Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
"Le docteur Patrick Romestaing, vice-président de l'association Stop Enfumage, invité récemment de votre émission "6 minutes chrono", s'est livré à un dénigrement en règle de l'utilisation du bois comme ressource énergétique (...). Je souhaitais réagir à ces propos."
Le 27 mars dernier, Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, organisation qui représente l'ensemble des filières d'énergie renouvelable, dont le bois-énergie, a envoyé un courrier à Lyon Capitale.
C'est pourquoi nous l'avons invité sur notre plateau dans le cadre de notre démarche de débat factuel et contradictoire.
Des chiffres à mettre en perspective
En préparant cet entretien, nous nous sommes appuyés sur un rapport de 2023 d'Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, qui indique que le chauffage au bois est responsable de 70% des émissions de particules fines PM2,5 sur la métropole de Lyon, dont 95 % provenant du seul chauffage individuel. Des chiffres que Jules Nyssen ne conteste pas frontalement, mais qu'il invite à relativiser. Selon lui, l'unité de mesure retenue, à savoir les émissions, ne serait pas la plus pertinente. C'est la concentration de particules dans l'air qui importerait davantage, et à cette aune, le chauffage au bois ne représenterait à l'échelle nationale que 18 % de la concentration de particules fines. D'autres sources, comme la pollution automobile ou industrielle, pèseraient bien davantage dans les grandes métropoles.
Un parc à renouveler, des progrès déjà engagés
Jules Nyssen reconnaît néanmoins que le sujet mérite attention, notamment s'agissant du chauffage individuel. Avec environ 8 millions de foyers concernés en France, le renouvellement progressif des appareils anciens constitue un enjeu majeur. Les appareils de dernière génération, souligne-t-il, émettent aujourd'hui très peu de particules. Une distinction s'impose par ailleurs entre chauffage individuel et chauffage collectif : les grandes chaufferies à bois, comme celles qui alimentent des dizaines de milliers de foyers dans la métropole de Lyon, se substituent souvent à des installations au gaz, dont l'impact sur les factures des ménages n'est plus à démontrer depuis la crise énergétique.

La forêt française, un écosystème géré et en croissance
L'autre grand sujet abordé est celui de la forêt. Alors que certaines voix dénoncent une exploitation du bois conduisant à la déforestation et à une réduction de la capacité de captation du CO₂, Jules Nyssen rappelle que la surface forestière française n'a jamais été aussi importante, et que la gestion des forêts européennes est encadrée par des directives strictes garantissant leur exploitation durable. Le bois énergie est par ailleurs considéré comme une énergie renouvelable au sens plein du terme : le carbone libéré lors de la combustion correspond à celui capté par l'arbre durant sa croissance, à la différence des énergies fossiles qui libèrent un carbone stocké depuis des millions d'années.
Jules Nyssen insiste également sur un point souvent méconnu : il n'existe pas de coupes forestières dédiées exclusivement à la production d'énergie. "Aujourd’hui, on ne coupe pas du bois pour se chauffer. Le bois utilisé pour l’énergie est issu de l’exploitation forestière et permet de financer des travaux forestiers qui ne pourraient pas l’être autrement." Dans certains cas, des coupes sanitaires, rendues nécessaires par des infestations ou des maladies, fournissent également du bois impropre à d'autres usages, qui trouve alors une valorisation énergétique.
Un débat qui reste ouvert
Cet échange illustre la complexité d'un sujet où données scientifiques, enjeux de santé publique et impératifs de transition énergétique se croisent et parfois s'affrontent. Le bois-énergie, première énergie renouvelable en France, ne saurait être réduit à une caricature, dans un sens comme dans l'autre.
Lire aussi : Chaufferies à bois : "c'est le combustible le plus toxique pour la santé" estime Patrick Romestaing
Plus de détails dans la vidéo :
PS : Une coquille s'est glissée dans les propos de Jules Nyssen : le chauffage à bois individuel couvre, non pas 8 000 foyers en France, mais huit millions de foyers.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Jules Nyssen
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui en visioconférence Jules Nyssen. Bonjour !
Bonjour.
Jules Nyssen, vous êtes président du Syndicat des énergies renouvelables. Vous réagissez à un courrier que vous nous avez envoyé suite à un 6 minutes chrono réalisé avec le docteur Patrick Romestaing, vice-président de l’association Stop Enfumage, sur les chaufferies à bois. Dans cet entretien, Patrick Romestaing qualifiait le bois de combustible le plus toxique pour la santé. Qu’est-ce qui vous a le plus choqué ? Est-ce cette phrase ?
Oui, c’est cette phrase. Ce sont des jugements unilatéraux sur des ressources énergétiques qui, comme l’actualité le montre en ce moment, permettent de se passer du carbone. J’ai trouvé cela un peu exagéré, surtout de la part d’un médecin.
En préparant cette émission, je suis tombé sur un rapport de 2023 d’Atmo Auvergne-Rhône-Alpes sur la métropole de Lyon. Il indiquait que le chauffage au bois est responsable de 70 % des émissions de particules fines PM2,5 sur le territoire de la métropole de Lyon et que 95 % de ces émissions proviennent du chauffage individuel. On ne peut pas contester ces chiffres ?
On ne peut pas forcément les contester. En revanche, on peut contester l’unité de mesure retenue, car il s’agit d’émissions. Une fois que les particules sont émises, elles se transforment dans l’atmosphère. Nous utilisons quelque chose de plus facile à mesurer : la concentration.
Dans le cadre des concentrations en moyenne nationale, le chauffage au bois ne peut pas être considéré comme responsable de plus de 18 % de la concentration de ces particules fines dans l’air. Je ne vais pas nier qu’il y en a, mais il existe beaucoup d’autres causes, notamment dans les grandes métropoles, qui envoient des particules fines dans l’atmosphère, à commencer par la pollution liée à l’automobile ou à l’industrie.
Ensuite, pour le chauffage au bois, qu’il soit domestique ou collectif, des progrès considérables ont été réalisés ces dernières années sur les appareils, sur la qualité du bois utilisé et sur les pratiques. Les dernières générations d’appareils n’émettent pratiquement plus de particules. Il faut regarder cela comme un enjeu de renouvellement progressif du parc, permettant de produire de la chaleur à partir du bois.
Faut-il faire une différence entre chauffage individuel et chauffage collectif ? Les chaufferies à bois collectives dans la métropole de Lyon permettent de chauffer des dizaines de milliers de foyers. Les installations individuelles polluent-elles davantage ?
Je ne les compare pas, car elles ne rendent pas le même service. Le chauffage au bois individuel est quelque chose d’ancien. Cela concerne environ 8 millions de foyers en France. Le mot “foyer” vient d’ailleurs du latin focus, qui signifie feu.
Il y a un besoin de renouvellement des appareils individuels. Concernant le collectif, les chaufferies au bois se substituent à des chaufferies au gaz. Aujourd’hui, on mesure à quel point une chaufferie au gaz peut avoir un effet important sur la facture de chauffage.
Il faut donc regarder le problème globalement. Aucune énergie n’est sans impact, mais il faut considérer le service rendu. Le bois énergie est aujourd’hui la première énergie renouvelable.
Vous évoquez les forêts. Il n’y en a jamais eu autant en France. Pourtant, certains estiment que le bois énergie entraîne une déforestation et réduit la capacité de captation du CO₂. Que leur répondez-vous ?
Le bois énergie est considéré comme une énergie renouvelable, car les forêts se régénèrent et captent du carbone en poussant. Le carbone libéré lors de la combustion correspond à celui qui a été capté dans l’atmosphère. Ce n’est pas la même chose que de brûler du charbon, qui libère du carbone stocké dans des couches géologiques.
La forêt est un milieu vivant. En Europe, elle est encadrée par des directives très précises et gérée de manière durable. On veille à ce qu’elle continue de croître et que le volume de bois produit augmente.
Le bois énergie permet de valoriser les travaux d’entretien de la forêt. Cela permet notamment d’éclaircir les peuplements pour produire du bois d’œuvre, destiné à la construction, qui reste prioritaire.
Il n’y a pas de coupes réalisées spécifiquement pour le bois énergie. Les coupes sont liées à la construction. Le bois énergie permet de valoriser ce qui n’est pas utilisé autrement.
Il peut arriver, pour des raisons sanitaires, qu’une coupe soit nécessaire, par exemple en cas d’attaque de scolites. Dans ce cas, le bois impropre à d’autres usages peut être utilisé pour l’énergie.
Aujourd’hui, on ne coupe pas du bois pour se chauffer. Le bois utilisé pour l’énergie est issu de l’exploitation forestière et permet de financer des travaux forestiers qui ne pourraient pas l’être autrement.
Nous arrivons à la fin de cette émission. Merci Jules Nyssen d’avoir été avec nous. Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.lyoncapitale.fr
