Francheville : 250 personnes ont protesté contre le futur barrage

Des élus, des associations et plusieurs centaines de riverains se sont réunis samedi 24 octobre à Francheville pour protester contre le projet de barrage. Annoncé pour 2019, il devrait mesurer 23 mètres de haut.

Inutile, le futur barrage de Francheville ? C'est l'avis des riverains et des élus de la commune. À l'appel de l'association Sauvegarde de la vallée de Francheville, 250 personnes se sont rassemblées ce samedi sur le site où la construction de ce gigantesque ouvrage (23 mètres de haut) devrait démarrer en 2019, en contrebas du quartier Bel-Air. Si la construction de ce barrage est un feuilleton qui dure depuis une vingtaine d'années, ses opposants n'ont pas l'intention de déposer les armes.

Un peu grand pour une seule commune

La saga du barrage de Francheville a véritablement débuté au début des années 2000. La vallée de l'Yzeron, cours d'eau qui serpente sur environ 25 kilomètres avant de se jeter dans le Rhône, est régulièrement inondée. Il faut trouver une solution, et l'idée de barrages capables de retenir les eaux en cas de crue est adoptée fin 1999. Deux barrages sont envisagés : l'un à Tassin-la-Demi-Lune sur le Charbonnières (un affluent de l'Yzeron), et l'autre à Francheville sur l'Yzeron. Il s'agit d'un barrage à retenue sèche, c'est-à-dire destiné à retenir provisoirement l'eau en cas d'augmentation du débit.

Le projet de Tassin semble passer un peu inaperçu malgré ses futurs 12 mètres de haut, sans doute parce qu'il se trouvera sur une zone en partie fermée au public. Mais celui de Francheville suscite une opposition franche de la part de la population : "Le barrage nous empêchera de nous promener le long de l'Yzeron, dans un coin qui est très fréquenté par les promeneurs et les sportifs", s'indigne Jean Saraillon, président de l'association Sauvegarde de la vallée de Francheville. L'impact sur la flore et la faune locales fait également l'objet de fortes inquiétudes, sans parler des nuisances : "Le barrage sera à 400 mètres des maisons, et des tirs de mine sont prévus chaque jour pendant les travaux", souligne Jean Saraillon.

"On parle d'un ouvrage de 23 mètres de haut, 200 mètres de long et 80 mètres de largeur au total, renchérit Gilles Dassonville, adjoint à la qualité de vie et à l'environnement à Francheville. Il est prévu par exemple un pertuis [sorte de tunnel] qui passerait sous la retenue sèche. Les déchets végétaux risquent de s'accumuler à cet endroit, avec des coûts d'entretien élevés : c'est un peu la double peine et ça fait beaucoup pour une seule commune." L'élu comme les habitants reprochent au Sagyrc, le syndicat de communes qui pilote le projet depuis 2002, de refuser d'envisager d'autres solutions malgré l'évolution des techniques et les travaux déjà en cours sur le cours d'eau. Sur le papier, pourtant, l'efficacité du projet semble convaincante : en cas de crue trentennale, à partir de 80 m³ d’eau par seconde, le barrage réduirait le débit pour ne laisser passer que 28 m³ d'eau/seconde en aval.

Encore un an avant l’enquête publique

Le Sagyrc reproche de son côté à la commune de Francheville son manque de "solidarité". Il faut dire que la crue de 2003, qui avait surpris tout le monde par sa rapidité et son intensité, a laissé de vifs souvenirs : 700 sinistrés et des dégâts estimés entre 8,3 et 10 millions d'euros par la préfecture, essentiellement à Sainte-Foy et Oullins. "On n'est pas opposé par principe, répond Gilles Dassonville, On dit juste qu'il y a peut-être d'autres solutions, d'autant plus que des travaux de réaménagement des cours d'eau ont déjà commencé et vont modifier le comportement de l'Yzeron et ses affluents."

C'est justement là que le bât blesse. L'élu estime que le barrage a été inclus pour de mauvaises raisons dans le projet de protection contre les inondations : "L'opération totale comprend la construction du barrage, qui coûtera autour de 15 millions d'euros, mais aussi de nombreux travaux de réaménagement et de recalibrage. Le tout est estimé à au moins 44 millions d'euros et aurait dû être financé par le Sagyrc si le projet n'avait pas reçu la labellisation PAPI [Programme d'action et de prévention contre les inondations]." L'élu craint donc que le barrage n'ait servi qu'à obtenir cette labellisation, grâce à laquelle les travaux seront subventionnés à 80 %.

En attendant l'enquête publique, annoncée pour 2016, le Sagyrc a proposé une réunion publique "à l'automne", tout en précisant que le projet de barrage ne serait pas remis en question. Elus et associations de Francheville ont donc décidé d'inviter Ségolène Royal, la ministre de l'Ecologie, à venir visiter le site. Ils espérent ainsi obtenir que le programme soit réexaminé et des alternatives recherchées. L'automne s'annonce convivial.

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