Bertrand Debeaux, policier municipal et secrétaire général FO Ville de Lyon, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
"Il y avait une posture vis-à-vis de la police qui était restée celle du militantisme. (Grégory Doucet) n’avait pas pris en compte la réalité complète du terrain. Petit à petit, grâce à nos négociations, ils ont changé leur doctrine sur la sécurité (...) En fin de mandat, il s’est vanté de son bilan. Ce bilan, nous l’avons imposé."
Le ton est offensif, mais la source l'est par nature : Bertrand Debeaux est secrétaire national adjoint de FO Police municipale, et secrétaire général FO Ville de Lyon, un syndicat qui revendique volontiers un rôle de contre-pouvoir face aux élus. La charge n'en pointe pas moins une réalité documentée : entre 2020 et 2026, la majorité écologiste lyonnaise a sensiblement fait évoluer sa politique sécuritaire.
Les données viennent étayer le propos. Les faits constatés à Lyon intramuros sont passés de 60 323 en 2021 à 71 147 en 2025, soit une progression de 18 % en quatre ans, avec une accélération marquée sur la dernière année du mandat, faisant de 2025 l'année la plus chargée du mandat de Grégory Doucet.
Lire aussi : Lyon : la délinquance en forte hausse depuis 2021
" Avant de recruter, il faudrait peut-être assurer de bonnes conditions aux policiers qui sont déjà sur le terrain"
Mais ce que Bertrand Debeaux critique, ce sont "les patrouilles dégradées" : avant de recruter, dit-il, encore faudrait-il assurer de "bonnes conditions à ceux qui sont déjà sur le terrain".
La nuance est importante au moment où la majorité réélue de Grégory Doucet a fait de la montée en puissance de la police municipale l'un de ses engagements phares : porter les effectifs de 311 à 400 agents, créer une brigade anti-incivilités de 50 agents, déployer 90 nouvelles caméras.
Derrière l'objectif affiché se cachent deux problèmes structurels que la ville de Lyon partage avec la plupart des grandes collectivités : le recrutement et la fidélisation. Former un policier municipal prend du temps, et les candidats, de plus en plus sollicités par des communes concurrentes, n'hésitent pas à faire jouer la mobilité. Atteindre 400 agents supposerait donc non seulement d'embaucher, mais aussi de retenir, un défi que le nouveau mandat n'a pas encore commencé à relever.
À Lyon, le taux de départ atteindrait 10 % par an. Le problème n'est pas seulement d'embaucher, il faut que les policiers restent en poste. Un turnover qui ronge les effectifs avant même qu'ils ne soient consolidés.
Et derrière l'objectif des 400 agents se cache une autre réalité arithmétique, implacable. En janvier 2026, la ville compte 311 policiers municipaux sur sa masse salariale, mais tous ne sont pas sur le terrain. Absences, maladies, formations : le nombre réellement mobilisable de policiers municipaux à Lyon à un instant donné ne peut dépasser la centaine, du fait du roulement en trois équipes.
Lire aussi : Enquête dans la métropole de Lyon : le grand marché des polices municipales
"Nouvel adjoint à la sécurité de Lyon : "un homme de dialogue"
Le signal est venu d'en haut, et il est appuyé. Pour son tout premier déplacement officiel du second mandat, le 31 mars dernier, Grégory Doucet a choisi de se rendre au poste de police municipale du 1er arrondissement, aux côtés de son nouvel adjoint à la Sûreté, Philippe Prieto. Après six ans d'une majorité écologiste régulièrement accusée de sous-estimer la question sécuritaire, le symbole est difficilement plus explicite. Le maire assume d'ailleurs le glissement : "La question de la sécurité est d'évidence un sujet à traiter. Peut-être pas suffisamment en donnant à voir ce qui était fait. Ce n'est pas tant le sujet que nous abordons différemment que sa visibilisation."
C'est précisément ce nouvel adjoint, Philippe Prieto, que Bertrand Debeaux surveille de près, et pour l'heure, sans hostilité déclarée. "C'est un homme de dialogue", concède le syndicaliste, qui dit lui avoir d'ores et déjà "tendu la main" et transmis ses dossiers prioritaires. Un état de grâce mesuré, assorti d'une invitation : le syndicat a demandé à le rencontrer rapidement pour "poser les bases" du nouveau mandat.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Bertrand Debeaux
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd’hui Bertrand Debeaux. Bonjour.
Bonjour.
Vous êtes secrétaire national adjoint FO Police municipale. Nous allons parler évidemment sécurité avec vous. Grégory Doucet a été réélu maire de Lyon. L’adjoint à la sécurité a changé : Mohamed Chihi n'a pas été reconduit Philippe Prieto est le dixième adjoint en charge de la sécurité à la ville de Lyon. C’est un membre du Parti Socialiste. Il avait participé dès 2021 à la stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance. Est-ce que vous avez déjà eu l’occasion de le rencontrer et qu’est-ce que vous pouvez en dire de ce nouvel adjoint à la sécurité ?
Alors oui, nous avons pu le rencontrer. Nous avons participé à des négociations où il était présent. C’est un homme de dialogue. Nous avons d’ores et déjà tendu la main, nous lui avons envoyé un mail en posant les sujets sur la table. Nous ne l’avons pas laissé se reposer sur ses lauriers. Nous avons transmis des dossiers qui nous semblent importants. Nous avons hâte de le rencontrer ; nous l’avons d’ailleurs invité afin de poser les bases de son nouveau mandat. Nous le félicitons de son élection. Nous remercions Monsieur Chihi, qui part de façon un peu brutale. Nous avons tout de même pu échanger avec lui sur certains dossiers. Le dernier s’était bien conclu avec lui. En fin de mandat, nous avions donc un dialogue qui s’était amélioré.
Oui, qui s’était amélioré, parce que le dialogue que vous avez eu, vous les syndicats, et notamment votre syndicat qui est majoritaire à la ville de Lyon, avec la mairie, notamment l’adjoint à la sécurité de la ville de Lyon, n’était quand même pas, on va dire, très serein.
Tout à fait. Il faut reconnaître ce qui s’est passé : il y avait une posture vis-à-vis de la police qui était restée celle du militantisme, du candidat, et qui n’avait pas pris en compte la réalité complète du terrain. Petit à petit, grâce à nos négociations, ils ont changé leur doctrine sur la sécurité. En fin de mandat, c’était spectaculaire. Tout ce que nous demandions de façon légitime en tant que syndicat provoquait des crispations, car la réponse n’était pas, pour nous, à la hauteur. En fin de mandat, il s’est vanté de son bilan. Ce bilan, nous l’avons imposé. Tout ce que nous avons su imposer au cours du mandat est devenu un argument en fin de campagne. Il est même entré dans une surenchère sécuritaire : 400 policiers municipaux, des caméras. Il a changé sa posture et se vante de ce que nous l’avons contraint à faire. C’est le jeu, tant mieux. Cela lui a permis de mener une campagne où la sécurité était un enjeu majeur. Finalement, ce dialogue…
…n’a jamais été vraiment au beau fixe, mais ce que vous me dites, c’est que le maire de Lyon a écouté vos revendications. Vous évoquez une bascule sécuritaire des écologistes : on annonce passer à 400 agents, on est actuellement à environ 300 agents, une brigade anticivilité de 50 agents supplémentaires, l’installation de 90 nouvelles caméras. Comment recevez-vous ces annonces ? Est-ce une prise de conscience ou de la communication de campagne ?
Nous espérons que ce ne sera pas de la communication de campagne. Tous les engagements qu’il a pris, y compris augmenter les effectifs des policiers municipaux, nous les avons bien notés, vus et constatés. Sa volonté de monter à 400 policiers municipaux est réelle. Avant cela, il faudrait peut-être assurer de bonnes conditions à ceux qui sont déjà présents. Sur le terrain, ce n’est pas forcément le cas : il y a des patrouilles dégradées. Concernant la volonté de créer une nouvelle unité, celle-ci existait déjà. Ce ne seront pas des policiers municipaux. Ce seront des ASVP, et nous serons très vigilants sur le cadre de surveillance de la voie publique.
Ce ne sont pas les mêmes prérogatives. Il y a un empiètement sur les responsabilités de la Métropole dans cette unité en cours de constitution. Au moment où la métropole était dans la même ligne que la ville, cette unité pouvait avoir un sens. Aujourd’hui, je ne sais pas comment vont se répartir les compétences. Le dossier a été présenté en instance. On a essayé de le faire passer un peu rapidement juste avant les élections. Pour nous, il était incomplet, et nous n’avons pas une vision claire de son caractère opérationnel.
Vous parliez du terrain et du fait qu’il faut des moyens. Parmi les dossiers que vous avez mis sur la table, si l’on prend le principal, quel est-il pour la police municipale ?
Il y a une candidate, Madame Belouassa-Cherifi (LFI), qui porte un message fort : désarmer les policiers municipaux et enlever les caméras. Je l’ai déjà dit : nous sommes tout à fait aptes à discuter avec elle pour lui apporter des éléments. Si c’est la décision issue des urnes, nous nous y plierons sans aucun problème. Il y a eu un accord électoral entre les deux tours. Nous avons interpellé la mairie en demandant, puisqu’un accord a été conclu dont nous ne connaissons pas tous les termes, si nous pouvions obtenir une réponse. Monsieur le maire, décidez-vous de sanctuariser le fait que les policiers municipaux à Lyon sont armés et souhaitez-vous réellement augmenter les caméras ? C’est un directeur de campagne qui nous a répondu. Nous sommes en démocratie : nous avons le droit d’interroger un élu et d’obtenir une réponse d’un élu, pas d’un directeur de campagne. Un élu, ou au moins un administratif mandaté par l’élu.
Le dialogue semble déjà un peu compliqué. Un dernier mot rapidement : vous évoquiez La France insoumise. Au niveau national, LFI souhaite désarmer les policiers municipaux. À Vaulx-en-Velin, vous êtes passé du côté LFI. Échangez-vous avec vos collègues de Vaulx-en-Velin ?
Bien sûr, quasi quotidiennement en ce moment. À Vénissieux également, à Saint-Fons. Pour l’instant, il n’y a pas de volonté d’appliquer cette doctrine portée par LFI. À Saint-Denis, on l’a vu, c’est assumé : c’était dans le programme, ils ont été élus, ils appliquent leur programme. Visiblement, dans le Rhône, ce n’est pas encore le cas. Si cela devait arriver, nous sommes en contact et les agents nous demandent de les représenter.
J’imagine que vous resterez vigilant sur cette question.
Tout à fait. À Lyon aussi, car c’est une question qui se pose.
En tout cas, vous reviendrez sur ce plateau pour faire un bilan. Nous allons laisser la nouvelle mandature et le nouvel adjoint à la sécurité, Philippe Prieto, se charger de tout cela. Merci beaucoup. Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.lyoncapitale.fr. À très bientôt.
