Comme chaque saison, l’Opéra célèbre le printemps et ses giboulées avec son fameux festival. On ne change pas une équipe qui gagne : trois opéras seront présentés simultanément, unis par un fil conducteur.
Le désormais traditionnel festival de l’Opéra de Lyon, proposé depuis maintenant un bon nombre d’années, est chaque saison l’occasion de confronter trois œuvres souvent éloignées d’un point de vue stylistique bien qu’unifiées par un thème commun.
C’est cette année la beauté qui fera office de fil conducteur et autant dire qu’avec un tel référent, on peut se permettre bien des libertés et balayer large.
On n’a pourtant ici pas droit à certains “grands écarts” auxquels s’est livré certaines années l’Opéra avec une œuvre baroque, une autre contemporaine et un “tube” archiconnu pour parfaire le tout. Ça n’est au contraire qu’un peu plus d’un siècle qui se voit ici balayé mais attention, les surprises résident dans les détails.
Car cette Traviata – augmentée d’un “sous-titre” malicieux : Vous méritez un avenir meilleur – est en réalité une complète relecture de l’œuvre de Verdi. Une œuvre phare appartenant à la trilogie, dite “populaire” du compositeur, et empreinte de critique sociale.
Inspiré de La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas (fils), La Traviata, en dressant un portrait au vitriol de la bourgeoisie, se heurte à la censure de son temps qui transpose l’action 150 ans dans le passé pour en adoucir la charge critique, au grand dam de Verdi.
La fine équipe qui se saisit ici de ce sujet sensible (et d’une œuvre couronnée de succès) transforme l’opéra en trois actes en un exercice qui appartient davantage au théâtre musical.
On retrouve l’audacieux Benjamin Lazar à la mise en scène ainsi qu’à la conception qui résulte d’un travail d’équipe avec Florent Hubert lequel, avec le concours du compositeur Paul Escobar, réinvente la partition à l’aide d’arrangements réalisés pour une formation de chambre mêlant musiciens classiques et jazz, allant jusqu’à y intégrer une tarentelle italienne. C’est la comédienne Judith Chemla, assurant le rôle de Violetta, qui constitue le dernier jalon de cette adaptation facétieuse produite par les Bouffes du Nord.
Unhappy ends
Avec Billy Budd de Benjamin Britten, on fait un petit bond dans le temps pour traiter du concept d’injustice à travers l’histoire d’un jeune homme beau et pur, matelot victime innocente et idéale de tous les complots, ne sachant pas se défendre du fait du bégaiement qui se déclenche chez lui dès qu’une situation le met en état de stress.
Œuvre rare ayant bénéficié de très peu de mises en scène, Billy Budd a pour particularité de n’être chanté que par des voix d’hommes, chœurs et maîtrise compris. Cette nouvelle production de l’Opéra de Lyon bénéficiera de la direction de Finnegan Downie Dear ainsi que de la mise en scène de Richard Brunel.
Associé à ces deux “découvertes”, le troisième spectacle, Manon Lescaut de Giacomo Puccini, fait office de plat de résistance. Tout comme Manon de Jules Massenet créé une décennie auparavant – dont l’Italien, encore jeune, livre un “remake” comme pour se positionner fermement en tant que compositeur lyrique de premier plan –, l’œuvre est une adaptation du roman de l’abbé Prévost, Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut (1731-1753).
Pas moins de cinq co-librettistes collaboreront au livret rédigé sous la houlette de Puccini et son éditeur Ricordi.
Contrairement à Massenet qui fait du personnage principal une “Parisienne” élégante et raffinée, Puccini opte pour une héroïne tourmentée, traversée par des passions ardentes. Confrontée à des choix contradictoires (vie de bohème et passion avec le chevalier des Grieux vs confort et luxe avec Géronte), ses hésitations lui seront fatales quand la brutalité d’un système patriarcal s’abattra sur elle et le chevalier.
Côté partition, Puccini – dont c’est le troisième opéra seulement – franchit un cap aussi bien par la variété des affects contenus dans les airs que par sa maîtrise orchestrale et harmonique qui multiplie les chromatismes au point qu’on l’accusera de wagnérisme.
Quinze ans après la mise en scène de Lluís Pasqual placée sous la direction de Kazushi Ōno, on trouvera ici un casting 100 % italien avec Sesto Quatrini à la direction, Emma Dante à la mise en scène et Chiara Isotton dans le rôle-titre.
Festival d’opéras – Du 20 mars au 7 avril à l’opéra de Lyon et au TNP de Villeurbanne
