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Robert Combas : "Ma peinture, c’est du rock !"

Le musée d’Art contemporain organise, du 24 février au 15 juillet, la première grande rétrospective du peintre français Robert Combas. Explorant le lien entre peinture et musique rock, qui anime incontestablement son art, l’exposition “Greatest Hits” rassemblera 400 œuvres, des pièces historiques jusqu’aux dernières créations, sorte de tableaux vivants illustrant les morceaux composés par Combas himself avec son groupe Les Sans Pattes.

Des toiles denses, monumentales pour la plupart, saturées de formes, mêlant figures et motifs abstraits, des couleurs vives, un cerne noir qui détoure tout et une signature, imposante, comme un logo de baskets mal foutu ; animées par des thèmes aussi variés que la violence, le sexe, la religion, la musique ou la bande dessinée. Voilà les caractéristiques principales de la peinture de Robert Combas, chantre de ce que l’on a appelé au début des années 1980 la figuration libre, mouvement artistique français peu à peu tombé en désuétude, dont on fête les trente ans d’existence. Un petit rappel historique s’impose : dans les années 1970, Robert Combas suit les cours des beaux-arts de Sète avec Hervé Di Rosa. Adepte de la musique punk-rock, très influencé par la bande dessinée, les magazines, les journaux ou la télévision (qui est entrée dans presque tous les foyers français), et surtout las du mouvement support/surface qui domine la scène artistique française de l’époque, Combas (comme ses acolytes) cherche une voie picturale nouvelle.

L’Amérique a sa Bad Painting avec des artistes comme Julian Schnabel, Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat, l’Allemagne, ses “nouveaux fauves” avec Anselm Kiefer ou Georg Baselitz, la France aura désormais sa “figuration libre”. C’est Ben, l’un des premiers à inviter les jeunes Combas et Di Rosa à exposer dans sa galerie niçoise en 1981, qui invente le terme. Ce mouvement se revendique libre avant tout : “Libre de faire laid/Libre de faire sale/Libre de préférer les graffitis du métro de New York aux tableaux du Guggenheim”, comme le clamait l’artiste de Fluxus, mais surtout libre de s’abstraire du concept, d’exprimer un goût et un appétit pour l’image et la culture populaire, et d’être immédiatement compréhensible.

Le succès est très rapide et les artistes de la figuration libre ne tardent pas à exposer avec leurs homologues américains, notamment en 1985 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris. L’année suivante représente le point culminant de la carrière de Combas : la prestigieuse galerie new-yorkaise Leo Castelli organise l’exposition personnelle de ses œuvres. L’artiste sétois ajoute alors son nom à une liste d’artistes de haute volée dont Castelli a contribué à faire la renommée : Jackson Pollock, Cy Twombly, Andy Warhol ou encore Roy Lichtenstein pour ne citer qu’eux. Puis le mouvement s’essouffle, aussi vite qu’il a émergé, jusqu’à ce que Combas (et les autres) tombe peu à peu dans l’oubli. “Il y a eu cet engouement incroyable pour le travail de Robert dans les années post-punk, qui a duré sept, huit ans, puis d’un coup il a eu le sentiment d’être abandonné. Les galeries importantes s’en sont allées parce qu’il a dit tout ce qu’il avait à dire, ce n’est pas un théoricien. Il a continué sa peinture en dehors des institutions et des critiques. Pour les gens, c’est soit un génie, soit un nul. Le meilleur moyen pour s’en rendre compte, c’est de le voir”, explique Thierry Raspail, le directeur du musée d’Art contemporain de Lyon.

La rétrospective lyonnaise est donc non seulement l’occasion de revenir sur la carrière de Robert Combas, mais aussi de rappeler le point de départ de celle-ci : le rock. Car, si la peinture est un sport de Combas, la musique l’est tout autant ! Dès l’âge de 15 ans, il collectionne des vinyles rock de toutes les époques. “J’étais un accumulateur de disques, mais j’ai trop souffert avec les disques ! Si je suis à moitié voûté, c’est à cause des vinyles. J’ai passé vingt ans à acheter (et voler !) des disques par sacs entiers. Ils étaient tellement lourds que j’avais du mal à les porter.” À 19 ans, Combas, pas vraiment guitariste, fonde le groupe punk-rock Les Démodés avec Richard Di Rosa (frère d’Hervé) et Ketty Brindel, qui splite rapidement après un petit succès dans le sud de la France. Puis la peinture éclipse peu à peu la pratique de la musique. Il faudra attendre 2011 pour que Combas se (re)mette sérieusement à la musique, grâce à la rencontre avec Lucas Mancione, artiste plasticien, avec lequel il fonde le groupe Les Sans Pattes.

Au-delà d’une pratique musicale, il est incontestable que la musique rock imprègne l’univers pictural de Robert Combas. Elle est non seulement un sujet en soi (il peint volontiers des musiciens ou intègre parfois de vraies guitares à ses toiles), mais se manifeste aussi dans la facture même de ses tableaux, un peu cradingues et sombres, et dans la terminologie utilisée pour évoquer son travail : cacophonique, saturé. Thierry Raspail compare d’ailleurs volontiers Combas à une rock star : “Son rapport au vivant et à la vie est proche de mecs comme les Stooges ou MC5 qu’il cite souvent, et qui se brûlaient sur scène. Robert, chaque matin, il recommence un tableau.” L’exposition tente finalement de s’infiltrer dans l’oreille du peintre en diffusant, dans les pièces dédiées aux toiles et aux sculptures, des morceaux choisis directement dans la discothèque de l’artiste, sorte de bande-son de quarante années de peinture.

Le dernier étage est quant à lui consacré à la musique des Sans Pattes : des vidéoclips seront diffusés pendant toute la durée de l’exposition et quatre concerts y seront organisés. Les trois mille mètres carrés du Mac de Lyon sont donc à envisager comme une scène géante. Et, puisqu’il n’y a pas de scène sans backstage, pas de rock sans rumeur et pas de son sans studio, Thierry Raspail a proposé à Robert Combas de déménager provisoirement son atelier de la banlieue parisienne pour s’installer pendant deux mois dans un studio spécialement conçu pour lui par le musée. L’artiste y fera la démonstration live d’une pratique artistique tous azimuts.

À 54 ans, Robert Combas a gardé le cheveu rebelle et, même si les boucles sont maintenant grisonnantes, sa verve est toujours intacte. C’est bien connu, le rock, ça conserve.

Robert Combas, Greatest Hits.

Du 24 février au 15 juillet,

au MAC de Lyon.

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