Thibaut Chardey (la ville à vélo)
Thibaut Chardey (la ville à vélo)

“La pratique du vélo continuera de progresser”, assure La Ville à Vélo

Thibaut Chardey, porte-parole de la Ville à vélo, une association qui promeut les déplacements à bicyclette, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Alors que la nouvelle majorité métropolitaine lyonnaise semble vouloir tourner la page des politiques cyclables mises en place par les écologistes lors du précédent mandat, Thibault Chardey, porte-parole de l'association La Ville à Vélo, tempère les inquiétudes. "La progression du trafic cycliste, d'environ 15 % par an, est constante depuis 2005, quel que soit le pouvoir politique en place", rappelle-t-il.

Sur la polémique montée du Chemin-Neuf, où la métropole envisage un retour des voitures, Thibaut Chardey soulève une question de responsabilité : "Que se passera-t-il si un cycliste chute à nouveau dans cette descente, juste devant un véhicule ?"

Le porte-parole de la Ville à Vélo intègre que "la nouvelle majorité a besoin de marqueurs pour montrer une rupture" mais préconise de combler les discontinuités existantes, notamment sur la Voie lyonnaise n°8 ou à Villeurbanne.

La retranscription intégrale de l'entretien avec Thibaut Chardey

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 minutes chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Thibault Chardey. Vous êtes porte-parole de La Ville à Vélo, une association qui promeut la pratique du vélo en ville, notamment à Lyon. Certains considèrent que le vélo a été particulièrement soutenu lors du précédent mandat métropolitain. Or, le nouveau mandat semble marquer un changement de cap. Est-ce aussi votre analyse ?

Oui. Le vélo a été un marqueur fort de la politique de l’ancienne majorité métropolitaine. La nouvelle majorité souhaite faire des choix différents en matière de priorités. Pour autant, je ne pense pas que le vélo sera complètement délaissé au cours du mandat. En revanche, il y aura probablement une communication différente et des investissements moindres par rapport à ce qui a été fait précédemment.

Peut-on considérer que les arbitrages politiques auront un impact réel sur les usages ? Le vélo semble en plein essor, indépendamment des aménagements. À terme, ne faudra-t-il pas adapter les infrastructures si la pratique continue de progresser ?

C’est précisément pour cela que nous ne sommes pas particulièrement inquiets à La Ville à Vélo avec cette nouvelle majorité métropolitaine. La progression du trafic cycliste, d’environ 15 % par an, est constante depuis 2005, quel que soit le pouvoir politique en place. Elle ne s’est d’ailleurs pas accélérée durant le précédent mandat. Elle continuera probablement à progresser, notamment avec l’effet des Voies lyonnaises, dont plusieurs tronçons ont été livrés très récemment, à la fin du précédent mandat ou au début de celui-ci. De nouvelles personnes vont découvrir l’intérêt du vélo pour leurs déplacements quotidiens. À terme, il faudra compléter les aménagements, améliorer certains points accidentogènes et garantir la sécurité de l’ensemble des usagers.

Pour l’instant, certains élus métropolitains disent que les Voies lyonnaises, “cela suffit”. La métropole évoque même la réouverture de certains axes aux voitures, notamment la montée du Chemin-Neuf. S’agit-il de symboles ou d’une remise en cause plus profonde de la politique cyclable ?

Je ne pense pas que la politique cyclable soit fondamentalement remise en cause. Mais la nouvelle majorité a besoin de marqueurs pour montrer une rupture avec la précédente. Pour l’instant, elle se focalise sur ces sujets. Les élus découvrent aussi la réalité du terrain, la complexité technique et les usages existants. Nous espérons qu’avec le temps, les décisions seront davantage fondées sur le réel et les contraintes concrètes.

Sur la piste cyclable de la montée du Chemin-Neuf, la métropole souhaite sécuriser l’axe tout en le rouvrant aux voitures. La ville de Lyon juge ces ambitions contradictoires. Pensez-vous qu’un retour des voitures puisse faire partie d’une solution ?

L’argument avancé est que les voitures rouleraient moins vite que les cyclistes, ce qui ralentirait mécaniquement les descentes. Cela peut être vrai dans certaines situations, mais il y aura aussi de nombreux moments sans circulation automobile où les cyclistes continueront à descendre rapidement. La question est aussi celle du risque. Que se passera-t-il si un cycliste chute à nouveau dans cette descente, juste devant un véhicule ? Réintroduire 4 000 voitures par jour crée potentiellement un sur-risque important. Je ne suis pas certain que la métropole souhaite assumer cette responsabilité.

Pensez-vous que cette mesure sera réellement appliquée ou qu’il s’agit davantage d’une annonce politique difficile à mettre en œuvre ?

Il y a eu beaucoup d’annonces destinées à marquer le changement de majorité. Mais, dans les faits, certaines seront complexes à appliquer et difficiles à assumer politiquement, notamment si elles entraînent des accidents alors même qu’elles sont présentées comme des mesures de sécurisation. Aujourd’hui, j’attends de voir concrètement ce qui sera mis en œuvre. Les Voies lyonnaises devaient former un réseau de 250 kilomètres. Une centaine manque encore et la métropole semble envisager un moratoire.

Le réseau actuel est-il suffisant ou certains tronçons doivent-ils absolument être complétés ?

Nous souhaitons avant tout que les discontinuités existantes soient traitées. Il ne s’agit pas nécessairement de réaliser immédiatement l’ensemble du réseau annoncé, mais de compléter les tronçons déjà engagés afin de créer une continuité efficace et d’encourager davantage de personnes à utiliser le vélo. Parmi les exemples prioritaires, il y a la Voie lyonnaise n°8 entre Tassin-la-Demi-Lune et Lyon, avec un court tronçon manquant qui permettrait une continuité totale vers le 9e arrondissement et les quais de Saône. Il existe aussi des discontinuités importantes à Villeurbanne, entre l’avenue de Stalingrad et la rue Bayard, ou encore autour du parc Blandan avec la rue de l’Épargne et la rue Berliet, où les aménagements sont particulièrement attendus.

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