Nathalie Arthaud en déplacement à Science Po Lyon jeudi 27 janvier 2022. ©Grégoire Gindre

Présidentielle : en débat à Science Po Lyon, la candidate Lutte Ouvrière Nathalie Arthaud est venue en terrain conquis

Nathalie Arthaud, candidate à la présidentielle 2022 du parti Lutte Ouvrière, était face à des étudiants de Science Po Lyon jeudi 27 janvier dans le cadre de sa campagne électorale. Reportage.

C'est une Nathalie Arthaud souriante, un brin narquoise, mais toujours aussi remontée contre le capitalisme qui se présentait jeudi 27 janvier face aux étudiants de Science Po Lyon. Elle, qui a débuté sa carrière politique en tant que conseillère municipale à Vaulx-en-Velin au nord-est de Lyon, est en visite toute cette fin de semaine en Auvergne-Rhône-Alpes.

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Jeudi 27 janvier, c'est au tour de l'association étudiante Place au débat de l'Institut d'études politiques de recevoir la candidate à l'Élysée de Lutte Ouvrière (LO). Après avoir répondu aux questions des journalistes, Nathalie Arthaud et ses "camarades" du parti s'engouffrent dans le bâtiment de l'IEP pour rejoindre un amphithéâtre au deuxième étage. Fin de parcours cependant pour les journalistes souhaitant capter des images de la rencontre. "Une consigne ministérielle interdit la couverture médiatique des débats et déplacements dans les services publics. C'est la directrice de l'IEP qui a reçu cette info et qui nous l'a transmise", s'excuse un membre de l'association. Légères incompréhensions de part et d'autre. "C'est vraiment très étrange comme décision", admet un militant de Lutte Ouvrière.

Lyon Capitale a rencontré la candidate Lutte Ouvrière Nathalie Arthaud, mercredi 26 janvier. ©Grégoire Gindre

La jeunesse, comme vecteur du changement de société

Une fois le pass vaccinal de la candidate scanné, Nathalie Arthaud prend place derrière le bureau principal de la grande salle. Face à elle, 120 étudiants (pour 140 inscrits) s'installent dans les rangées de l'amphithéâtre. Au programme : "une courte introduction de Nathalie Arthaud, ses revendications et enfin ses propositions pour 2022. Ensuite, nous laisserons place aux étudiants pour une séance de questions-réponses de 50 minutes avec la candidate", explique Edgar à l'assemblée. Le vice-président de l'association Place au débat animera la rencontre du jour, au côté d'Enzo chargé du pôle communication.

De son côté, Nathalie Arthaud semble sereine. Ancienne professeure d'économie dans la commune de Rillieux-la-Pape, au nord de Lyon, la candidate exerce toujours en parallèle de sa carrière politique. Parler à des étudiants, elle en a l'habitude. "La jeunesse a un rôle à jouer dans le changement de cette société. [...] C'est à vous de construire une nouvelle société, anti-système", assure-t-elle à son auditoire. Une fois la liste des propositions électorales effectuées, le débat prend place dans une ambiance bon enfant, au sein d'un amphithéâtre qui semble déjà globalement convaincu par la candidate Arthaud.

Un amphithéâtre déjà globalement convaincu

Antoine, Daniel, Nieil, tous étudiants en master 1 Affaires Publiques à Science Po Lyon, sont venus pour "l'importance démocratique de s'informer en profondeur". Pourtant, la majorité de l'amphithéâtre semble déjà être ralliée aux idées de Nathalie Arthaud qui se dit "militante communiste révolutionnaire". Des applaudissements ponctuent parfois les déclarations de la candidate. Les premiers rangs des bancs de l'amphithéâtre, situés à seulement quelques mètres de l'estrade de Nathalie Arthaud, sont largement occupés par des étudiants approuvant d'un signe de la tête chaque envolée de la candidate.

Durant la petite heure d'échanges entre Arthaud et les étudiants, seule d'entres eux se risque à prendre le micro pour tenter de remettre en cause les propos de la candidate, ou en tout cas "tenter de comprendre comment, dans la réalité réelle de notre société, l'interdiction de licenciement est possible, même pour faute grave" [c'est une proposition du programme de la candidate, ndlr]. Devant des regards stupéfaits, un jeune homme situé au premier rang s'empare d'un micro, se lève et apporte une réponse musclée à l'étudiante, avant même que Nathalie Arthaud n'ait le temps de répondre : "Ça me révolte d'entendre ça [...] Ce qu'il se passe en ce moment dans les maisons de retraite avec Orpéa, ce sont des fautes graves, et pourtant ? Rien ne se passe", pose question l'étudiant, avant de se rasseoir car "ce n'est pas mon (son) meeting", sourit-il.

Les multinationales et grandes entreprises dans le viseur

Face aux étudiants, Nathalie Arthaud déroule son programme : SMIC à 2 000 euros, taxation des riches, et renversement du système capitaliste en place. La candidate explique également que son pays, "c'est la classe ouvrière internationale, qu'elle soit américaine, chinoise ou française". L'ex-professeure d'économie dénonce alors : "de très riches se baladent dans l'espace pendant que toutes les 10 secondes, des hommes et des femmes meurent de malnutrition et de famine. Et c'est normal ?" questionne la candidate. Par ailleurs, "Macron nous parle du quoi-qu'il-en-coûte. Mais il devrait nous dire quoi-qu'il-vous-en-coûte, car ça va être à nous de payer", rappelle Arthaud.

Concernant la dette, la porte-parole de Lutte Ouvrière pointe du doigt les grandes entreprises et multinationales : "c'est la dette du patronat, c'est à eux de la payer, de la rembourser", fustige-t-elle. "Je veux aller chercher l'argent aux riches pour combler cette dette". "Et je les attends les journalistes qui vont me montrer par A+B que l'on ne peut pas augmenter les salaires de 200, 300 ou 400 euros. Pour moi, c'est un argument de plus pour changer cette société", lâche la candidate investie par Lutte Ouvrière, avant un tonnerre d'applaudissements. Les étudiants présents voteront-ils pour elle ? Rien n'est moins sûr. Mais ils semblent être venus par adhésion aux idées anticapitalistes.

Nathalie Arthaud a lancé sa campagne pour l'élection présidentielle 2022. (Photo de Ludovic MARIN / AFP)

Une candidate loin des plateaux de télévision

Pour Nieil, étudiant en 4e année, "le niveau du diagnostic énoncé est excellent", lui qui profite de "la chance d'avoir une candidate qui vient présenter ses idées devant un petit nombre de personnes". Ce qu'il en retient : "que c'est vraiment très rafraîchissant d'avoir ça en direct, alors que ça n'est pas du tout mis en avant dans les médias... les gens sont blasés par un discours de vérité tout simplement", dénonce Nieil, étudiant en Affaires Publiques.

Cependant, l'étudiant assure ne pas vouloir voter pour elle lors du 1er tour de la présidentielle prévu le 10 avril 2022. "Même si Lutte Ouvrière est un parti hyper important", le jeune homme ne se retrouve pas dans "les modalités d'accès au pouvoir". Selon lui, "il y a quand même des limites de mobilisation générale de la population. On ne peut pas que compter sur une révolution et une mobilisation spontanée", indique-t-il en prenant l'exemple des limites vues pendant le mouvement Gilets Jaunes. "Je ne sais pas si l'on peut vraiment compter maintenant sur un deuxième rebond post-covid, alors que les gens ont besoin de reconstruire une stabilité personnelle", s'interroge Nieil.

De son côté, Antoine, en 4e année à Science Po Lyon affirme être venu "pour écouter des arguments de gauche, quelque chose qui, dans le débat politique actuel, n'existe pas". L'étudiant remarque que lorsque "l'on présente des figures qui sont dehors des plateaux télé et des médias, on entend alors des demandes qui sont beaucoup plus proches des nôtres, beaucoup plus proches de notre vie quotidienne". Un exemple ? "La dégradation de la qualité de vie actuelle, le chômage..." répond aisément Antoine. À Science Po Lyon jeudi 27 janvier, le débat semble s'être doucement transformé en meeting politique, dans lequel Nathalie Arthaud a exposé ses idées et propositions à la jeunesse.

Les locaux de Science Po Lyon - ©Grégoire Gindre

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