père Jean-Bernard Plessy, directeur général du groupe Chartreux
Le père Jean-Bernard Plessy, directeur général du groupe Chartreux

Incendie aux Chartreux : une reconstruction majeure, "sans refaire à l’identique"

Le père Jean-Bernard Plessy, directeur général du groupe Chartreux, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

"Cela a été un incendie catastrophique sur le plan patrimonial, mais pas dramatique dans le sens où il n'y a eu aucun blessé."
C'est par ces mots que le père Jean-Bernard Plessy, directeur général du groupe Chartreux (4 700 élèves, 400 professeurs, 9 établissements), a choisi de résumer la nuit du 1er avril, lorsqu'un incendie a ravagé l'aile est du bâtiment historique de la maison-mère, à la Croix-Rousse.

Construit en 1847 par Tony Desjardins, architecte en chef de la ville de Lyon, ce bâtiment en U représentait un patrimoine architectural majeur. 2 000 mètres carrés, 400 mètres carrés au sol sur cinq étages, ont été détruits, ne laissant derrière eux que des murs vides, ouverts à ciel ouvert. "On s'en est rendu compte, hélas en la détruisant, mais cela a été remarquablement construit" confie-t-il, non sans une certaine émotion.

"L'heure a été providentielle"

Malgré l'ampleur des dégâts, l'évacuation des 170 élèves pensionnaires s'est déroulée de façon exemplaire. "C'était comme à la parade" souligne le père Plessy, saluant la réactivité des maîtres d'internat, qui ont mis moins de deux minutes à mettre tous les élèves à l'abri. Un seul d'entre eux a été légèrement indisposé par les fumées, avant de reprendre son poste dès le lendemain. "L'heure a été providentielle" reconnaît le directeur : 21h, et non le cœur de la nuit, ce qui a sans doute contribué à limiter les conséquences humaines.

Quant aux pompiers, leur intervention de quatre à cinq jours a permis de préserver la façade centrale ainsi que l'aile ouest du bâtiment.

Sur le plan financier, la région Auvergne-Rhône-Alpes a débloqué une enveloppe de 3 millions d'euros dans le cadre de la loi Falloux (lire encadré), qui autorise les régions à financer les investissements des lycées privés. Le père Plessy y voit "une forme de souplesse" accordée par la Région, qui permettra de faire face à l'urgence tout en amorçant la reconstruction.

Les réparations du bâtiment U des Chartreux pourraient coûter plusieurs millions d'euros. @Les Chartreux
Les réparationsdes Chartreux pourraient coûter plusieurs millions d'euros.@Les Chartreux

Un nouvel internat

Car c'est bien vers l'avenir que le directeur entend désormais tourner son regard, et la priorité immédiate est claire : le retour des élèves. Des structures en toile semi-rigides ont déjà été installées par GL Events pour accueillir provisoirement les 170 pensionnaires dès la fin des vacances. "Le court terme, c'est l'accueil de nos élèves lundi matin (20 avril, NdlR), et déjà les 170 internes concernés le dimanche soir, que nous allons reloger temporairement", explique le père Plessy.

À plus long terme, la reconstruction ne se fera pas à l'identique : si les murs seront restitués dans leur aspect d'origine, l'établissement envisage de séparer les locaux de sommeil des espaces scolaires, faisant de la construction d'un nouvel internat l'une des priorités du chantier. Un projet ambitieux (dont l'enveloppe pourrait avoisiner les dix millions d'euros) que le père Plessy espère mener à bien rapidement, car les Chartreux "sont un lycée à vocation régionale, accueillant des élèves issus de 70 départements différents" , une identité qu'il n'est pas question de sacrifier, même le temps d'une reconstruction.

Lire aussi : Lyon : plusieurs millions d'euros estimés pour reconstruire les Chartreux après l'incendie

incendie chartreux
"Les dégâts sont en cours d'évaluation et les zones des futurs travaux ne sont pas encore totalement délimitées", nous informe David Camus, directeur du Fonds de dotation des Chartreux. @Les Chartreux


La loi Falloux est une loi française de 1850 qui encadre les rapports entre l'État et l'enseignement privé. Elle tire son nom du ministre de l'Instruction publique de l'époque, Alfred de Falloux.

Ses grands principes sont les suivants :
- liberté d'enseignement : elle consacre le droit pour des particuliers ou des associations (notamment religieuses) d'ouvrir et de gérer des établissements scolaires, en dehors du monopole de l'État.
- financement public des établissements privés : c'est le point le plus débattu. Elle autorise les collectivités locales (communes, départements, régions) à subventionner des établissements d'enseignement privé. Historiquement, ce financement était plafonné à 10 % du budget de fonctionnement de la collectivité concernée.
- un plafond controversé : en 1993, une réforme voulait supprimer ce plafond de 10 %, ce qui a provoqué une mobilisation massive (près d'un million de personnes dans la rue) en défense de l'école publique. Le Conseil constitutionnel a finalement annulé cette réforme.

Plus de détails dans la vidéo :


La retranscription intégrale de l'entretien avec le père Jean-Bernard Plessy

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous recevons aujourd'hui le père Jean-Bernard Plessy, directeur général du groupe Chartreux.

Bonjour monsieur.

Merci d'avoir accepté notre invitation. Dans la nuit du 1er avril dernier, un incendie s'est déclaré à la maison-mère du groupe Chartreux, à la Croix-Rousse. 150 élèves pensionnaires ont été évacués en pleine nuit, et un surveillant a été hospitalisé après avoir inhalé des fumées. Comment avez-vous été prévenu, et quel a été votre premier réflexe cette nuit-là ?

J'étais sur place à 21h aux Chartreux et j'ai été très rapidement alerté du départ d'incendie. Deux ou trois minutes plus tard, je me trouvais à proximité du foyer originel. J'ai d'abord vérifié que tous les internes étaient à l'abri, 170 exactement, et non 150, ce qui a bien été le cas : ils ont évacué en une minute trente. Quant au surveillant, il s'agit d'un maître d'internat légèrement indisposé par les fumées, mais qui était de retour dès le lendemain matin. Il s'agit d'un incendie catastrophique sur le plan patrimonial, mais heureusement pas dramatique, dans la mesure où l'on ne déplore aucun blessé. Le processus d'évacuation s'est donc très bien déroulé, et c'est ce qu'il faut retenir.

L'heure a été providentielle, car 21h n'est pas une heure du matin. L'efficacité des maîtres d'internat a été absolue : habitués à ce type d'exercice, ils l'ont mené de façon remarquable.

Pouvez-vous nous dresser un bilan des dégâts

Le bâtiment historique des Chartreux, la première construction, appelée bâtiment en U en raison de ses deux ailes et de sa façade centrale, a perdu son aile est. Seuls les murs subsistent ; l'intérieur est entièrement à ciel ouvert.

Planchers et plafonds se sont donc effondrés ?

Absolument. Une partie non négligeable des façades devra également être démolie, notamment aux étages supérieurs, plus endommagés par la chaleur qu'au rez-de-chaussée et au premier étage. Fort heureusement, les pompiers, au terme d'une intervention de quatre à cinq jours, ont sauvé la façade centrale ainsi que l'aile ouest. Nous sommes donc amputés d'une aile sur trois.

Quelle superficie cela représente-t-il ?

400 mètres carrés au sol, sur cinq étages, soit 2 000 mètres carrés au total.

Pour rappel, quand ce bâtiment a-t-il été construit ?

L'aile détruite date de 1847. Elle était l'œuvre de Tony Desjardins, architecte en chef de la ville de Lyon. C'est en la détruisant que nous avons pleinement pris conscience de la qualité remarquable de sa construction.

Laurent Wauquiez a débloqué une aide de 3 millions d'euros pour traiter l'urgence. Est-ce suffisant ? Qui prend en charge les dégâts ? Et s'agit-il d'un prêt ?

Cette aide de 3 millions d'euros s'inscrit dans un dispositif encadré par la loi Falloux pour les lycées. Elle nous offre une certaine marge de manœuvre, car il nous faudra non seulement trouver des solutions temporaires pour pallier la disparition du bâtiment, mais surtout entreprendre la reconstruction. Dans mon esprit, il y a fort à parier que nous ne refassions pas à l'identique : si les murs seront restitués à leur aspect d'origine, nous envisageons de séparer les locaux de sommeil des espaces scolaires, ce qui impliquera la construction d'un nouvel internat. C'est une forme de souplesse que nous accorde la région, et nous l'en remercions.

Concernant votre question sur la nature de cette enveloppe : la région Auvergne-Rhône-Alpes a compétence sur les lycées et accompagne à ce titre les établissements publics et privés dans leurs investissements. Cette enveloppe, nettement plus importante que d'ordinaire, sera utilisée à bon escient dans le cadre des investissements prévus.

Quelles sont les grandes lignes pour la suite ?

Il convient de distinguer trois horizons. À court terme, il s'agit d'accueillir nos élèves dès lundi matin 20 avril, et les 170 internes concernés dès le dimanche soir, en leur proposant un relogement temporaire. À moyen terme, nous devrons finaliser la phase d'expertise pour déterminer ce qui peut être conservé. À long terme, dans un délai de deux à trois ans, , viendront la reconstruction et l'aménagement éventuel de nouveaux locaux.

La reconstruction ne serait donc pas achevée avant 2029 ou 2030 ?

Je l'espère plus tôt. Mon souhait est d'aller vite, tant pour la délivrance des permis de construire que pour la reconstruction des espaces scolaires. La création d'un internat devra également être menée en parallèle, sans attendre 2030 : les Chartreux sont un lycée à vocation régionale, accueillant des élèves issus de 70 départements différents, et nous tenons à préserver cette dimension essentielle de notre identité.

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