Les travaux de restauration des quatre tours de la basilique Notre-Dame de Fourvière débutent fin mars. Un chantier à 5,2 millions d’euros, fruit d’une mobilisation inédite des Lyonnais, pour préserver l’emblème de la ville.
Elle veille sur Lyon depuis plus de 150 ans. Visible depuis l’autoroute, depuis l’est lyonnais, présente dans chaque plan aérien des médias nationaux dès qu’il s’agit de la capitale des Gaules. La basilique Notre-Dame de Fourvière, c’est, selon Philippe Castaing, président de la Fondation Fourvière, propriétaire et gestionnaire de la basilique (et plus globalement du site de Fourvière), bien plus qu’un monument religieux, "c'est un repère. Quand on arrive par l’autoroute, on voit Fourvière. Qu’on dise du bien ou du mal de Lyon à la télévision nationale, on fait un flash sur Lyon, qu’est-ce qu’on voit ? Le chevet de la basilique."
Ce repère menaçait de se fissurer, au sens propre du terme. Dès la deuxième semaine du mois de mars, un chantier de grande envergure s’apprête à transformer le sommet de la colline : les quatre tours de la basilique vont être entièrement rénovées, pour un budget de 5,2 millions d’euros et des travaux prévus jusqu’à fin 2027.

De l’eau dans les escaliers au diagnostic d’urgence
Tout a commencé par un détail : de l’eau qui ruisselait dans les escaliers des tours lors des visites. "Par temps de pluie, nous avions de l’eau qui ruisselait dans les escaliers empruntés par nos visiteurs" explique Philippe Castaing. Un diagnostic partiel est d’abord envisagé, deux tours seulement, par prudence budgétaire. Mais la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) et lapréfète du Rhône et de la région Auvergne-Rhône-Alpes Fabienne Buccio poussent la Fondation à aller plus loin : les quatre tours, et sans attendre.
La raison tient à une logique implacable, rappelée par la Fondation du patrimoine à la Fondation Fourvière : "Si vous attendez cinq ans, ce ne sera pas un million deux, ce sera peut-être dix millions d’euros. Il faut traiter le problème aujourd'hui."
Entre novembre 2023 et juillet 2024, un diagnostic complet est mené par ALEP Architectes, avec les bureaux d’études BE Associés et DEQUAES. Le verdict est sans appel : fissures, dégradation des joints, infiltrations d’eau, corrosion des éléments métalliques. Sur la tour sud-ouest, la situation est particulièrement critique. "Quand on avait fait la première tour, on prenait les morceaux à la main. C'était effrité. Et là, il y a des pierres qui commencent à tomber", explique Philippe Allart, l’architecte en charge du projet.

Une mécanique du XIXe siècle d’une finesse extraordinaire
Pour comprendre l’ampleur du chantier, il faut d’abord comprendre ce qu’est réellement ce bâtiment. L’architecte, qui travaille sur Fourvière depuis 2007, insiste : "C’est là où je disais que c’est une poésie. Ce bâtiment qui a l’air gros est d’une finesse extraordinaire. Quand on arrive en haut, les murs font moins de 40 centimètres. C’est une feuille de papier par rapport à la hauteur."
Conçue par Pierre Bossan, la basilique mêle pierre et charpente métallique héritée des techniques ferroviaires de l’époque, celles des grandes gares parisiennes. "En 1890, ils osaient. Ils faisaient un bâtiment de 45 mètres de haut, en pierre et métal, avec des matériaux encore assez nouveaux." Les travaux respecteront cet esprit : les parapets ajourés (les acrotères) seront réparés pierre par pierre puis protégés par des plombs. Les charpentes corrodées seront remplacées ou réparées. Les dalles de calcaire des terrasses seront traitées, avec remise en état du réseau de récupération des eaux pluviales, qui alimente jusqu’à l’arrosage des jardins du Rosaire (qui seront restaurés d'ici l'été 2027).
Lire aussi : Fourvière, le thésaurus suprême

"Un chantier artisanal, sur mesure"
Les matériaux modernes seront utilisés là où ils apportent une résistance accrue, notamment pour les métaux. Mais l’esprit du chantier reste résolument artisanal. "On ne peut pas faire du BTP, rajouter n’importe quoi. Ce sont des entreprises spécialisées". L’entreprise Comte, choisie pour la maçonnerie et la métallerie, dispose de son propre atelier. "On leur confie le métal parce qu’on sait qu’ils travaillent dans l’esprit du bâtiment", précise l’architecte.
Aux côtés des maçons travailleront des restauratrices de peintures murales, des sculpteurs, des spécialistes du vitrail (atelier Thomas Vitraux) et des charpentiers de la maison Henri Germain. Une quinzaine de personnes interviendront simultanément en hauteur. Les échafaudeurs de Tubesca-Comabi commenceront le montage des échafaudages dès la semaine prochaine, pour un à deux mois de mise en place complexe et spectaculaire.
Le chantier se déroulera en deux phases : les deux tours Ouest (Justice et Force) de mars 2026 à avril 2027, puis les deux tours Est (Prudence et Tempérance) d’avril à décembre 2027.
"Les Lyonnais se mobilisent pour quelque chose qui leur est cher, qu'ils soient catholiques ou pas"
Philippe Castaing, président de la Fondation Fourvière
Ce qui rend Fourvière singulière, c’est aussi son statut. "Le sanctuaire Notre-Dame de Fourvière est une propriété privée. Un sanctuaire de cette ampleur, propriété d’une fondation, propriété des Lyonnais, c'est unique, ça n’existe pas ailleurs en France" rappelle Philippe Castaing. Ni l’État, ni le diocèse, ni la Ville ne sont propriétaires. C’est la Fondation Fourvière qui assure la gestion, l’entretien et la transmission.
Cette singularité a une conséquence directe : le financement repose en grande partie sur la générosité publique. Deux campagnes de dons, en 2024 et 2025, ont mobilisé près de 3 000 donateurs lyonnais. Près de 200 000 euros ont été collectés lors de la seconde campagne. La Fondation du patrimoine a apporté une dotation exceptionnelle de 200 000 euros supplémentaires. La Région Auvergne-Rhône-Alpes a donné 1 million d'euros et la DRAC complètent le financement de ce chantier à 5,2 millions d’euros. "Fourvière mobilise, constate Philippe Castaing, ça peut être des petits dons, des plus grands dons, peu importe. Mais les Lyonnais se mobilisent pour quelque chose qui leur est cher, qu’on soit catholique ou pas, d’ailleurs."

Lire aussi : Pourquoi la basilique de Fourvière lance-t-elle une nouvelle levée de fonds ?
Transmettre
La Fondation insiste : ce chantier n’est pas seulement technique. Des dispositifs de médiation permettront au public de suivre l’avancement des travaux et de comprendre les métiers mobilisés. La basilique restera ouverte aux visiteurs et pèlerins pendant toute la durée du chantier.
"Notre boulot, c’est de préserver et de transmettre, résume Philippe Castaing. Pas uniquement restaurer les pierres, mais s’assurer qu’il y a de la transmission par l’histoire qu’on raconte." Une histoire qui remonte, sur ce site, bien au-delà de la basilique : les fouilles archéologiques ont révélé que la colline de Fourvière était au cœur de Lugdunum, la capitale romaine des Gaules.

