Rats, souris, blattes… À Lyon, les nuisibles constituent un défi quotidien pour les commerces alimentaires. Immersion avec Jonathan Rive, technicien applicateur au sein de Nuisiprotect depuis quinze ans.
C'est une problématique à laquelle de nombreux établissements alimentaires font face : la fermeture administrative. Dans le cas de plusieurs d'entre eux, la présence de nuisibles comme des rats, des souris, ou encore des blattes en est la cause. Exemple avec la Maison Pignol, institution de la gastronomie lyonnaise, qui a dû fermer temporairement ses portes à cause de déjections de souris. Baptiste Pignol, son dirigeant, avait alors déploré l'omniprésence de ces animaux dans Lyon.
Un constat également établi par Jonathan Rive. Technicien applicateur au sein de la société Nuisiprotect depuis 15 ans, il intervient auprès de 1 500 clients, majoritairement sur Lyon. S'il considère sa profession comme "un métier d'urgence", le technicien reste lucide sur ses interventions. "Nous ne sommes pas des magiciens. Le client peut mettre en place tous les dispositifs sans forcément que ça marche. Nous n'éradiquons pas, on régule, on maîtrise" tempère Jonathan.

Blattes, rats, souris : comment lutter contre leur propagation ?
Ce jeudi 16 avril, Jonathan s'apprête à réaliser la troisième et dernière phase de son intervention : le contrôle. Concrètement, son travail s'effectue en trois temps. Premièrement, il réalise une étude de terrain pour déterminer quelles solutions mettre en place. Cette étape d'environ 15 à 20 minutes est suivie par une phase de pratique qui consiste à la pose des produits ou outils adaptés. Enfin, lors de son troisième passage, le technicien contrôle ses installations pour déterminer si des nuisibles ont été pris au piège.
Jonathan utilise des méthodes adaptées pour chacune des cibles. Concernant les rats et les souris, il s'agit "de postes d'appatâge sécurisés, des boites dans lesquelles je dépose des produits rodenticides (plus communément appelés morts-aux-rats : Ndlr)". Le rat va ensuite s'insérer à l'intérieur, explique le technicien. Des boites plus petites sont mises en place lorsque des souris sont visées. Seul le professionnel possède les clés permettant d'ouvrir les boites, de sorte à ce qu'elles ne constituent pas un danger domestique. Autre solution, plus plébiscitée, les pièges à colles. "99 % des clients achètent ces outils sur Amazon avant de se résoudre à nous appeler. Ces pièges sont de moins en moins appréciés par le client parce qu’il n'a pas envie de retirer le piège et de le jeter", argumente-t-il.


"Je préfère faire face à dix rats plutôt qu'une seule blatte"
Pour les blattes, c'est différent. Les plus répandues, dites germaniques, vont être contrées grâce à des monitorings placés à des endroits stratégiques, contenant du gel contact. "La blatte va manger le gel, être contaminée, mais elle ne va pas mourir tout de suite. Elle retourne au nid et contamine ses congénères, qui vont la manger à la suite de sa mort. C'est très efficace pour nous puisque cela nous permet d'en éliminer plusieurs à la fois", développe Jonathan Rive. Il applique aussi un insecticide sur des zones stratégiques afin de créer une barrière chimique autour de leur localisation.
Néanmoins, les blattes dites orientales et américaines se développent également. "C’est une vraie problématique, elles sont vectrices de maladies sur la nourriture. On les rencontre sur les rez-de-chaussée, dans le local poubelle, elles arrivent des égouts et apprécient les zones humides" relève le technicien. Selon Jonathan, ce type de nuisibles sont aujourd'hui les plus difficiles à éliminer : "C’est le plus dur à traiter, elles se faufilent partout, et nichent n’importe où. Je préfère faire face à dix rats plutôt qu'une seule blatte." Seul avantage de ce type de nuisible, il est possible d'identifier leurs points d'entrées dans les établissements, contrairement à l'espèce germanique.
La fermeture administrative, une fatalité ?
Dans cette boucherie du 3e arrondissement de Lyon fermée administrativement il y a un mois, à cause, entre autres, de la présence de nuisibles, Jonathan Rive s'apprête donc à réaliser la dernière phase de son intervention. Venu placer ses pièges le 20 mars dernier, son travail consiste désormais à contrôler. Arrivé sur place, il examine une à une les boites et monitorings posés de part et d'autre de l'établissement. Résultat : pas de traces de rats, contrairement aux blattes qui ont consommé le gel présent. Pour Jonathan Rive, il n'y pas de secrets : "On a beau mettre les meilleurs produits du monde, nous n'avons pas un contrôle sur les voisins, sur l'extérieur." Lui, ne voit qu'une seule solution : "Le secret, c'est le préventif", assure-t-il. Ainsi, une intervention régulière, avant même que la situation ne soit devenue incontrôlable, permettrait d'avoir une efficacité plus importante.


"Le secret c'est le préventif", lance Jonathan Rive
"Faire appel à nous, c'est encore un sujet tabou. En restauration, on ne passe jamais pendant les heures de service, les gens ont honte, ils ne devraient pas", complète Jonathan. Dans cette boucherie, le sticker attestant du passage de Nuisiprotect est affiché à deux reprises sur la devanture. "Pour nous, c’est logique, il faut que tous les commerçants fassent comme nous, il y a beaucoup de rats dans le 3e arrondissement. Après notre fermeture, nous avons tout refait à neuf, il faut juste que les clients reviennent", lance un employé.
Si la médiatisation de ces fermetures administratives a donné l'impression que l'état des établissements d'alimentation empirait, selon Jonathan "l’état a toujours été le même. Aujourd’hui y a plus de normes, un cahier des charges plus compliqué à respecter."
Apporter une solution moins onéreuse aux particuliers
En parallèle de ses interventions, NuisiProtect possède une boutique dans le 3e arrondissement de Lyon. Son objectif, proposer des conseils et des produits début de gamme aux particuliers. Une solution moins onéreuse : "On s’est rendu compte qu’une intervention ça coûte cher. Même si l'efficacité n'est pas identique, cela permet aux particuliers de traiter eux-mêmes leurs nuisibles à des prix plus raisonnables", justifie Jonathan Rive.

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