(©AFP)

À Lyon, Eric Zemmour veut se poser en candidat de la France périphérique

Eric Zemmour tenait, ce vendredi soir, un meeting déguisé en conférence-débat autour de son dernier ouvrage à Charvieu-Chavagneux. Dans la grande banlieue lyonnaise, il s’est adressé aux gilets jaunes et a développé une ébauche de sa vision du rôle de l’État.

C’est l’une de ses démonstrations de force que le “pas encore candidat” Zemmour multiplie depuis la rentrée. Pour la promotion de son livre, La France n’a pas dit son dernier mot, le polémiste tient des meetings déguisés en conférence devant des salles remplies et acquises à sa cause. Ce vendredi soir, à Charvieu-Chavagneux, dans la grande banlieue lyonnaise, ils sont environ 2000 chauffés à blanc à attendre l’arrivée de celui que, dans une très large majorité, ils espèrent voir candidater à l’élection présidentielle d’avril prochain. Toute la soirée, ils ont scandé des “Zemmour président”. Un slogan qui pavoisait aussi les murs du gymnase.

Des soutiens chez les anciens du RN

Au premier rang des places sont réservées pour les élus et notables invités par le staff de celui qui entretient de moins en moins bien le suspense sur sa candidature. Les élus sont principalement des anciens du RN comme Antoine Melliès, Agnès Marion ou Thibaut Monnier. Quelques figures, moins nombreuses, d’une droite plus classique comme Christophe Girard, divers droite régulièrement investi par Les Républicains, sont là mais assurent que leur présence ne vaut pas un soutien pour l'heure. Dans le public, Michel Neyret, l’ancien grand flic lyonnais, est lui venu par curiosité. Voire plus si affinités : “Son discours sur la déliquescence de l’État me parle et c’est, pour moi, le plus important”.

“Vive l’empereur”

C’est justement d’État dont est venu parler Eric Zemmour à Charvieu-Chavagneux. Les semaines avançant le polémiste tente de diversifier son offre politique jusque là concentrée sur des thématiques civilisationnelles et sécuritaires. Ce sujet est tout de même abordé assez rapidement par l'ancien chroniqueur de Cnews décrivant la vue depuis sa chambre d’hôtel du jour à Crémieu : le clocher de l’église. “Il faut faire en sorte que Crémieu conserve son clocher, que Crémieu demeure un village dans une France qui reste la France”. S’ensuit un cours d’histoire sur Lyon de la Gaule à la Renaissance : “à chaque fois, Lyon a choisi le giron de la France (…) Il est impossible de raconter l’histoire de Lyon sans parler de Napoléon qui est tombé amoureux de cette cité. Il a embelli la Ville. Napoléon sauve Lyon”. Un “vive l’empereur” fuse dans la salle.

“Etat paralysé”

Pendant une grosse demi-heure, Eric Zemmour développe ensuite sa vision de l’action de l’État. “La première faiblesse de notre État est de ne plus oser exercer sa force. Quand on peut faire un rodéo au centre de Lyon en toute impunité, c’est que l’État a failli dans sa mission. Quand on peut agresser des dizaines de fois des personnes sans être en prison, c’est que l’État a abandonné (…) Chaque jour la racaille tabasse, tue et viole. Oui ce sont des faits divers. Des faits de la diversité”, scande-t-il. La salle exulte d’une seule clameur. Comme souvent dans la soirée, il accuse le politiquement correct et la peur d’être dénoncé par les associations antiracistes ou LGBT, les juges, les minorités ou la gauche d’être à l’origine d’un “Etat paralysé”. Lui propose un choc de simplification dont les détails attendront : “dans ce labyrinthe où les Français errent certains en tirent profit : ceux qui ont des avocats fiscalistes. Nos élites ne comprennent pas la complexité administrative, car ils peuvent se payer le luxe de l’éviter. Les Français, eux, en sont privés. Il faut purger le marécage de normes pour sortir les Français de l’enfer bureaucratique”.

Opération séduction auprès des Gilets jaunes

À Charvieu-Chavagneux, dans ce Nord-Isère qui avait été un des bastions des Gilets jaunes, Eric Zemmour a tenu à se poser en candidat de la France périphérique : “l’État a tout misé sur les métropoles qui concentrent les flux économiques de la mondialisation et les banlieues où sont déversées la manne sociale et la politique de la ville. Mais 60% de la population vit hors de ces agglomérations. Les classes populaires se concentrent dans la France périurbaine et l’État n’en tient aucun compte. 85% des ménages les plus pauvres ne vivent pas dans les quartiers dits sensibles. Il a fallu la crise des gilets jaunes pour que les autorités publiques comprennent que c’est dans cette France que les services publics et les industries ont fermée et que les déserts médicaux se sont multipliés. Ce n’est plus acceptable”. Les 2000 personnes présentes dans le gymnase exultent. Tout comme lorsqu’ils dénoncent “les petits gardes roses ou rouges qui rejouent la révolution culturelle” dans les écoles.

Quelques instants plus tard, lors des questions-réponses avec la salle qui ponctue ces meetings qui ne disent pas leur nom, il fera chavirer la salle en annonçant la fin de la redevance télé et en stigmatisant France Inter : “nous n’avons pas besoin d’être rééduqués par ces gauchistes”. Après une petite heure passée sur l’estrade, Eric Zemmour quitte le gymnase toujours au son des “Zemmour président”. Vassili, un Lyonnais, décroche une des affiches pour la ramener à la maison, mais il n’est pas sûr de pouvoir la punaiser au mur : “ma femme, ça la gonfle, que je sois fan de lui, car il est clivant”. Cet ancien électeur de François Fillon et du RN l’assure : “je n’hésiterai pas une seconde à voter pour lui”. Le principal intéressé semble lui aussi de moins en moins hésitant à l'idée de se lancer dans la course à la présidentielle.

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