Le Centre de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) de Lyon a présenté lundi 2 mars la nouvelle campagne du dispositif STOP. Destiné aux personnes ressentant une attirance sexuelle pour les enfants, le dispositif à vocation à prévenir tout passage à l’acte et à mieux les orienter vers des professionnels de santé.
Si les études restent encore trop rares, on estime "entre 2 % à 24 % de la population générale déclarant avoir une attirance pédophile", alerte Mathias Poiteau, psychologue en consultation de psychiatrie légale au Centre de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) de Lyon. Un constat qui interpelle, alors que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, dont 77 % au sein même de la famille, indiquait en 2023 la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites sur les enfants (CIVIISE).
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4 577 appels passés en 2025
Si la prise en charge et l’écoute des victimes se sont améliorées, celles des personnes aux tendances pédophiles et des auteurs d’actes pédocriminels restent fragiles, tant le sujet est tabou. Créés il y a 20 ans, les CRIAVS, dont celui de Lyon, situé au Vinatier, œuvrent ainsi à la prévention des violences sexuelles, mais aussi à l’accompagnement des auteurs de violences sexuelles. Face à l’explosion de la consommation d’images pédopornographiques, des infractions à caractère sexuel en ligne, ou encore le développement du grooming (Processus par lequel un adulte aborde intentionnellement des mineurs et les manipule à des fins sexuelles : Ndlr), la Fédération française des centres de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (FFCRIAVS) a lancé en 2019 le dispositif STOP dans plusieurs départements, dans le cadre du Plan de lutte contre les violences faites aux enfants (2019-2023).
À l’image de Stop it Now dans les pays anglophones (1992), PrevenTell en Suède (2012) ou Dunkelfeld en Allemagne (2005), le dispositif STOP est une ligne téléphonique d’évaluation et d’orientation vers les soins pour les personnes attirées sexuellement par les enfants. Les appels au 0 806 23 10 63 sont confidentiels et non-surtaxés. Concrètement, le professionnel réalise une évaluation de la situation avec l’appelant, avant de le rediriger vers un psychologue ou un psychiatre pour une prise en charge plus complète si nécessaire. "Si l’on prend simplement ces 2 % de la population qui disent avoir des fantasmes pédophiles, il faut leur tendre la main. Plus ces dispositifs sont connus, plus ils sont sollicités et moins il y a de violences sexuelles", martèle encore Mathias Poiteau. Généralisé à l’ensemble de la France métropolitaine et des territoires d’outre-mer en 2020, le dispositif STOP a recensé 4 577 appels en 2025, contre 1 500 il y a cinq ans. Parmi eux, 74 % des appelants déclarent avoir une attirance pour les enfants, 75 % sont des hommes et la moyenne d’âge se situe autour de 37 ans. À Lyon, un appel est enregistré tous les 15 jours environ.
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Nouvelle campagne de prévention lancée en janvier
C’est donc dans une volonté d’aller encore plus loin dans la prévention que la FFCRIAVS a lancé le 28 janvier dernier sa nouvelle campagne de communication. Elle se compose de 6 capsules vidéos de 20 à 25 secondes abordant différents sujets : famille, entourage, contexte sportif, scolaire, réseaux sociaux… "Si l’on continue de penser que les violences sexuelles sur mineurs sont commises par des monstres et des prédateurs, on fait fausse route. Les violences sexuelles sont partout dans notre quotidien", résume Mathias Poiteau. Il ajoute : "L’objectif est d’interpeller, peut-être de choquer, mais surtout de montrer que ces violences sont dans notre quotidien. Les associations de victimes nous ont dit elles-mêmes d’aller plus loin dans la campagne".
"L’idée est d’apporter un vrai soutien aux personnes qui appellent, parce qu’elles sont en souffrance, stigmatisées, alors qu’elles sont très souvent déjà suivies", souligne Laure Vivier, adjointe des cadre et documentaliste au CRIAVS. Et Mathias Poiteau de rappeler : "Les auteurs de violences sexuelles sont ceux qui récidivent le moins lorsqu'ils sont accompagnés".
Peu de budget alloué à la prévention
Malgré son importance, le dispositif souffre encore d’un réel manque de moyens. "Très peu de budget est alloué à la question de la prévention en France, et peut-être encore plus sur ce dispositif. Donc c’est un numéro qui est disponible aux heures d’ouverture du centre, avec les limites que ça peut avoir. D’où l’importance de le faire connaître au plus grand nombre", déplore Iohanna Rousset, juriste au CRIAVS.
La Fédération française des centres de ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles espère désormais collaborer avec le Conseil national de l’Ordre des médecins afin d’offrir plus de visibilité au dispositif STOP dans les cabinets médicaux et appelle à une coordination européenne, voire internationale, de la prise en charge des auteurs de violences sexuelles sur les enfants.
Dispositif STOP : 0 806 23 10 63 / du lundi au vendredi, de 9 heures à 17 heures. Plus d’informations sur le site internet.
