Emeric Richard, cofondateur et co-organisateur du Lyon Street Food Festival, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Il y a dix ans, lancer un festival de street food à Lyon relevait presque de la provocation. Dans la "capitale mondiale de la gastronomie", héritière de Paul Bocuse et des mères lyonnaises, l'idée de mettre à l'honneur les cuisines de rue venues d'Asie ou des États-Unis avait tout du pari risqué. "C'était même un peu tabou", reconnaît Émeric Richard, l'un des deux co-fondateurs. "Il existait de nombreuses idées reçues. Tout l'enjeu a justement été de prouver l'inverse."
Le pari est aujourd'hui largement gagné. En 2022, point de bascule symbolique, le nombre d'ouvertures de restaurants rapides a dépassé celui des restaurants traditionnels à Lyon, du jamais-vu. Sur 430 restaurants qui ont levé le rideau cette année-là, près de 60 % ne proposaient plus de service à table. La street food n'est plus une curiosité exotique : elle est devenue un fait urbain, culinaire et culturel.
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Un financier pas comme les autres
Rien ne prédestinait pourtant Émeric Richard à cette aventure. Douze ans dans la finance, un métier qu'il aimait, puis la "crise de la quarantaine" et l'envie de donner du sens à son travail. À 40 ans, avec Thomas, son associé, ils lancent en 2016 la première édition aux Subsistances. "Nous avions envie de montrer la cuisine que nous avions découverte ailleurs dans le monde, explique-t-il. Nous nous doutions que cela fonctionnerait à Lyon, mais nous n'imaginions pas que cela prendrait une telle ampleur."
Dix ans plus tard, les chiffres parlent d'eux-mêmes : 45 000 festivaliers l'an passé, 130 chefs, 20 nationalités, et un site de près de 50 000 m² aux Grandes Locos (la place Bellecour en fait 62 000). Le public vient de toute la France, de Paris et même de l'étranger.

La cuisine comme "lien social"
Ce qui frappe dans le festival, c'est son brassage. Des familles, des retraités, des groupes d'amis, des curieux de toutes origines se retrouvent autour des mêmes étals. "La cuisine comme lien social, c'est notre idée de départ et cela le restera, insiste Émeric Richard. Je crois qu'en ce moment, tout le monde en a besoin."
Les trois piliers - food, culture, musique - n'ont pas bougé depuis 2015. Cette année, une grande scène couverte accueillera Julien Granel pour l'ouverture, Yuksek, Pony Pony Run Run ou encore Guts. La musique n'est pas un accessoire : elle est constitutive de l'identité du festival.
C'est peut-être là que réside l'apport le plus durable du Lyon Street Food Festival à la scène gastronomique lyonnaise : sa capacité à faire coexister les grands noms et les inconnus de demain. "Notre rôle, c'est aussi de mettre en lumière et de dénicher les talents de demain, affirme Emeric Richard. C'est un peu comme un festival de musique : il y a des têtes d'affiche, mais ce qui nous tient à cœur, c'est aussi de mettre le projecteur sur la jeune garde."

Vers de mini Lyon Stret Food Festival satellites
Pour cette édition anniversaire, c'est la pâtisserie qui est mise à l'honneur, avec notamment Nina Métayer, la Maison Conticini ou Hugo Pralus, mais aussi une nouvelle génération qui "casse les codes" en s'inspirant des cuisines du monde. Chaque jour, une pyramide géante sera animée par un pâtissier différent à chaque service.
Le festival ne compte pas s'arrêter aux Grandes Locos. Des événements satellites sont en préparation : un à Villeurbanne annoncé prochainement, un autre déjà en place avec Oullins-Pierre-Bénite. L'ambition : mailler davantage la métropole, avec des formats plus petits mais le même ADN. "Aller à la rencontre de notre public" résume Émeric Richard. Une philosophie qui, en dix ans, a transformé Lyon, et pas seulement, dans les assiettes.
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Lyon Street Food Festival, du 11 au 14 juin aux Grandes Locos, Lyon.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Emeric Richard
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Émeric Richard, l'un des co-organisateurs du Lyon Street Food Festival.
Bonjour Guillaume.
On vous reçoit chaque année parce que le Lyon Street Food Festival est le rendez-vous de la street food à Lyon, mais aussi en France. Il se tient du 11 au 14 juin. Une petite question pour commencer : vous venez plutôt de la finance que de la cuisine. Comment se retrouve-t-on à lancer, il y a dix ans, ce qui est devenu le plus grand festival de street food en France ?
Effectivement, il y a eu une petite bifurcation à un moment donné. J'avais passé douze ans dans un métier très classique dans la finance, un métier que j'aimais beaucoup. Mais il y a eu la crise de la quarantaine, cette envie de faire quelque chose qui ait du sens, d'avoir un travail qui ait du sens. Je crois aussi que j'avais cette petite graine de l'entrepreneuriat dans la tête depuis pas mal de temps. À mes 40 ans, cela a été l'occasion de choisir cette voie-là et je ne regrette strictement rien.
2016-2026, on fête les dix ans du Lyon Street Food Festival. Lyon, c'est la capitale mondiale de la gastronomie. Quand on parle de cela, on pense à la gastronomie traditionnelle. Lorsque vous lancez le Lyon Street Food Festival en 2016, il y a quand même une forme de petite provocation dans l'idée de mettre à l'honneur la street food.
Je ne sais pas si c'est une provocation. En tout cas, il y avait une envie de montrer autre chose de la cuisine à Lyon. Je ne suis pas lyonnais, Thomas, l'autre cofondateur, non plus. Nous avions envie de montrer la cuisine que nous avions découverte ailleurs dans le monde, en Asie, aux États-Unis. Nous nous doutions bien que cette appétence pour la cuisine à Lyon allait fonctionner, mais nous n'imaginions pas, honnêtement, que cela prendrait une telle ampleur.
Quelque part, vous avez eu le nez fin. Vous avez été un peu visionnaires parce qu'aujourd'hui, la street food fait partie intégrante du paysage gastronomique.
Cela s'est largement démocratisé. À l'époque, en 2016, quand nous avons créé cela, c'était même un peu tabou. Il existait de nombreuses idées reçues. Tout l'enjeu a justement été de prouver l'inverse. La street food est une cuisine comme les autres. Depuis, les grands chefs en proposent eux aussi. On voit cela absolument partout. Cela s'est démocratisé dans toutes les tables de France et même au-delà.
Cette année, c'est une édition anniversaire aux Grandes Locos, sur près de 50 000 mètres carrés. C'est monstrueux. Pour donner un ordre d'idée, la place Bellecour fait 62 000 mètres carrés. On mesure ainsi l'ampleur de l'événement. Il y aura 130 chefs, 20 nationalités. L'an dernier, vous avez accueilli 45 000 festivaliers. Les visiteurs viennent beaucoup de Paris, mais aussi de l'étranger. À quel moment avez-vous senti que le festival changeait de dimension ?
Cela s'est fait progressivement. Dès le départ, il y a eu un engouement largement supérieur à ce que nous imaginions aux Subsistances, où le festival avait lieu à l'époque. Ensuite, le festival a grandi d'année en année. Il a su convaincre des personnes qui dépassent largement le cadre de Lyon et même celui de notre métropole. Effectivement, nous accueillons des visiteurs de la région parisienne, mais aussi des étrangers. C'était d'ailleurs l'idée de départ : proposer un festival très mixte, aussi bien dans sa programmation que dans son public. Je pense donc que le pari est réussi.
C'est vrai que l'on croise des jeunes qui viennent entre amis, mais aussi des familles avec des enfants, des retraités. Il y en a pour tout le monde. C'est ce qui est génial : la table, c'est le partage. J'ai l'impression que le Lyon Street Food Festival est avant tout une histoire de partage.
C'est exactement cela : la cuisine comme lien social. C'est notre idée de départ et cela le restera. Je suis assez fier que nous ayons conservé nos trois piliers ainsi que l'essence du festival depuis 2015. Cela n'a pas changé : la food, la culture et la musique. Rassembler les gens autour d'une table. Je crois qu'en ce moment, tout le monde en a besoin. Cela restera durablement la recette du festival.
Cette année, il me semble que vous mettez la pâtisserie lyonnaise à l'honneur. Au final, nous évoquions les trois piliers, mais quel est l'ADN profond du festival ?
L'ADN, c'est l'ouverture à tous les types de chefs et de cuisines. Nous invitons des chefs aux profils très différents. Nous allons accueillir Nina Métayer, la Maison Conticini, de grands noms de la pâtisserie. Mais notre rôle consiste aussi à mettre en lumière la jeune garde. C'est l'un des axes forts de cette édition 2026, parce qu'il se passe beaucoup de choses dans le monde de la pâtisserie. Une nouvelle génération casse les codes. Ce n'est pas toujours simple de faire de la street food en pâtisserie, mais les choses évoluent. Des pâtissiers osent désormais s'inspirer d'autres univers et d'autres cuisines du monde. C'est cela que nous avons envie de mettre en avant.
Peut-on dire que le Lyon Street Food Festival joue aussi un rôle de vitrine et de tremplin pour ces jeunes talents ?
Oui, tout à fait. C'est un peu comme un festival de musique. Il y a des têtes d'affiche que tout le monde connaît, mais notre rôle, auquel nous tenons énormément, est aussi de mettre en lumière et de dénicher les talents de demain. C'est un aspect très important du festival.
Ce qui est incroyable, c'est que l'on peut avoir, à ma gauche, un chef deux ou trois étoiles et, à ma droite, un jeune chef ou une jeune cheffe qui est en train de casser les codes. C'est ce mélange qui fait la richesse de l'événement. Vous annoncez un nouvel événement complémentaire pour la fin de l'année 2026 et surtout des ambitions de déploiement dans toute la métropole. Quelle est la suite ?
Nous allons conserver les Grandes Locos, qui sont un lieu magnifique de notre métropole. Nous avons la chance de pouvoir y organiser le festival. Notre volonté est désormais de créer des événements satellites sur d'autres espaces de la métropole. Nous annoncerons bientôt quelque chose à Villeurbanne. Nous organisons déjà un événement avec Oullins-Pierre-Bénite. Nous avons cette volonté d'aller davantage mailler le territoire avec des formats un peu plus petits, sans doute, mais avec le même ADN que celui dont nous venons de parler.
L'idée est aussi d'aller toucher un public un peu plus éloigné.
Exactement. Aller à la rencontre de notre public, c'est tout le principe.
Donnez-nous deux temps forts de cette édition.
Nous accueillons 130 chefs. Il y aura notamment Romain Meder, Alexandre Mazzia et Nina Métayer. Nous en avons parlé. La finaliste de Top Chef participera à la première prise de parole avec nous vendredi. Il y aura également de grands moments autour de la pâtisserie. Chaque jour, une immense pyramide sera animée par un pâtissier différent à chaque service. Cela va être un grand spectacle. Il y aura Hugo Pralus et bien d'autres encore. Il est impossible de tout citer.
Je suis également très fier de notre programmation musicale. Nous n'en avons pas encore parlé, mais la musique est l'un des piliers du festival. Cette année, nous aurons une très grande scène couverte au cœur des Grandes Locos avec Julien Granel pour l'ouverture, mais aussi Yuksek, Pony Pony Run Run, Romain de Saint-Céran et Guts.
Vous avez de très beaux noms. Finalement, le Lyon Street Food Festival, c'est cela : se retrouver entre amis, manger, écouter de la musique, boire quelques bières avec modération et profiter d'un lieu incroyable. En tout cas, bravo. Rendez-vous du 11 au 14 juin aux Grandes Locos. Pour plus d'informations, rendez-vous sur Lyon Capitale. Merci beaucoup. À très bientôt et bon appétit. Au revoir.
