va passer cours Gambetta.
*Au moment de la dissolution, à l'été 2022, de l'association La Guillotière en Colère, sa présidente Nathalie Balmat estimait que "la municipalité de Lyon et la Métropole font la sourde oreille". Auprès de nos confrères de Tribune de Lyon, elle indiquait : "On était dans un désir de construire quelque chose avec la Métropole et la Ville mais en face il n’y a eu aucune réponse."
