Sylvain Royère, secrétaire général adjoint de l’union régionale UFAP UNSa Justice de Lyon
Sylvain Royère, secrétaire général adjoint de l’union régionale UFAP UNSa Justice de Lyon

Prisons d'Auvergne-Rhône-Alpes : "on a dépassé les 1 000 matelas au sol, c'est inédit"

Sylvain Royère, secrétaire général adjoint de l’union régionale UFAP UNSa Justice de Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono /Lyon Capitale.

1 000. C’est le nombre de détenus contraints de dormir sur un matelas au sol dans les prisons de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Un chiffre choc qui illustre l’ampleur de la surpopulation carcérale, dénoncée récemment par le syndicat UFAP-UNSA Justice lors d’un blocage devant la prison de Lyon-Corbas. Dans cet établissement, environ 1300 détenus occupent 650 places, soit un taux d’occupation de 200 %.

Au quotidien, cette situation rend le travail des surveillants pénitentiaires extrêmement difficile. Les cellules, prévues pour une personne, en accueillent parfois trois ou quatre, ce qui génère tensions, violences et insécurité. La promiscuité permanente dégrade également les conditions de détention, jugées indignes, et alimente un climat explosif.

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"On est en moyenne à 160 % de surpopulation dans les prisons de la région Auvergne-Rhône-Alpes"

À l’échelle régionale, la surpopulation atteint en moyenne 160 %, avec des pics à 270 % dans certains établissements. Parallèlement, les effectifs de surveillants sont en baisse, avec environ 20 % de postes non pourvus. Cette pénurie aggrave les conditions de travail et augmente les risques d’agression.

L’ensemble des professionnels est touché. Les conseillers d’insertion et de probation, notamment, voient leur charge de travail s’alourdir considérablement, avec plus d’une centaine de dossiers à suivre, au détriment de la qualité de l’accompagnement.

"Environ 20 % de postes de surveillants pénitentiaires ne sont pas pourvus"

Face à cette situation jugée intenable, les syndicats réclament des mesures urgentes : recrutements, revalorisation salariale et amélioration des conditions de travail, afin d’éviter une dégradation encore plus importante du système pénitentiaire.


La retranscription intégrale de l'entretien avec Sylvain Royère

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Sylvain Royère. Bonjour. Vous êtes secrétaire général adjoint de l’union régionale UFAP UNSa Justice de Lyon. Nous vous invitons parce qu’il y a quelques jours, une action de blocage s’est déroulée devant la prison de Lyon-Corbas. Vous dénonciez la surpopulation. Je crois qu’il y a 1 300 détenus pour 650 places, un taux d’occupation de 200 %. Concrètement, pour un surveillant qui prend son poste le matin, à quoi ressemble une journée de travail dans ces conditions ?

Alors, cela consiste malheureusement à prendre son service, aller sur une coursive et ouvrir les cellules. Au lieu d’avoir un détenu par cellule, vous en avez trois, voire quatre, qui sont totalement survoltés parce que les conditions sont indignes pour les personnes détenues.

Oui, ce qui se comprend de la part des détenus. Donc tout le monde est survolté.

Quand vous avez encore de nouveaux arrivants, qui viennent d’être écroués, vous devez rajouter encore une personne de plus dans les cellules. La personne détenue ne veut pas, les autres ne veulent pas de lui non plus. Cela crée des tensions extrêmes pour les personnels et les conditions de travail sont devenues insoutenables.

De nouveaux détenus arrivent au quotidien, les gardiens de prison eux non.

Les surveillants pénitentiaires, sur la région et aussi à Lyon-Corbas, sont à moins 20 % d’effectifs. On nous demande de faire un travail avec 20 % d’effectifs en moins et avec quasiment moitié moins de détenus auparavant. Cela devient intenable pour tout le monde. Nous avons beaucoup d’agressions, beaucoup de violences qui s’exercent du fait de cette promiscuité et de ces tensions au sein de la prison.

On parlait de Lyon-Corbas : il y a eu cette action de l’UFAP-UNSA Justice. pour dénoncer les 200 % de surpopulation carcérale à Lyon-Corbas, mais de manière globale dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, le taux de surpopulation, en moyenne, est de combien ?

On est en moyenne à 160 % de surpopulation dans les prisons de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Après, vous avez des établissements, je pense notamment au Puy-en-Velay, où ils sont à 270 %. C’est intenable, ce n’est pas possible, cela n’a aucun sens. On est en train de faire ni plus ni moins que de la garde de personnes détenues sans la moindre réinsertion. Les peines n’ont plus de sens.

Est-ce que c’est un seuil fatidique ? Ce blocage que vous avez fait, je crois que c’était le 7 avril, est-ce un coup de semonce ou est-ce qu’on a déjà dépassé une situation de non-retour ?

Cela fait déjà quelques années que nous avons dépassé cette situation, au niveau des effectifs comme au niveau de la surpopulation carcérale. Sauf que cela ne fait que s’aggraver. Vendredi, nous avons eu les derniers chiffres : nous avons dépassé, pour la première fois, 1000 matelas au sol sur la région.

Auvergne-Rhône-Alpes, il y a 1 000 détenus qui dorment sur un matelas ?

Oui, sauf que nous avons déjà rajouté des lits dans des cellules qui devraient être individuelles. L’encellulement individuel est une règle pénitentiaire européenne, c’est obligatoire. Nous ne respectons pas ces règles européennes. Nous mettons déjà deux personnes sur un lit, voire trois dans une cellule, et maintenant nous ajoutons en plus des matelas au sol. Mille personnes détenues sur des matelas au sol, c’est indigne pour les personnes détenues et pour les personnels qui travaillent au quotidien et qui doivent gérer ce genre de situation. Il devient parfois impossible de pénétrer dans la cellule, avec parfois deux matelas au sol.

C’est ce que disait Cédric Rochis, qui travaille à l’UFAP-UNSa Justice Lyon, que nous avions reçu à Lyon Capitale, et qui expliquait il y a quelques mois que la situation était sur le point d’exploser. Vous confirmez ou non ?

Il y a quelques mois, la situation était sur le point d’exploser, et aujourd’hui elle est en train d’exploser littéralement. On le voit bien. Les personnes détenues commencent elles aussi à créer des blocages parce qu’elles en ont assez. Cela concerne tout le monde. J’ai aussi une pensée pour les conseillers d’insertion et de probation : auparavant, ils avaient 60 à 70 dossiers à gérer, aujourd’hui ils en ont 100 à 110. Plus rien n’est géré correctement, il y a une perte de sens de leur travail.

Il y a cette perte de sens du travail, mais quelles sont les solutions ? Vous parliez de moins 20 % d’effectifs, notamment en Auvergne-Rhône-Alpes. Il faut former davantage de personnels, il faut plus de surveillants. Mais est-ce que les gens veulent encore devenir surveillant pénitentiaire aujourd’hui ?

Il faut réussir à recruter. Ce sont des métiers qui n’attirent pas forcément. Quand on est enfant, on veut parfois être policier ou gendarme, mais on ne pense pas à surveillant pénitentiaire. Pourtant, c’est un beau métier. Il faut réussir à recruter, augmenter les grilles salariales, comme le propose l’UFAP-UNSA Justice. Nous demandons des métiers attractifs, donc mieux rémunérés, et avec des conditions de travail acceptables. Quand on entend partout qu’il manque des effectifs, qu’il y a des agressions, que l’on ouvre des cellules avec trois ou quatre détenus qui peuvent se montrer violents parce qu’ils ne veulent pas cohabiter, cela ne donne pas envie de rejoindre l’administration pénitentiaire.

Donc cela veut dire qu’il faut réellement, pour le coup, vous parliez de grilles salariales notamment, qu’il y ait des moyens mis en face de cela.

Oui, tout à fait. Il faut des moyens avec une réévaluation des grilles indiciaires pour ces personnels, avec un déplafonnement du cinquième pour améliorer les retraites des catégories superactives. Lors des réformes des retraites récentes, l’UFAP-UNSA Justice a formulé de nombreuses demandes, notamment des conditions de travail acceptables. Plus le temps passe, moins ces conditions sont acceptables, et beaucoup de personnels viennent travailler avec la boule au ventre. Ce n’est agréable pour personne.

L’émission touche à sa fin. Nous aurions pu en discuter pendant des heures, car c’est un sujet important et fondamental. Merci Sylvain Royère d’être venu sur le plateau de 6 minutes chrono. Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.lyoncapitale.fr
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