La table du mois : Léon de Lyon

Que vaut le restaurant Léon de Lyon version Laurent Gerra ? On vous donne notre avis.

Du caboulot de la fin du XIXe siècle au restaurant d’aujourd’hui, en passant par le café-épicerie de la mère Coquit, la table du truculent Léon Déan et celle multi-étoilée Relais & Châteaux - Grandes Tables du Monde, Léon de Lyon a traversé les âges.

La reprise, en août dernier, du proverbial Léon de Lyon par Laurent Gerra, imitateur aux cordes vocales asymétriques et au larynx de contorsionniste, avait fait les choux gras et les gros bouillons des marmites lyonnaises.

À quelle sauce la maison bourgeoise qui sent bon la cire, et dont la magnificence des parquets XVIIIe en marqueterie, des boiseries, des vitraux à la gloire de Gnafron, des colonnes de bois salomoniques baroques, des tableaux de cuisiniers chinés aux puces de la Feyssine et de Saint-Ouen en fait une figure de style intemporelle, allait-elle être mangée ?

@Antoine Merlet

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“Je vais vous dire : je me sens bien ici, chez Léon. Je l’aime tellement ce lieu si vous saviez, s’émeut Laurent Gerra, parce qu’il y a des valeurs, qu’on y défend des traditions culinaires, qu’on les fait vivre et qu’on ne fait ni quinoa ni tofu.” Les Lyonnais peuvent être rassurés. “Mes restaurants, c’est tout sauf des danseuses. C’est une vraie démarche de reprendre un restaurant aujourd’hui, c’est tout sauf évident. C’est pour ça que je suis là, sur place. Je goûte, je teste. J’aime ça, vraiment. La table, c’est la vie !” Lyon peut dormir sur ses deux quenelles.

Codes classiques

Passées les fêtes de fin d’année, nous avons poussé la porte à tambour qui sied aux grandes maisons. “Léon de Lyon depuis 1904” peut-on toujours lire sur le fronton du restaurant.

Merveille de la langue, une seule voyelle sépare Léon de Lyon. C’est dire combien le restaurant s’amalgame avec la ville qui l’abrite. La confusion est telle que le romancier Max-André Dazergues, grand prix littéraire de Lyon en 1938, aura cette formule heureuse : “Qui vient à Lyon va chez Léon.” La messe était dite.

Les tables sont toujours aussi élégamment dressées, la vaisselle soignée à raison. La bistronomie n’a pas bousculé certains codes classiques chers à la maison de la rue Pléney. Si l’art de la table est celui de séduire avant même de goûter un plat, alors Léon de Lyon n’a rien perdu de sa superbe. Qu’on se le dise, Léon ne sera jamais une brasserie, encore moins un bistrot. Léon de Lyon a été, est et restera un restaurant.

Saumon fumé, blini et crème frappée citron/gingembre @Antoine Merlet

Noix de coquilles Saint-Jacques de la baie de Saint-Brieuc cuites en coquille lutée, fondue aux poireaux, mousseline de pommes de terre à la truffe, sauce normande
@Antoine merlet

L’ombre du maître

La touche Bocuse saute aux yeux dès l’intronisation du nouveau menu : même présentation, typo identique (la maison de Collonges-au-Mont-d’Or épaule Laurent Gerra dans la reprise de l’établissement, en son temps Paul Bocuse ayant aidé Jean-Paul Lacombe au décès de son père Paul Lacombe, chef propriétaire de Léon de Lyon).

La carte fait l’éloge de la belle cuisine bourgeoise française : volaille de Bresse à la crème d’Etrez et belles morilles (45 €), côte de veau rôtie cocotte (39 €), filet de bœuf Rossini, truffe fraîche (49 €), parmentier de joue de bœuf au foie gras (29 €), escargots de Bourgogne confits en brioche (16 €), pâté-croûte (21 €). Les prix, eux, rappellent à certains égards ceux du double étoilé d’antan. Les vins sont à l’avenant : la première bouteille de la “sélection du moment” grimpe à 60 euros pour un salve ager (vin de France) du domaine Mont de Marie 2017 et 45 euros pour le côtes-du-rhône villages blanc 2021 de Laurent Gerra, au demeurant très bon.

Nous optons pour le menu du jour : saumon fumé, blini et crème frappée citron/gingembre. Le saumon, roulé, est fameux, rehaussé par la crème vive, mention spéciale pour le blini maison, épais comme un bon matelas, très réussi. La terrine de foie de volaille a ce côté campagne teinté d’élégance provinciale, soyeuse et ronde en bouche. Le filet de lieu noir grillé à la plancha (deux minutes de cuisson en trop) est accompagné d’une sauce aurore absolument régressive et de haricots plats. Quant au gigot d’agneau, rôti à la broche, son jus (!) et son gratin dauphinois (re!), il est merveilleux.

Sablé noisette, crème légère à la vanille de Tahiti, kiwi et pannacotta coco
@Antoine Merlet

Un déjeuner se terminant rarement sans une note sucrée, nous avons choisi le sablé noisette, crème légère à la vanille de Tahiti, kiwi et pannacotta coco : présentation étoilée et saveurs éminentes.

Léon de Lyon version Laurent Gerra ? Le menu du jour très recommandable pousse à revenir goûter les plats bourgeois de la carte (et comme l’humoriste nous l’a fait miroiter, nous attendons le ragoût de béatilles, merveilleuse recette à base de crêtes de coq, de cœurs et de rognons).

Pedigree du chef : Patrice Gaspard (diplômé du centre hôtelier l’Arlequin) a travaillé comme sous-chef à la brasserie L’Ouest et chef junior à L’Est et L’Institution.

Prix : formule (30 €), menu du jour (35 €). Menu Célestine (50 €), menu Olympia (70 €). Carte : comptez 65 €.

Fenêtre de tir : du mardi au samedi, midi et soir

Léon de Lyon
1, rue Pléney - Lyon 1er - 04 72 10 11 12

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