Maire de lyon polic emunicipale
Cérémonie de mise à l’honneur de la police municipale par le maire de Lyon Grégory Doucet, le 12 avril 2024 ©Julien Barletta

La lame de fond de la délinquance lyonnaise

Un ne vaut pas un en matière de délinquance. Ce qu’il faut véritablement prendre en compte, c’est la violence qui gangrène le quotidien.

“À Lyon, la délinquance est en baisse constante.” “Baisse encourageante des vols à Lyon.” En accord, une fois n’est pas coutume, le maire de Lyon, Grégory Doucet, et la préfète du Rhône, Fabienne Buccio, se sont félicités par tweets interposés, des résultats 2023 de la délinquance.

Il faut bien reconnaître que le nombre de vols (tous types confondus) est en décroissance par rapport à l’année dernière. Mais le douloureux principe de réalité, c’est que la violence explose.

Cette ultraviolence touche beaucoup les délinquants entre eux, dans l’exercice de leurs “activités professionnelles”, notamment en matière de trafics de drogue, en croissance continue. Lorsque ces règlements de comptes ont émergé, il y a une vingtaine d’années, c’était (à Marseille et) à Tassin-la-Demi-Lune en 2005 : deux types à moto tiraient au pistolet-mitrailleur sur deux autres qui sortaient du casino Le Lyon Vert ; une des victimes était l’un des leaders d’une équipe de braqueurs de la région lyonnaise des années 1990 et faisait partie du cercle très restreint des criminels les plus recherchés d’Europe.

Puis la méthode s’est banalisée, glissant des têtes de pont aux lieutenants et aux petites mains. Les services spécialisés de police parlaient de “fantasia”, du nom d’une tradition équestre d’origine militaire essentiellement pratiquée au Maghreb, au cours de laquelle des cavaliers chargent tout en tirant à l’arme à feu : des équipes rentrent dans les cités et rafalent à la kalachnikov pour intimider.

Depuis l’année dernière, ces équipes tirent sans hésitation dans le tas. “Si la première génération, il y a deux morts, ils grandissent avec deux morts. S’il y en a quatre la génération suivante, ils grandissent avec quatre morts. Et ainsi de suite..., explique à Lyon Capitale Jérôme Pierrat, spécialiste du grand banditisme. Depuis 2005, on a une génération complète. Ceux qui se tuent aujourd’hui ont entre 17 et 18 ans. Ils sont nés en 2005 avec les règlements de comptes par armes de guerre. Donc ça change les mentalités. Pour eux, c’est normal.”

Par ricochet, les dommages collatéraux de cette guerre des stups sont inévitablement de plus en plus fréquents.

Mais le bruit de fond de cette violence est plus global et plus puissant qu’avant. Il suffit de regarder, à l’échelle nationale, les chiffres des homicides et des tentatives d’homicides, qui ne sont finalement que des homicides ratés : pour les premiers, on est passé de 803 à 1 010 entre 2014 et 2023, pour les seconds, de 2 259 à 4 055 entre 2016 et 2023… +79,5 %. Selon le nouvel outil du service statistique du ministère de l’Intérieur (SSMSI) qui permet de visualiser le niveau de délinquance par commune, les coups et blessures volontaires à Lyon intra-muros ont progressé de 32,9 % depuis 2016.

Un ne vaut pas un en matière de délinquance. Ce qu’il faut véritablement prendre en compte, c’est la violence qui gangrène le quotidien. Un cambriolage ne se compare pas à un viol, un vol d’accessoire dans un véhicule n’a rien à voir avec le tabassage d’un passant. C’est cette violence physique, souvent gratuite d’ailleurs, qui pose un problème substantiel à la société. Le règlement d’un différend passe aujourd’hui par l’acte de violence. En 2018, une enquête de l’Insee indiquait une violence gratuite toutes les 44 secondes en France. “Pour la grande majorité des mineurs délinquants que je rencontre, explique à Lyon Capitale le pédopsychiatre et psychanalyste Maurice Berger, les règles communes du vivre-ensemble sont vécues comme une soumission insupportable.”

“Il n’y a pas d’insécurité, il y a un climat d’insécurité”, analyse le criminologue Alain Bauer. À bon entendeur.

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