L'ex-maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau, condamné à quatre ans de prison ferme en première instance, s'est échiné avec pugnacité mercredi au cours de son procès en appel à réaffirmer son "innocence" dans un retentissant chantage à la sextape contre son premier adjoint de 2015 à 2022.
Deux des trois coprévenus de cet ancien édile de 53 ans, qui ont reconnu leur implication, l'accusent d'être le commanditaire de ce "kompromat sexuel" visant l'ancien député Gilles Artigues. Le scandale a été dévoilé par Mediapart en 2022, sept ans après l'enregistrement vidéo, grâce à des révélations de l'un d'eux, Gilles Rossary-Lenglet.
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"Je vis un enfer depuis quatre ans", a lâché à la barre d'une voix chevrotante M. Perdriau, après avoir assuré M. Artigues et sa famille de "sa compassion" pour le piège "sordide" dont il a fait l'objet. "Mais je n'en suis pas à l'origine, je n'en suis pas le commanditaire", a-t-il martelé au troisième jour de ce procès devant la cour d'appel du Rhône à Lyon.
Puis, très combatif, l'ancien maire LR a estimé que sa "présomption d'innocence est bafouée depuis" quatre ans dans ce piège sexuel pour "museler" son premier adjoint UDI, lequel lui avait permis d'être élu en 2014 grâce à une alliance entre leurs deux partis. Le piège aurait été conçu parce que M. Artigues prenait trop d'indépendance et devenait un rival, selon ses coprévenus, ce que conteste M. Perdriau.
Le 5 janvier 2015, dans sa chambre d'hôtel parisienne, son ambitieux adjoint à l'Education, Samy Kéfi-Jérôme, alors pacsé avec M. Rossary-Lenglet, convoque un jeune escort-boy et le filme prodiguant un massage à connotation sexuelle à Gilles Artigues, à leur insu.
Divergences
S'ensuivent sept années de chantage durant lesquelles l'ancien député, fervent catholique et opposé au mariage pour tous, assure qu'il a enduré "une véritable torture" à l'idée que sa famille voie la vidéo et qu'il a dû renoncer à des candidatures et à sa vocation politique. Condamné en première instance en décembre à cinq ans de prison dont quatre fermes et cinq ans d'inéligibilité, M. Perdriau a fait deux mois de prison avant une remise en liberté sous contrôle judiciaire.
Pierre Gauttieri, alors directeur de cabinet de M. Perdriau, avait écopé de deux ans de prison ferme en première instance. Il n'a pas fait appel. MM. Rossary-Lenglet et Kéfi-Jérôme, eux, avaient été condamnés à trois ans fermes. M. Perdriau les accuse en retour d'avoir conçu et mis en œuvre le piège et le chantage: M. Rossary-Lenglet pour l'argent, M. Kéfi-Jérôme parce qu'il convoitait l'investiture pour les législatives de 2017 à la place de Gilles Artigues, et M. Gauttieri pour une "haine" à l'égard de ce dernier.
Les versions de Gilles Rossary-Lenglet et Pierre Gauttieri ont laissé apparaître mercredi des divergences sur le moment où le "kompromat" aurait été, selon eux, "validé" par M. Perdriau: le premier assure que le maire a participé à la réunion de préparation, le second qu'il n'y était pas et qu'il l'en a informé ultérieurement, avant d'obtenir son "feu vert".
Le déroulé du procès, qui doit s'achever vendredi, a pris du retard.
