Malgré les tensions mondiales, les entreprises françaises restent solides à l’export en 2026 et adaptent leurs stratégies face aux risques.
Guerre commerciale, conflit au Moyen-Orient, recomposition des chaînes d'approvisionnement… Le contexte international n'a jamais semblé aussi instable. Et pourtant, les exportateurs français résistent. C'est l'un des enseignements majeurs du dernier Global Survey d'Allianz Trade, publié mercredi 8 avril et réalisé auprès de 6 000 entreprises réparties dans 13 pays, interrogées en deux vagues en février et mars 2026.
Un optimisme tenace, mais fragile
Près de 8 entreprises françaises sur 10 anticipent une hausse de leur chiffre d'affaires à l'export en 2026, un score supérieur à la moyenne mondiale qui s'établit à 75 %. Les prévisions de croissance se déclinent en deux grandes tendances : 39 % des répondants tablent sur une progression modérée, comprise entre 2 et 5 %, tandis que 32,5 % envisagent une hausse plus soutenue, entre 5 et 10 %. Des chiffres encourageants, qui témoignent d'une réelle capacité d'adaptation du tissu exportateur français.
Cet optimisme doit cependant être nuancé. Le conflit au Moyen-Orient, déclenché en 2025, a fragilisé la confiance de nombreux acteurs à l'international. Si son impact semble moins brutal que le choc tarifaire de 2025, qui avait fait chuter les prévisions de croissance de 40 points de pourcentage au niveau mondial, il n'en demeure pas moins significatif. "L'optimisme reste fragile et pourrait rapidement s'estomper si le conflit s'éternise" avertit Aylin Somersan Coqui, CEO d'Allianz Trade.
La géopolitique, nouvelle menace numéro un
Le conflit au Moyen-Orient a profondément reconfiguré la hiérarchie des risques perçus par les entreprises. En France, les risques géopolitiques et politiques sont désormais cités comme la principale menace par 67 % des entreprises interrogées, soit une hausse spectaculaire de 37 points par rapport à 2025, où les perturbations des chaînes d'approvisionnement dominaient les préoccupations. Viennent ensuite les problèmes d'approvisionnement, tels que les défaillances de fournisseurs ou les pénuries de matières premières (58 %), et les difficultés de transport (44 %).
À l'échelle mondiale, 65 % des entreprises placent le risque géopolitique en tête de leurs préoccupations, devant la complexité des chaînes d'approvisionnement (45 %). Une inversion de tendance notable, qui illustre à quel point le conflit a redistribué les priorités stratégiques des exportateurs.
Des stratégies d'adaptation multiples
Face à ce nouvel environnement, les entreprises françaises ne restent pas les bras croisés. Elles réagissent avec pragmatisme et agilité. En réponse à la guerre commerciale, 63 % se sont tournées vers de nouveaux marchés géographiques, 58 % ont diversifié leurs fournisseurs et 58 % ont réacheminé leurs produits via des marchés tiers, afin de contourner les tensions commerciales. Des chiffres qui témoignent d'une volonté claire de sécuriser les opérations sans renoncer à la croissance.
Les priorités stratégiques pour 2026 évoluent également : 29 % des entreprises françaises souhaitent consolider leur présence sur leurs marchés existants, une hausse de 8 points depuis le début du conflit en Iran. 22 % visent à conquérir de nouveaux marchés, et 21 % envisagent la construction de nouvelles installations à l'étranger. En revanche, le développement de nouveaux produits recule de 6 points, signe que la prudence et la consolidation priment sur l'innovation dans ce contexte incertain.
Du côté des itinéraires logistiques, 50 % des entreprises interrogées à l'échelle mondiale recherchent des routes ou des transporteurs alternatifs depuis le début du conflit. En France, l'ajustement des délais de livraison est la troisième stratégie la plus répandue, aux côtés du recours accru à des courtiers en douane pour accélérer les procédures.
La Chine, partenaire stratégique incontournable
Alors que l'attrait des États-Unis comme destination d'exportation s'est nettement érodé, seuls 13 % des exportateurs mondiaux les considèrent désormais comme un marché en croissance, la relation avec la Chine se confirme comme un axe stratégique majeur pour les entreprises françaises. 69 % d'entre elles maintiennent leur présence sur le marché chinois en 2026, et 23 % prévoient même de l'accroître. Une tendance qui contraste avec la moyenne mondiale, où l'attrait de la Chine pour les investissements a fortement reculé.
L'Europe et l'Asie s'imposent comme les deux grandes régions privilégiées pour la croissance future, portées par une vague de nouveaux accords de libre-échange. Selon l'étude, 93 % des entreprises prévoient de se développer dans le cadre d'accords récemment signés, notamment entre l'Inde et l'UE, ou entre le Mercosur et l'UE.
