Le fabricant d'armes stéphanois va fournir près de 6 000 lanceurs de 40 mm au ministère de l’Intérieur. Un contrat stratégique qui valide la relance industrielle du dernier grand armurier français de petit calibre.
C'est un contrat qui pèse. Verney-Carron, plus ancien fabricant français d'armes de chasse depuis 1820 à Saint-Etienne, vient de remporter un marché à 15 millions d'euros. Le ministère de l'Intérieur va lui commander près de 6 000 lanceurs mono-coup de 40 millimètres. Ces armes équiperont les CRS, les gendarmes, la police et l'administration pénitentiaire. Les livraisons s'étaleront sur la période 2027-2030.
Pour la PME stéphanoise, qui affiche 3,5 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploie 57 salariés, l'enjeu est considérable. En effet, c'est le premier grand marché public remporté depuis la reprise par le groupe Rivolier, en juin 2025. Ce renouvellement du parc de lanceurs de balle de défense (LBD) constituait par ailleurs une pièce maîtresse du plan de relance élaboré par le nouveau propriétaire.
Verney-Carron s'était pourtant fait connaître dans les années 1990 avec son célèbre Flash-Ball. Mais la manufacture stéphanoise a perdu son rang il y a une dizaine d'années. À l'époque, le LBD 40 du fabricant suisse Brügger & Thomet avait pris sa place à la place Beauvau. Désormais, l'armurier tente une reconquête méthodique. Il a spécifiquement développé un nouveau LBD pour répondre au cahier des charges du ministère. Ainsi, un travail approfondi a porté sur l'ergonomie et le design. Fin 2025, l'entreprise a remis son offre et ses échantillons de tests au Service de l'achat, de l'innovation et de la logistique du ministère de l'Intérieur (SAILMI).

Une trajectoire industrielle mouvementée encore à consolider
Ce marché arrive après un feuilleton industriel de cinq ans. En septembre 2021, Verney-Carron entre en procédure de sauvegarde. Puis en juin 2022, le groupe Cybergun rachète l'armurier. Ce spécialiste des répliques d'armes pour airsoft ne parvient toutefois pas à redresser la situation. Résultat, en février 2025, la manufacture se déclare à nouveau en cessation de paiement. Le tribunal de commerce de Saint-Étienne ouvre alors une procédure de redressement judiciaire.
Deux offres sortent du lot : celle du belge FN Browning et celle d'une alliance franco-tchèque. Cette dernière associe le groupe Rivolier (Saint-Just-Saint-Rambert) au holding tchèque RSBC, propriétaire des marques Steyr Arms et Arex Defense. Le tribunal tranche finalement en faveur du duo franco-tchèque. Il justifie ce choix par son attachement à ce que « le patrimoine, le savoir-faire, les marques et les emplois de la filière armurière soient conservés en France et plus particulièrement sur le territoire stéphanois ».
Rivolier, distributeur historique de Verney-Carron, pèse quant à lui 130 millions d'euros de chiffre d'affaires (2024) pour 281 collaborateurs. Le groupe a fait de la manufacture stéphanoise sa première filiale industrielle. Sa stratégie est claire « Nous comptons reprendre des parts de marché sur la chasse et rester performants sur les armes de défense non létales », détaillait Guillaume Verney-Carron, directeur général. Par ailleurs, un investissement complémentaire de 4 à 6 millions d'euros est prévu à horizon trois ans. Il financera une nouvelle unité de production dans le bassin stéphanois.
L'enjeu dépasse largement Saint-Étienne. Verney-Carron reste en effet la dernière manufacture française d'armes de petit calibre encore en activité. Or, le secteur est dominé par les acteurs allemands, belges et italiens, constituant un argument supplémentaire du tribunal en faveur de Rivolier. Reste que la trajectoire du groupe doit encore se consolider dans la durée. Ce marché offre néanmoins à l'armurier stéphanois son premier vrai gage de crédibilité industrielle.
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