Eric Lafond, candidat Grand Coeur lyonnais aux élections métropolitaines, est l'invité de 6 minutes chrono / Lyon Capitale.
Eric Lafond, l'un des cinq secrétaires généraux en charge du programme municipal de Jean-Michel Aulas, candidat Coeur lyonnais, revient sur les nouvelles mesures portées par l'ancien président de l'OL et leur chiffrage. "Il y a des marges de manœuvre pour faire mieux que ce qui est fait aujourd’hui et les mesures annoncées sont aussi la conséquence d’arbitrages qui sont faits et surtout d’investissements qui seront mieux réalisés. L’équipe municipale actuelle a dépensé beaucoup d’argent en investissements de façon non efficace et non pertinente", juge ce soutien de Jean-Michel Aulas.
Eric Lafond, candidat Grand Coeur lyonnais aux élections métropolitaines dans la circonscription Lyon-Est, évoque aussi les compétences sociales de la Métropole de Lyon et s'interroge sur la pertinence du RSJ, défendu sur le plateau de 6 minutes chrono par Marie-Charlotte Garin : "3 000 jeunes sur cinq ans, c’est très bien pour les 3 000 concernés, mais ce n’est pas du tout à la hauteur des enjeux sur le territoire". "EELV en a fait un totem électoral sans évaluation. Il n’y a aucune évaluation publique de l’impact de ce dispositif. La seule évaluation que l’on trouve est un article de la Fondation Jean-Jaurès écrit par Antoine Dulin, membre du cabinet de Bruno Bernard. Être juge et partie dans l’évaluation des dispositifs publics est gênant. Je crois que ce dispositif ne fonctionne pas. Il faut l’admettre et se dire que l’on va essayer de faire autre chose. Il fonctionne d’autant moins qu’à l’échelle de la métropole, le taux de pauvreté des 18-25 ans est de 22,6 %, soit 49 000 jeunes en situation de pauvreté", développe-t-il.
La retranscription intégrale de l'entretien avec Eric Lafond
Bonjour à tous et bienvenue. Vous regardez “6 minutes chrono”, le rendez-vous quotidien de la rédaction de Lyon Capitale. Aujourd’hui, nous sommes avec Eric Lafond. Vous êtes candidat aux élections métropolitaines sur les listes Grand Cœur Lyonnais, les listes de Véronique Sarselli soutenues par Jean-Michel Aulas. Jean-Michel Aulas, dont vous êtes aussi le co-secrétaire général en charge du projet qui a été présenté vendredi dernier. Ce qui était assez intéressant, c’est qu’il y avait un chiffrage en face des mesures et c’est quand même une des grandes questions que l’on se pose. Par exemple, Grégory Doucet, dans une vidéo sur les réseaux sociaux, a chiffré les mesures de gratuité ou les annonces de Jean-Michel Aulas à plus de 110 millions d’euros. Comment comptez-vous les financer, toutes ces mesures, notamment de gratuité, qui peuvent coûter très cher, sans augmenter les impôts ? Finalement, avez-vous trouvé de l’argent magique ou y a-t-il un mensonge quelque part ?
Cela fait partie des polémiques habituelles des campagnes. En l’occurrence, je regrette, en tant qu’habitant de Lyon, que le maire de Lyon ne prenne pas un peu de hauteur et se complaise dans une position un peu méprisante à l’égard des autres candidats. Les petites vidéos avec la craie, etc., je trouve que ce n’est pas un bon message et que ce n’est pas quelque chose qui contribue à ce que la démocratie soit apaisée.
Sur le fond, ce que nous avons travaillé et ce que dit Jean-Michel Aulas depuis le début, c’est que, un, nous travaillerons sans hausse de la fiscalité ; deux, nous travaillerons à budget constant. Je rappelle quand même que le budget de la ville, c’est plus d’un milliard d’euros. Donc il y a des marges de manœuvre pour faire mieux que ce qui est fait aujourd’hui et les mesures annoncées sont aussi la conséquence d’arbitrages qui sont faits et surtout d’investissements qui seront mieux réalisés. L’équipe municipale actuelle a dépensé beaucoup d’argent en investissements de façon non efficace et non pertinente. J’évoquais vendredi en conférence de presse l’exemple des cours d’école végétalisées où, au final, on a dépensé beaucoup d’argent pour végétaliser peu de cours d’école et adapter assez peu d’écoles au réchauffement climatique et aux prochaines canicules à venir. Donc nous savons que nous sommes en capacité de faire bien mieux en termes de répartition des investissements et du budget de fonctionnement. Mais nous travaillerons à budget constant. Il y a aussi un enjeu de sens. On voit bien qu’une partie du personnel municipal a perdu le sens de la mission parce que le message politique n’est pas clair, il est confus. Nous savons aussi qu’en remettant du sens, en redonnant le goût du service public, nous améliorerons significativement les services de la ville.
Vous parliez aussi de recettes nouvelles, notamment par rapport aux droits de mutation sur le marché de l’immobilier, qui regagnerait un peu de vigueur. Peut-on faire un budget rigoureux en pariant sur des recettes à venir ? Moi, je sais que je le fais souvent et si vous demandiez à mon banquier, il vous dirait que cela ne marche pas forcément.
Si j’étais un peu mauvaise langue, je dirais que c’est ce que l’État fait depuis 50 ans, et cela ne marche pas très bien non plus. Plus sérieusement, Jean-Michel Aulas a démontré dans son parcours entrepreneurial qu’il savait gérer l’argent. D’autre part, il y a dans cette liste un nombre de compétences issues notamment de la société civile qui savent construire des budgets et être rigoureuses sur ces questions-là. Dire que nous avons des objectifs en matière d’attractivité touristique, en matière de construction de logements, aujourd’hui, c’est raisonnable, tant peu a été fait sur le sujet et tant la stratégie de recroquevillement pratiquée par EELV pendant six ans a abouti à ce que non seulement beaucoup de touristes ne viennent plus, mais surtout que l’on ne construise plus de logements. Nous sommes dans une situation catastrophique de ce point de vue-là. Dire que l’on va remettre en capacité de construire sur le territoire, nous n’avons pas promis 200 000 logements dans deux ans. Ce que nous avons promis est raisonnable et permettra d’avoir des recettes additionnelles. C’est une approche très modérée.
Il y a une mesure d’économie sur laquelle je voulais revenir assez rapidement avant d’avancer sur les compétences métropolitaines et sociales. Je voulais revenir avec vous sur une économie sur le budget de propreté. Pensez-vous pouvoir faire des économies en déléguant aux citoyens ou aux riverains d’une rue le nettoyage de leur rue ? Pensez-vous vraiment que cela puisse fonctionner ?
D’abord, c’est une compétence de la métropole. Je rappelle que la propreté relève de la métropole. Ce que nous disons aujourd’hui, c’est que nous allons décentraliser cette compétence. Le personnel restera métropolitain. En revanche, le pilotage sera à l’échelle des arrondissements, notamment par les adjoints de quartier et d’arrondissement, qui auront ce regard, à l’appui certainement des conseils de quartier et des associations qui se préoccupent de cette question. La propreté étant l’affaire de tous, nous mobiliserons ou récompenserons les associations qui se mobilisent dans des opérations de type “Nettoie ma rue”. Ce n’est pas tant une question d’économie budgétaire. Sur la partie décentralisation, nous serons plus efficaces. La partie mobilisation consiste à dire que l’écologie est l’affaire de tous, parce que la propreté, c’est de l’écologie. Comme je l’évoquais en conférence de presse, nous rejetons énormément de déchets dans le Rhône et la Saône. Tous ces déchets, ce sont ceux qui sont par terre dans la rue et qui, lors des grandes pluies, débordent et sont reversés par des déversoirs dans les fleuves.
Sur la métropole, l’élection à laquelle vous êtes candidat, l’une des plus grosses enveloppes budgétaires concerne les dépenses sociales. On en parle beaucoup moins que des grands projets d’urbanisme. La majorité sortante revendique son bilan avec une certaine fierté, notamment sur le RSJ, le revenu de solidarité jeunesse. Vous, est-ce une mesure que vous voulez stopper ?
J’étais un peu embarrassé. Vous avez reçu Marie-Charlotte Garin la semaine dernière sur ce sujet. Embarrassé parce que soit elle a été mal informée par les équipes de la métropole, soit elle ne souhaitait pas donner des informations justes, mais son propos était erroné dans son ensemble. Sur le RSJ, je rappelle que la métropole avait prévu 10 millions d’euros de budget au départ pour cette mesure, qui fait totalement doublon avec une mesure de l’État qui s’appelait la Garantie jeunes auparavant et qui s’appelle aujourd’hui le Contrat d’engagement jeune. Quand on regarde les chiffres, la métropole n’est pas très transparente. On en trouve néanmoins. Le rapport “Transition et résilience” donne des chiffres : en cinq ans, 3 160 jeunes ont bénéficié du RSJ. En parallèle, le Contrat d’engagement jeune mis en place par l’État en a accompagné 15 000. L’impact est donc très limité. C’est exactement le même dispositif. EELV en a fait un totem électoral sans évaluation. Il n’y a aucune évaluation publique de l’impact de ce dispositif. La seule évaluation que l’on trouve est un article de la Fondation Jean-Jaurès écrit par Antoine Dulin, membre du cabinet de Bruno Bernard. Être juge et partie dans l’évaluation des dispositifs publics est gênant. Je crois que ce dispositif ne fonctionne pas. Il faut l’admettre et se dire que l’on va essayer de faire autre chose. Il fonctionne d’autant moins qu’à l’échelle de la métropole, le taux de pauvreté des 18-25 ans est de 22,6 %, soit 49 000 jeunes en situation de pauvreté.
Et vous, comment les aidez-vous ? J’ai compris ce que vous ne voulez pas faire, mais que voulez-vous faire ?
Je vais laisser la primeur du propos à Véronique Sarselli, qui doit faire une conférence de presse sur le projet métropolitain. Je lui laisse la légitimité d’annoncer les mesures qu’elle proposera. Ce sera une priorité forte que d’aider ces jeunes en situation de pauvreté et de trouver des dispositifs qui fonctionnent. Je trouve que le manque de transparence sur ces dispositifs publics est problématique. Ce n’est pas grave d’avoir essayé quelque chose, d’avoir expérimenté. Il faut aussi dire : cela ne marche pas, donc on arrête et on fait autrement, plutôt que de s’entêter et d’en faire un totem électoral en disant que l’on s’occupe des jeunes. 3 000 jeunes sur cinq ans, c’est très bien pour les 3 000 concernés, mais ce n’est pas du tout à la hauteur des enjeux sur le territoire.
