Cédric Van Styvendael
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Cédric Van Styvendael (PS) : "Je suis extrêmement en colère et inquiet pour l'avenir de la Métropole"

Cédric Van Styvendael, maire PS de Villeurbanne et candidat aux élections métropolitaines, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.

Alors que l'absence d'alliance entre les listes d'union de la gauche autour du président sortant de la Métropole, Bruno Bernard, et les Insoumis, compliquent leurs chances de victoire, le maire PS de Cédric Van Styvendael pousse un coup de gueule : "je suis à la fois extrêmement en colère et extrêmement inquiet pour l’avenir de cette métropole, pour l’avenir de nos enfants, des miens, qui ne cessent de me dire : trouvez une solution pour que cette métropole continue à développer l’accès pour toutes et tous à la culture, à développer des mobilités qui permettront à nos enfants de respirer, à faire en sorte que nous ayons une politique sociale de justice et non pas du chacun pour soi. Et donc je conjure l’ensemble des forces de gauche de faire campagne autour de cet enjeu : faire en sorte que cette métropole reste à gauche. Et s’il vous plaît, les chefs nationaux, les Mélenchon, les Faure, les Marine Tondelier, laissez-nous tranquilles, laissez-nous faire le travail que nous avons fait pendant six ans sur ce territoire. Il y en a assez que l’on fasse de ce scrutin un scrutin national alors que ce qui se joue, c’est l’avenir de nos mômes".

Le maire de Villeurbanne, en ballottage favorable en vue de sa réélection ce dimanche, analyse aussi sur les raisons d'un score en-deça des espérances de Bruno Bernard dans certaines circonscriptions hors de Lyon et Villeurbanne : "il faut entendre que des électrices et des électeurs se disent : que fait la métropole pour moi ? Ils disent que la métropole n’a pas fait assez pour eux, ou complique leur quotidien. Mais pour autant, qui propose aujourd’hui de relier l’est de la métropole au centre avec des transports en commun ? C’est nous. Ce n’est pas un grand tunnel qui va relier Vaulx-en-Velin ou Feyzin au reste de la métropole".

La retranscription intégrale de l'entretien avec Cédric Van Styvendael

Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez 6 Minutes Chrono, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Cédric Van Styvendael. Vous êtes maire sortant socialiste, en ballottage favorable pour votre réélection à la mairie de Villeurbanne. Nous y reviendrons, mais nous allons d’abord évoquer le scrutin métropolitain, qui est beaucoup plus incertain, pas forcément à Villeurbanne mais sur l’ensemble de la métropole de Lyon. Bruno Bernard, votre candidat, n’a pas réussi à conclure d’accord avec La France insoumise. Les Insoumis rejettent la responsabilité sur votre liste, les socialistes, les écologistes, et notamment les socialistes qui auraient bloqué l’alliance, principalement sur la circonscription Rhône-Amont où Hélène Geoffroy s’est montrée intransigeante. Vous, finalement, qui n’êtes pas d’accord, est-ce que cela vous convient, puisque l’on sait que le Parti socialiste avait demandé à ne pas sceller d’accord avec les Insoumis ?

Moi, je crois que ce qui est important, c’est de parler aux électrices et aux électeurs. En fait, nous avons pour dimanche soir un choix clair devant nous : est-ce que l’on veut la droite réactionnaire qui reprend la métropole et qui nous fait prendre tout le retard que nous avons réussi à combler en six ans de mandat, ou est-ce que les électrices et les électeurs, quel que soit leur attachement partisan, La France insoumise, les écologistes, le Parti socialiste, Place publique, se disent qu’il faut un sursaut républicain dimanche pour conserver une métropole à gauche ?

L’enjeu est là. Moi, ce matin, je viens vous voir pour vous dire que je suis à la fois extrêmement en colère et extrêmement inquiet pour l’avenir de cette métropole, pour l’avenir de nos enfants, des miens, qui ne cessent de me dire : trouvez une solution pour que cette métropole continue à développer l’accès pour toutes et tous à la culture, à développer des mobilités qui permettront à nos enfants de respirer, à faire en sorte que nous ayons une politique sociale de justice et non pas du chacun pour soi. Et donc je conjure l’ensemble des forces de gauche de faire campagne autour de cet enjeu : faire en sorte que cette métropole reste à gauche. Et s’il vous plaît, les chefs nationaux, les Mélenchon, les Faure, les Marine Tondelier, laissez-nous tranquilles, laissez-nous faire le travail que nous avons fait pendant six ans sur ce territoire. Il y en a assez que l’on fasse de ce scrutin un scrutin national alors que ce qui se joue, c’est l’avenir de nos mômes.

Cela veut dire quoi concrètement ? Vous appelez les candidats insoumis à se désister d’eux-mêmes, puisque le parti ne l’a pas fait ? Ils ont déposé leurs listes, mais à ne pas déposer les bulletins ? Cela peut arriver parfois. Est-ce cela, pour vous ?

Moi, j’appelle les femmes et les hommes de bonne volonté de ce territoire, et ils sont nombreux, j’ai travaillé avec eux pendant six ans, à trouver un chemin. Je ne vais pas dire aujourd’hui que Mathieu Garabedian n’est pas quelqu’un de bien, que Laurent Legendre ne tient pas la route, que Florestan Groult ou Laurence Boffet ne sont pas des personnes avec qui on peut travailler. On a travaillé avec eux pendant six ans. Je leur dis : trouvons un chemin pour mobiliser l’électorat sur ces circonscriptions qui sont extrêmement importantes à gagner.

Mais ce chemin, il prend quelle forme ? Il y avait un chemin simple.

Ce chemin, c’est de parler aux électrices et aux électeurs. Ils en ont assez de la tambouille politique, ils en ont assez d’être pris en otage d’une stratégie présidentielle, notamment celle de Jean-Luc Mélenchon, mais aussi des autres. Je prends ma part. Je ne dis pas que la faute est sur Mélenchon, je dis simplement qu’elle n’est pas sur Hélène Geoffroy. Il faut arrêter de dire des bêtises. J’ai suivi ces discussions de très près. Hélène Geoffroy a toujours été très claire, comme je l’ai été sur un certain nombre de sujets.

Vous-même, dans votre ville, vous n’avez pas fait d’accord.

Dans ma ville, je n’ai pas fait d’accord parce que j’avais dit que je n’en ferais pas. Aujourd’hui, avec les positions de Jean-Luc Mélenchon, ce n’est pas tenable. Bien sûr que j’ai trouvé les moyens de travailler avec eux en 2020, mais aujourd’hui, avec les propos tenus par leur leader, ce n’est pas possible. Mais ce que je dis, c’est que le temps de 2027, ce n’est pas maintenant. Aujourd’hui, c’est l’avenir de la métropole qui se joue. Et donc, avec celles et ceux qui ont gouverné cette métropole et ces villes, nous sommes capables de parler aux électrices et aux électeurs, de nous affranchir des consignes nationales et de dire qu’il y a un seul enjeu : sauver la métropole.

Les villes, cela se réglera, il y a des élections, les électeurs peuvent choisir. Mais sur la métropole, le vrai risque, c’est que demain ce soit Véronique Sarselli et la droite, la droite de Laurent Wauquiez, qui coupe les subventions à la culture, qui détricote tout ce que nous avons fait en matière de mobilités — qui n’était pas pour embêter les gens, mais pour qu’on puisse continuer à respirer et vivre dans une ville où l’on ne meurt pas de maladies liées à la pollution.

Si l’on reprend les résultats du premier tour, c’est quand même un vote sanction contre les politiques que vous avez portées. En dehors de Lyon et Villeurbanne, vos candidats ont fait des scores très faibles. Porte des Alpes, que vous espériez gagner, a été perdue dès le premier tour. Cela signifie qu’il y a un rejet des politiques que vous avez menées en périphérie.

Il faut entendre cela. Il faut entendre que des électrices et des électeurs se disent : que fait la métropole pour moi ?

Ils disent même que la métropole complique leur quotidien.

Ils disent que la métropole n’a pas fait assez pour eux, ou complique leur quotidien. Mais pour autant, qui propose aujourd’hui de relier l’est de la métropole au centre avec des transports en commun ? C’est nous. Ce n’est pas un grand tunnel qui va relier Vaulx-en-Velin ou Feyzin au reste de la métropole. Il fera une belle sortie à Feyzin, mais si vous voulez un gros trou au milieu de votre ville, votez pour Sarselli.

Je comprends qu’au regard de l’ampleur des changements, certains se demandent si tout cela est vraiment pour eux. Mais la sincérité de notre programme, c’est de relier les territoires, de faire une métropole. Et ce n’est pas simple, parce qu’elle est très diverse, entre deux grandes villes centres et des communes de 5 000 habitants. C’est difficile de trouver l’intérêt commun. Mais cet intérêt commun, c’est la lutte contre le réchauffement climatique, la justice sociale, la possibilité pour chacun de se déplacer, pas seulement ceux qui ont une voiture. C’est ce que nous avons fait.

Peut-être qu’il faudra faire mieux, entendre ces critiques. Mais aujourd’hui, la question n’est pas de faire le bilan point par point. La question est de dire qu’il y a deux projets face à face : un projet clair, financé, réaliste, et un autre que l’on ne comprend pas, non financé, avec une alliance instable.

À ce stade, la métropole semble vous échapper si l’on fait des projections. Vous pourriez ne pas avoir de majorité, et Véronique Sarselli non plus. Y a-t-il un risque de métropole bloquée pendant sept ans ?

Je crains qu’il n’y ait pas de métropole bloquée. Quand on voit la proximité entre la droite et le Rassemblement national, on sait très bien ce qui se passera. Si la droite a besoin des voix du RN, elle les prendra. Donc la métropole ne sera pas bloquée : elle sera à droite, avec une compromission avec l’extrême droite.

C’est pour cela qu’il faut dire aux électrices et aux électeurs que chaque voix compte. Dimanche, cela n’a jamais été aussi vrai. Chaque voix comptera pour déterminer le projet de la métropole.

Moi, j’ai fait mon choix. Je vois encore des campagnes locales qui continuent à alimenter des querelles alors qu’il y a 20 points d’écart. L’enjeu n’est pas là. Il est sur la métropole. Il faut que tout le monde mette son énergie là-dessus.

À Villeurbanne, l’élection n’est pas jouée. Vous êtes en tête, mais toutes les listes se maintiennent. Si vous êtes réélu, mais avec une métropole à droite, pourrez-vous encore agir ? Ne risquez-vous pas d’être, pardonnez-moi le terme, un “roi nu” ?

Je ne crois pas avoir jamais été un “roi nu”. Mais il y a un risque énorme. Si je suis réélu à Villeurbanne et que la métropole bascule à droite, beaucoup de projets seront abandonnés : sur les mobilités, sur la justice sociale. Est-ce qu’on continuera le RSA jeune ? Le logement abordable ?

Mme Sarselli, maire de Sainte-Foy, préfère payer une amende d’un million plutôt que de construire du logement social. Que fera-t-elle à Villeurbanne ? Dire qu’il faut en construire plus ? Je ne le pense pas. Ou alors dire qu’on ne construit pas à l’ouest et tout à l’est ? Cela reviendrait à créer des divisions entre les territoires.

Moi, je suis le candidat de la réconciliation et de l’apaisement. Si j’ai fait ce score, ce n’est pas un hasard. J’ai subi une campagne très violente. On a dit que j’avais ruiné la ville, alors qu’elle est la deuxième ville la mieux gérée de France selon l’IFRAP. On a dit qu’elle perdait en attractivité, alors qu’elle a gagné 13 000 habitants et qu’elle est entrée dans le top 100 des villes où il fait bon vivre selon le JDD.

On a aussi dit que j’allais faire un accord avec LFI. Résultat : il n’y a pas d’accord. Arrêtons les débats stériles. Concentrons-nous sur l’essentiel : que celles et ceux qui veulent que je sois maire votent massivement le 22 mars, mais surtout mettons toute notre énergie sur l’élection métropolitaine. Il en va de l’avenir de Villeurbanne, bien sûr, mais surtout de celui de toute la métropole.

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