Stépahnie Pernod, 1re vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en charge de l’économie

"La métropole de Lyon, c'est 'faites de l'industrie mais pas chez moi'"

Stéphanie Pernod, première vice-présidente en charge de l'économie à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, revient sur la bonne santé économique régionale.

Le ministre délégué chargé de l’Industrie et de l’Énergie Roland Lescure n'avait pas choisi le salon Global Service de Lyon au hasard pour dévoiler ce "baromètre industriel de l'Etat" : sur 201 ouvertures de sites industriels en 2023 en France, 73 l'ont été en Auvergne-Rhône-Alpes se classant première région la plus attractive du pays et renforçant son leadership de première région industrielle nationale.

"On a aujourd'hui un contexte économique, une qualité géographique et environnementale qui fait de la région Auvergne-Rhône-Alpes un grand centre européen pour l'économie, explique Stéphanie Pernod, première vice-présidente délégué à l'économie de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (70 000 km2). C'est aussi le fruit de politiques publiques et notamment la création en 2021 du "G6 de la relocalisation" doté d'1,2 milliard d'euros dont l'objectif est double : d'une part, permettre à nos entreprises régionales d'augmenter leur capacité de production en région, par des aides à l'investissement et des aides à la formation, d'autre part, de rapatrier de l'activité, auparavant à l'étranger et qui, aujourd'hui, a tout intérêt à revenir en région Auvergne-Rhône-Alpes et en France."

Economie en Auvergne-Rhône-Alpes : 1€ d'argent public investi pour 8€ d'investissements privés

Résultat, un effet levier x 8 : "quand on met 1 euro d'argent public dans un projet de relocalisation dans le cadre de notre plan, il y a 8 euros d'investissement privé qui sont associés à cet investissement. C'est un très, très bon rapport, qualité-prix entre l'investissement public qui est donné, l'investissement privé qui est généré et le nombre d'emplois très localisés en régions environnementales qui sont créés." Et de citer pêle-mêle la santé, la filière nucléaire (le "nouveau nucléaire", notamment les EPR2, décidé par Emmanuel Macron, sera pensé, conçu et réfléchi par des milliers d’ingénieurs et de techniciens de haut vol à Lyon), la filière bois et forêts auralpine, etc.

La bonne santé de l'économie auralpine est à mettre en miroir à la perte, en début d'année, par la Métropole de Lyon de sa première place d'agglomération la plus dynamique de France (classement Arthur Loyd, janvier 2024) et de son dépassement en termes d'attractivité par des villes plus moyennes : "Au classement d’image des métropoles françaises, (…) Lyon continue de perdre du terrain." note EY.

"Un point de divergence avec Bruno Bernard (président de la Métropole de Lyon, NdlR) est qu'il souhaite le retour des entreprises sur la région mais pas dans la métropole. La Métropole de Lyon, elle est plutôt sur 'faites de l'industrie mais pas chez moi'", tâcle Stéphanie Pernod. Et de citer la zone à faibles émissions qui, selon elle, "interdira, dès l'année prochaine, des activités économiques, puisque certains véhicules qui, notamment, transportent des biens ou des produits ne pourront plus entrer en métropole."

Lire ici :
- Lyon perd sa première place de métropole la plus dynamique
- Attractivité : Lyon sort-elle des radars ?


La retranscription intégrale de l'entretien avec Stéphanie Pernod

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono/. Nous accueillons aujourd'hui Stéphanie Pernod, première vice-présidente de la région Auvergne-Rhône-Alpes en charge de l'économie.

Bonjour.

Il y a quelques jours le ministre délégué à l'industrie, Roland Lescure, a publié les résultats d'un "baromètre industriel de l'État" et ce qu'on voit c'est qu'il y a eu, l'année dernière en France, beaucoup d'entreprises qui se sont installées en France et la région Auvergne-Rhône-Alpes prend la première place du classement. Auvergne-Rhône-Alpes est effectivement la première région industrielle de France, avec un écosystème, un tissu économique important mais au-delà de cet écosystème, comment vous expliquez ces très bons chiffres pour la région Auvergne-Rhône-Alpes ?

D'abord, c'est le fruit d'une histoire. Comme vous l'avez dit, on est la première région industrielle de France et cette histoire s'est écrite depuis des dizaines d'années par les entreprises qui se sont installées chez nous, par les écosystèmes qu'on a su créer entre nos centres universitaires, nos usines de production, et notre capacité exportée à l'international par de très grands groupes familiaux qui ont conservé leur siège social en Auvergne-Rhône-Alpes et qui ont prospéré à l'étranger. Donc, on a aujourd'hui un contexte économique, une qualité géographique et environnementale qui fait de la région Auvergne-Rhône-Alpes un grand centre européen pour l'économie et c'est pour toute cette raison, accompagnée évidemment de politiques publiques et de création d'emplois par nos entreprises, qui fait qu'aujourd'hui on a ces excellents résultats, qui sont à la fois dans le baromètre du ministre de l'Industrie, et puis dans toutes les études qui sont faites sur les installations en France qui visent en premier lieu la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Vous parliez de politiques publiques : est-ce que c'est justement ça va dans la continuité, dans le fil directeur du G6 que la région Auvergne-Rhône-Alpes avait créé il y a quelques années ?

Oui, on a créé le G6 de la relocalisation pour mettre en œuvre notre plan de relocalisation qu'on a voté en 2021 qui est doté d'1,2 milliards d'euros. Son objectif est double : il est de permettre à nos entreprises régionales d'augmenter leur capacité de production en région, par des aides à l'investissement, des aides à la formation, et puis aussi de rapatrier de l'activité qui était faite auparavant à l'étranger et qui, aujourd'hui, a tout intérêt à revenir en région Auvergne-Rhône-Alpes et en France. Pour ces deux objectifs, on accompagne nos entreprises. Aujourd'hui, à deux ans d'exercice du plan de relocalisation, on a déjà aidé 600 entreprises avec un effet de levier x 8 au niveau de l'investissement privé pour une création d'emploi de 12 000 emplois, depuis maintenant deux ans.

Quand vous parliez de cet effet de levier x 8 concrètement c'est quoi ?

C'est-à-dire que quand on met 1 euro d'argent public dans un projet de relocalisation dans le cadre de notre plan il y a 8 euros d'investissement privé qui sont associés à cet investissement. C'est la volonté du président Wauquiez, les aides publiques elles doivent contribuer à créer de la valeur. Elles créent de la valeur parce qu'elles amènent la possibilité d'avoir 8 euros supplémentaires d'investissement privé pour 1 euro d'argent public donné et puis aussi elles permettent de créer des emplois. Je parlais de 12 000 emplois industriels créés depuis deux ans. C'est un très, très bon rapport, on va dire, qualité-prix entre l'investissement public qui est donné, l'investissement privé qui est généré et le nombre d'emplois très localisés en régions environnementales qui sont créés.

Est-ce qu'il y a des secteurs quand même est-ce qu'on voit qu'il y a des secteurs particuliers qui tirent leur épingle du jeu de cette réindustrialisation dans la région ou pas ?

Oui, on a des secteurs stratégiques, aujourd'hui, qui sont très porteurs au niveau de la relocalisation. On a, par exemple, l'industrie de la santé qui aujourd'hui voit de très beaux projets s'installer en région Auvergne-Rhône-Alpes avec de la relocalisation notamment dans l'industrie du médicament. On a évidemment la filière nucléaire qui compte beaucoup en région Auvergne-Rhône-Alpes et qui voit générer un bon nombre d'activités nouvelles de création d'usines dans le baromètre qui est sorti la semaine dernière. On a 73 nouvelles usines qui ont été créées en 2023 en région Auvergne-Rhône-Alpes, très loin devant le deuxième qui est la Nouvelle Aquitaine de mémoire qui a 30 usines. Donc on a des filières comme ça qui sont très porteurs. On a aussi la filière des bois et forêts qu'on pense parfois rester dans le domaine agricole c'est de l'économie. Et on est une grande région en matière de bois et forêts, en tout cas de première et deuxième transformation du bois. Donc on a ces secteurs-là qui sont très porteurs. On a évidemment la filière automobile qui a toujours existé en région et puis la vallée de la chimie qui génère évidemment aussi de gros investissements.

Effectivement 73 nouvelles entreprises ou agrandissements en tout cas ça représente à peu près, je regardais tout à l'heure,36 % de la globalité française. Finalement région Auvergne-en-Alpes et métropole de Lyon vous êtes un peu sur la même longueur. Donc parce que si je regardais un peu Bruno Bernard qui est le président de la Métropole de Lyon qui disait qu'il fallait "créer les conditions économiques pour les entreprises revienne". Et alors effectivement il parlait de l'enjeu des normes sociales et environnementales qui doivent être harmonisées. Est-ce que vous le rejoignez aussi ?

Un point de divergence avec Bruno Bernard est qu'il souhaite le retour des entreprises sur la région mais pas dans la métropole. Aujourd'hui, on voit très bien que beaucoup d'entreprises régionales quittent la métropole de Lyon pour s'installer en périphérie, parce qu'elles sentent véritablement qu'elles ne sont pas les bienvenues en métropole de Lyon. Je rappelle aussi que la zone à faibles émissions qui est maintenue dans la métropole de Lyon interdira dès l'année prochaine des activités économiques, puisque certains véhicules qui notamment transportent des biens ou des produits quand vous avez une usine il faut que vous transportiez vos produits ne pourront plus entrer en métropole. Donc, on a quand même un point de divergence et que, nous, on a fondé notre politique sur l'industrie qui a toujours tenu la région Auvergne-Rhône-Alpes et l'ensemble de ses habitants. La métropole de Lyon elle est plutôt sur "Faites de l'industrie mais pas chez moi ". C'est un signe qui est, à mon avis, très négatif sur l'image et finalement l'idée qu'on avait et l'installation qui était celle de la ville de Lyon, notamment dans le paysage économique national et international.

L'émission touche à sa fin. Merci Stéphanie Pernod d'avoir accepté notre invitation. Au revoir merci beaucoup.

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