Lola Montaclair, présidente de GAELIS

"On ne peut pas faire d'économie sur les étudiants" : à Lyon, le coût de la rentrée explose

Lola Montaclair, présidente de GAELIS, est l'invitée de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

À Lyon et Villeurbanne, la rentrée universitaire pèse toujours plus lourd dans le budget des étudiants. Selon les chiffres présentés par GAELIS, un étudiant non-boursier qui quitte le domicile familial doit débourser près de 3 200 euros pour sa rentrée, soit une hausse de 5 % en un an. Le montant atteint près de 2 900 euros pour un étudiant boursier et près de 7 000 euros pour un étudiant extracommunautaire, en progression de +20 % sur un an. Le logement constitue le principal poste de dépenses : il représente environ la moitié du budget mensuel. "À Lyon, c'est vraiment le loyer, le logement. Ça compte pour la moitié du budget mensuel d'un étudiant à Lyon, et même plus que ça pour beaucoup", souligne Lola Montaclair. Selon elle, un quart des étudiants ne disposent plus que d'une centaine d'euros par mois une fois leur loyer payé.

Une forte tension sur le logement étudiant

Cette pression financière se double d'une importante difficulté à se loger. GAELIS évoque 14 à 15 candidatures en moyenne pour une annonce en 24 heures dans la métropole lyonnaise. L'organisation reçoit également, chaque année, des étudiants qui se retrouvent sans logement à la rentrée. Pour faire face à cette situation, Lola Montaclair défend la poursuite et le durcissement de l'encadrement des loyers, ainsi qu'une augmentation du nombre de logements du Crous. "On a besoin d'avoir un encadrement des loyers qui se poursuit et qui se durcit", affirme-t-elle. Elle appelle également à s'interroger sur les logements vacants.

Les étudiants extracommunautaires particulièrement touchés

L'alimentation pèse également davantage sur les budgets étudiants malgré le dispositif du repas à 1 euro. GAELIS estime que le budget alimentaire mensuel augmente, notamment sous l'effet de l'inflation et de la diminution du nombre de repas à tarif réduit pour les étudiants boursiers. L'invitée s'oppose par ailleurs aux frais d'inscription différenciés appliqués à certains étudiants extracommunautaires. "On défend et on défendra toujours une université qui est libre, inclusive et accessible à tous et à toutes", explique-t-elle, estimant que l'enseignement supérieur ne doit pas devenir inaccessible aux étudiants disposant de moins de moyens. "On ne peut pas faire d'économie sur les étudiants", conclut Lola Montaclair.

Plus de détails dans la vidéo :


Bonjour à tous, bienvenue dans l'émission 6 Minutes Chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd'hui, on va parler du coût de la rentrée étudiante, du prix de la vie pour les étudiants à Lyon et dans la métropole de Lyon. Pour en parler, nous recevons Lola Montaclair, qui est présidente de GAELIS, une fédération d'associations. C'est la première organisation représentant les étudiants du Rhône et de l'Inde. Bonjour Lola Montaclair.

Bonjour.

Merci d'être venue sur notre plateau. On va rentrer dans le vif du sujet. Quel est, cette année, le prix de la rentrée étudiante ? Vous le calculez chaque année. Quels sont les chiffres cette année et est-ce qu'ils sont encore en hausse ?

Bien sûr. Donc oui, on le calcule chaque année. Là, cette année, sur la métropole de Lyon-Villeurbanne et le Cézanne-le-Tour, donc là où habitent tous les étudiants et étudiantes qui étudient à Lyon, on est sur presque 3 200 euros pour un étudiant non-boursier qui vient de partir de chez ses parents. On est encore sur une hausse de 5 % par rapport à l'année précédente.

À la rentrée 2025, et vous avez cette même tendance sur d'autres chiffres, je crois que vous avez publiés dans votre communiqué au début du mois de septembre ?

C'est ça. Donc, chez les étudiants boursiers, on est sur 2 900 euros quasiment à la rentrée et, pour les étudiants extracommunautaires, donc les étudiants qui ne sont pas de nationalité européenne, on est sur presque 7 000 euros et là, on observe une hausse de 20 % par rapport à l'année dernière.

Voilà, donc là, c'est assez énorme. On peut l'expliquer aussi par le contexte. On va y revenir dans cette émission, par le fait qu'ils ont une tarification des frais d'inscription différenciée par rapport aux étudiants qui viennent de l'Union européenne et aux Français, a fortiori. Simplement, avant de parler de cela, est-ce que vous pouvez nous dire quels sont les principaux postes de dépenses ? Qu'est-ce qui pèse le plus lourd dans un budget étudiant ?

À Lyon, c'est vraiment le loyer, le logement. Ça compte pour la moitié du budget mensuel d'un étudiant à Lyon, et même plus que ça pour beaucoup. Ce qu'on remarque, nous aussi, c'est qu'il y a un quart des étudiants qui, une fois qu'ils ont payé leur loyer, n'ont plus que 100 euros par mois pour vivre. Donc ce n'est pas du tout suffisant pour se nourrir, ne serait-ce que pour sortir un petit peu.

Oui, donc vous allez profiter de la ville finalement et avoir une vie étudiante normale. Votre dossier, effectivement, pointe une tension locative extrêmement forte. Vous relevez un chiffre de 14 à 15 candidatures en moyenne pour une annonce en 24 heures. C'est à l'échelle de la métropole. J'imagine que c'est bien plus dans le centre-ville de Lyon, mais concrètement, l'impact, les conséquences sur la vie des étudiants : il y a des étudiants qui, aujourd'hui, ne trouvent pas de logement du tout. Ça veut dire quoi, concrètement ? Qu'il y en a qui vivent chez des amis, dans leur voiture ? Il y a des étudiants à la rue. Est-ce que ça existe actuellement dans la métropole de Lyon ?

Exactement. Nous, tous les ans, on a un guichet de défense des droits, une adresse mail à laquelle les étudiants peuvent envoyer des mails s'ils ont besoin. Et nous, chaque année, on reçoit des étudiants en détresse qui n'ont pas de logement le 10, le 15 septembre.

Et donc, ils sont vraiment dans des situations dramatiques, catastrophiques ? Il y a vraiment ce genre de situations, des situations que j'ai citées ? Ça arrive, cela, à Lyon ?

Absolument, oui. On ne les voit pas forcément. C'est probablement assez invisible parce que j'imagine qu'ils sont aussi en cours. Ils sont assez invisibilisés, mais c'est peut-être important de le pointer, vous qui avez les mains directement sur le réel. Simplement, sur le point de vue plus politique, peut-être, est-ce que vous avez des mesures qu'il faudrait porter en priorité pour faire baisser cette pression ? Quelle est la position de GAELIS sur le logement, justement ?

Bien sûr. Déjà, on a besoin d'avoir un encadrement des loyers qui se poursuit, puisque là, il va s'arrêter prochainement.

Fin novembre, normalement. Fin novembre.

On a besoin d'avoir un encadrement des loyers qui se poursuit et qui se durcit, puisque, déjà qu'on a 15 candidatures par logement, si en plus les loyers sont facilement à 600-700 euros par logement étudiant, ce n'est plus possible. On a besoin aussi d'avoir un parc locatif du Crous qui augmente, donc plus de logements, de peut-être re-questionner les logements vacants aussi.

Ce genre d'idées, effectivement, qui sont dans le débat public actuellement et que vous soutenez, en effet. Pour l'encadrement des loyers, effectivement, il est censé prendre fin en novembre. Simplement, peut-être qu'il sera prolongé. Il y aura un débat au Sénat au mois d'octobre, je crois. J'aimerais bien qu'on parle un petit peu du repas à 1 euro. C'est une mesure que vous saluez, les repas à 1 euro pour les étudiants, bien sûr. Néanmoins, vous expliquez que, malgré cette mesure, le budget alimentaire mensuel d'un étudiant augmente d'environ 17 % en 2026. Comment ça s'explique, alors qu'il y a quand même cette mesure qui perdure du repas à 1 euro ?

Parce qu'on a donc une inflation qui continue d'augmenter, évidemment, donc les frais d'alimentation courante vont même dépasser le gain que pourrait faire gagner le repas à 1 euro. Et aussi, au-delà de ça, pour les étudiants non-boursiers — pour les étudiants boursiers, pardon — ils avaient droit à deux repas à 1 euro par jour, là où maintenant, depuis la rentrée, ce n'est plus qu'un par jour, donc c'est...

Effectivement, s'il y a un déport du... enfin, du... le budget doit forcément... on doit acheter normalement son repas en dehors du CROUS ou des infrastructures qui sont faites pour les étudiants. Donc, c'est ce qui explique cette hausse pour vous. C'est important de le dire. On va conclure l'émission. On a parlé en introduction des étudiants extracommunautaires, ceux qui ne proviennent pas de l'Union européenne. Ils sont particulièrement touchés cette année, en effet. On a parlé des frais d'inscription. Moi, j'ai noté que ça peut atteindre 2 900 euros pour une licence de frais d'inscription, alors que, pour un étudiant de l'Union européenne, on parle de quelques centaines d'euros. Pourquoi, juste revenir un peu aux fondamentaux, pourquoi est-ce que vous vous opposez à ces tarifs différenciés ? On est quand même dans un contexte aussi budgétaire. Les gens qui portent ces mesures disent qu'il n'y a plus d'argent, au fond, pour financer l'éducation supérieure, et ce sont aussi ces tarifs différenciés qui existent dans d'autres pays. Je pense au Royaume-Uni notamment. Pourquoi est-ce que, pour vous, c'est important de me dire que ça ne va pas ?

Parce qu'on défend et on défendra toujours une université qui est libre, inclusive et accessible à tous et à toutes. L'enseignement, c'est très important et on ne peut pas le réserver à une élite qui a des moyens. Même là, il y a un rapport du ministère qui souhaite généraliser les frais d'inscription à des milliers d'euros par an pour tous

les étudiants et étudiantes. C'est ça.

Et on ne peut pas du tout accepter que de telles mesures passent en France, où l'éducation publique est quand même un pilier.

Effectivement, pour la suite et l'avenir du pays aussi. Mais voilà, il faudra trouver l'argent ailleurs. Ça veut dire que vous n'avez pas de piste particulière ? Enfin, ce n'est pas non plus le rôle, forcément, des organisations étudiantes de penser ça, mais vous, vous dites : ce n'est pas ici qu'il faut trouver des marges, en tout cas.

Exactement, on ne peut pas faire d'économie sur les étudiants.

Très bien, ce sera le mot de la fin. Merci beaucoup, Lola Montaclair, d'être venue sur notre plateau nous présenter la situation des étudiants cette rentrée 2026 et nous avoir donné vos positions sur de nombreux sujets. Quant à vous, plus de détails sur la rentrée étudiante sur le site lyoncapitale.fr. Je vous dis à très bientôt.

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