Débat municipal à Lyon : rénovation des écoles, gratuité, périscolaire… Les listes Aulas et Doucet confrontent leurs projets éducation.
Jusqu'au premier tour des élections municipales et métropolitaines, Lyon Capitale vous proposera des débats sur les grands enjeux de ces deux scrutins pour vous permettre de vous forger un avis et de prendre connaissance des différentes propositions portées par les candidats ou leurs soutiens.
Ce débat sur l'éducation, premier poste budgétaire de la Ville de Lyon, s'articule autour de trois thèmes : comment garantir de bonnes conditions d'accueil des écoliers lyonnais, la gratuité de la cantine ou des fournitures scolaires et l'offre périscolaire. Il confronte les visions sur le sujet de Stéphanie Léger, adjointe sortante socialiste à l’éducation, et de Charles-Franck Lévy, qui a supervisé les propositions de Jean-Michel Aulas en matière d'éducation.
La retranscription intégrale du débat entre Stéphanie Léger et Charles-Franck Lévy
Bonjour à tous et bienvenue, Lyon Capitale vous propose un quatrième débat autour des élections municipales et métropolitaines. Aujourd’hui, il va être question d’éducation et de l’échelon municipal, la ville de Lyon. Nous allons consacrer ce débat à l’éducation, qui reste la première compétence et la première enveloppe budgétaire de la Ville de Lyon. Pour situer le débat, la Ville de Lyon est responsable des murs, des écoles et de tout ce qui va tourner autour du temps scolaire : pas le temps en lui-même, mais le périscolaire, la cantine. Ce sera au cœur de ce débat, où nous accueillons Stéphanie Léger : vous êtes adjointe sortante socialiste à l’éducation. Et en face de vous, Charles-Franck Lévy. Vous êtes candidat sur la liste Cœur Lyonnais et chargé de ces questions sur l’éducation sur la liste de Jean-Michel Aulas. Vous, Stéphanie Léger, la liste Grégory Doucet.
On va commencer ce débat en revenant sur ce qui aura été la plus grosse enveloppe du plan de mandat de la majorité sortante : cela concerne les murs, comment garantir aux enfants de pouvoir étudier dans de bonnes conditions. 340 millions, 350 millions ont été investis sur le mandat. Stéphanie Léger, est-ce que vous considérez qu’après avoir autant investi sur la rénovation des écoles, il reste finalement la même chose à faire ? On en est où sur l’état patrimonial de nos écoles lyonnaises ?
Stéphanie Léger : Je crois que vous l’avez bien dit : il s’agit effectivement de garantir de bonnes conditions d’apprentissage, mais aussi de bonnes conditions de travail aux professionnels éducatifs. C’est pour cela qu’on a décidé de mobiliser énormément de moyens, le premier budget d’investissement de la Ville de Lyon, sur l’entretien, la rénovation et la construction d’écoles. Pourquoi ? Parce qu’on a fait un diagnostic lorsqu’on est arrivés en responsabilité et, effectivement, une centaine d’écoles présentaient notamment, par exemple, des situations considérées comme des passoires thermiques, ou des problèmes de chaleur, ou des problèmes de température l’hiver. Donc nous avons commencé à entreprendre et nous avons décidé d’investir 354 millions, à la fois sur l’entretien, parce qu’il fallait quand même beaucoup entretenir ces écoles, elles ne l’ont pas été suffisamment les années précédentes, et puis bien sûr les rénover et construire de nouvelles écoles. La rénovation, en quoi consiste-t-elle ? Il s’agit d’abord de penser à la fois la rénovation énergétique, la rénovation thermique, mais également la question de l’accessibilité, pour que les écoles soient accessibles à tous les enfants porteurs de handicap. Il y avait également la question des toilettes : aujourd’hui, les toilettes sont souvent des sujets qui remontent par les enfants et par les parents. Nous avons donc rénové pas mal de toilettes dans les cours et dans les écoles. La question aussi des cours végétalisées : nous avons réaménagé, nous avons aménagé ce qu’on appelle des cours nature, qui répondent à la fois à des enjeux de chaleur estivale, mais également à des enjeux d’organisation de la récréation. Il y a également la sécurisation des écoles. Tout cela, nous l’avons mené. C’est à peu près un tiers des écoles qui ont bénéficié de rénovations et nous allons continuer. Nous avons l’ambition, sur le prochain mandat, d’aller jusqu’à deux tiers des écoles, parce que nous considérons que nous aurons besoin de plusieurs mandats pour rénover l’ensemble des écoles. C’est vraiment indispensable, notamment pour la question thermique estivale où l’on s’aperçoit qu’effectivement, dans les écoles, il fait trop chaud.
Charles-Franck Lévy, quel bilan faites-vous de la majorité qui a mené justement ces rénovations d’écoles, qui a parlé d’une dette patrimoniale ? Vous étiez élu dans la majorité sous la mandature de Gérard Collomb. Cette dette patrimoniale, vous la contestez ? Et comment qualifieriez-vous aujourd’hui l’état des écoles lyonnaises ?
Charles-Franck Lévy : Il y a eu beaucoup de communication autour d’une soi-disant dette patrimoniale, où notamment les élus socialistes participaient, notamment à l’exécutif au sein de Gérard Collomb. Donc on ne va pas forcément rentrer là-dedans. Entre les engagements affichés et les engagements tenus, il y a une marge, il y a un écart : on est grosso modo plutôt sur une enveloppe de 20 à 25 millions d’euros par an sur le mandat qui a été affectée sur les travaux.
Ça voudrait dire 120 millions au lieu des 354 ?
Charles-Franck Lévy : On est sur une enveloppe bien moindre : entre ce qui est engagé et ce qui est fait, il y a une différence entre ce qui est affiché et ce qui est réalisé. Et on sait très bien qu’il y a un certain nombre d’écoles, de groupes scolaires, mais même de bâtiments publics en général, pas forcément les écoles, qui ont besoin d’être rénovés, de prendre en compte la question du handicap, la question de l’accessibilité. On avait encore un certain nombre d’écoles qui datent de Jules Ferry, voire même d’années antérieures. Donc forcément, à cette époque-là, la question des escaliers, la question des ascenseurs pour les personnes à mobilité réduite… Il faudra se poser la question, demain, peut-être, de la climatisation de certains groupes scolaires, parce qu’on sait qu’il y a un certain nombre d’enfants, avec les périodes que nous vivons, notamment fin du printemps, début d’été… Je ne vais pas revenir sur la période du mois de mai et juin derniers, mais ça a été extrêmement dur pour les enfants, pour les équipes pédagogiques. Donc, en effet, il faut engager ces travaux-là et nous poursuivrons cette logique-là.
Et à quelle hauteur ?
On va voir aussi par rapport à l’audit budgétaire qui sera demandé. Mais il faudra rentrer, y compris lorsque la PPI, le plan prévisionnel d’investissement, sera réalisé en début de mandat, en fonction des priorités qui seront remontées, aussi bien de la part des parents d’élèves, que des services, que de l’Éducation nationale, parce qu’il s’agit de travailler, de faire travailler tout le monde ensemble. Il faudra être, au minimum, sur une enveloppe de 35 à 40 millions d’euros par an.
Stéphanie Léger : Écoutez : déjà, cinq nouvelles écoles à 15-20 millions, dont l’école Kennedy, qui aujourd’hui accueille les enseignants et lundi accueillera les élèves, inaugurée à deux semaines des élections. Donc je suis quand même étonnée, monsieur Lévy, que vous l’ayez quand même mise dans le programme Cœur Lyonnais, l’école Kennedy. Elle a été lancée dans le précédent mandat.
Charles-Franck Lévy : Non, elle n’a pas été lancée dans le précédent mandat. L’îlot Kennedy a été réfléchi.
Stéphanie Léger : C’est déjà différent : il y a l’école Kennedy et l’îlot Kennedy.
Charles-Franck Lévy : L’école Kennedy, on l’avait dans le précédent mandat.
Stéphanie Léger : Mais après, que l’école soit livrée, c’est très bien, c’est une autre chose. Tout a été pensé, réfléchi, travaillé sur cette école pendant le mandat, et nous la livrons pendant le mandat. Elle ne vous sera pas attribuée, monsieur Lévy : elle est sur un autre mandat. Ce qui veut dire qu’aujourd’hui, on a plusieurs écoles. Donc on a cinq écoles entre 15 et 20 millions. Donc déjà, voilà. Et puis on a des très, très grosses rénovations, parce qu’aujourd’hui, rénover énergétiquement une école, c’est minimum 2, 3, 4 millions, et nous en avons fait presque une trentaine. Donc on n’est pas du tout sur ces chiffres. Aujourd’hui, la PPI, donc les investissements sur les bâtiments scolaires, sont engagés ou dépensés à 70 %.
Charles-Franck Lévy : L’engager et le réaliser, ce sont deux choses différentes. Moi, je ne suis pas du tout dans l’optique de dire : avant, c’était bien, après, etc. Il y a un certain nombre d’engagements et d’investissements qui sont faits dans les écoles. On a voté pour l’école Kennedy, forcément : c’était notre projet, donc on l’a approuvé, et c’est une très bonne chose que l’école soit livrée. Mais finalement, la différence entre votre mandat et le nôtre, c’est que vous, vous avez fermé 93 classes durant votre mandat, tandis que nous, on crée des groupes scolaires. Donc forcément, la dynamique n’est pas la même et les répartitions de crédits ne sont pas les mêmes. Vous avez fermé 93 classes durant ce mandat. Certes, il y a probablement des problématiques nationales, locales, etc. Mais on a constaté, sous votre mandat, une baisse d’attractivité de l’école publique. Et ça, 93 classes qui ont fermé, on est bien d’accord sur ce chiffre.
Stéphanie Léger : Ça ne veut pas dire que ça manque d’attractivité, monsieur Lévy. Quand vous connaissez les conditions de la baisse de la natalité en France, toutes les écoles, toutes les villes sont concernées aujourd’hui. Aujourd’hui, les moyens que la Ville de Lyon met sur les écoles, que ce soit en termes d’investissement, mais aussi en termes de fonctionnement, font qu’aujourd’hui, lorsqu’on végétalise une cour, comme vous le savez très bien, par exemple la cour de l’école Péguy ou de Giono dans votre arrondissement, les gens sont très contents. Les professionnels sont ravis, à la fois des conditions de travail et des conditions de vie des enfants. Ça a apaisé, par exemple, le climat scolaire pendant les récréations. Lorsqu’on va discuter avec monsieur Grégory Doucet, le maire, la veille de la rentrée en 2025, on rencontre des enseignantes qui nous disent : « À l’école Diderot, il fait chaud à l’extérieur, il fait bon à l’intérieur. » Elles nous disent bien sûr que c’est vraiment un atout lorsqu’elles vont recevoir leurs 25 élèves par classe, que c’est bien sûr un atout pour les écoles d’avoir ces rénovations énergétiques. Et c’est, bien sûr, nous qui les avons mises en place. Nous avons encore ouvert des écoles. Effectivement, il y a une baisse démographique sur laquelle toutes les collectivités sont impactées, mais nous travaillons dessus et nous faisons des prévisions avec l’Éducation nationale, puisque nous travaillons en partenariat avec l’Éducation nationale sur ce sujet-là.
Charles-Franck Lévy : Oui, mais c’est la loi. Vous avez fermé 93 classes durant ce mandat. Vous parlez de la végétalisation des cours d’école : pareil, nous avions approuvé ce mandat-là, mais on peut aussi se poser un certain nombre de questions. Vous parlez de l’école Péguy, de l’école Giono. Quand on met 900 000 euros dans la végétalisation d’une cour d’école, mais qu’en même temps on diminue les crédits sur l’aide à la scolarité, qu’on diminue les crédits sur l’accompagnement scolaire des enfants, quand on diminue le nombre d’ambassadeurs du livre, même s’il fallait en effet végétaliser un certain nombre d’écoles, on savait très bien qu’on n’était pas non plus obligés de débitumer, ce qui a coûté le plus cher, pour finalement arriver au même résultat. Donc ce sont des points particulièrement importants. Durant ce mandat-ci, il n’y a pas eu une seule conférence des maires sur les questions de transition CM2-6e. Il n’y a pas eu une seule conférence des maires, en lien avec la Métropole et la Ville de Lyon, sur les questions éducatives. Travailler sur les conditions de travail des enfants dans les écoles et autres…
Stéphanie Léger : C’est inexact, ce que vous dites. Nous avons une conférence des maires avec la Métropole.
On ne va pas rentrer dans un débat de techniciens, mais j’avais une question. Charles-Franck Lévy, vous êtes un tout petit peu en retard sur le temps de parole. Avant de basculer sur un deuxième thème, vous : comment garantissez-vous, puisqu’on a compris dans ce que Stéphanie Léger nous a expliqué sur ce qui a été entrepris comme travaux, notamment de rénovation thermique, vous : comment comptez-vous garantir aux enfants lyonnais de pouvoir étudier en mai, en juin, comme vous l’expliquez, quand il y a des périodes de forte chaleur ? Le recours à la climatisation…
Charles-Franck Lévy : Je pense que, dans certains cas, le recours à la climatisation, bien sûr, avec toutes les règles de sécurité sanitaire et autres traitées, c’est une question qu’on ne doit pas s’interdire de traiter. Parce qu’on sait qu’il y a un certain nombre de groupes scolaires où on ne peut pas aller au-delà. Donc il faudra bien traiter cette question-là. Mais comme je vous l’ai dit, il y aura une enveloppe dédiée sur ces questions-là, aussi bien de végétalisation des cours d’école, aussi bien de travail sur les fenêtres, d’actions menées pour faire baisser la température dans les groupes scolaires. Ça sera fait en toute transparence. Moi, je ne peux pas comprendre que, par exemple, au dernier budget participatif, il y ait des enveloppes qui ont été faites sur la question du traitement des fenêtres dans les écoles. Ce n’est pas concevable. Donc il faut travailler en transparence avec l’Éducation nationale, avec les parents d’élèves, avec la communauté éducative dans son ensemble, pour arriver à un plan d’investissement sur le mandat et une évaluation. On s’est engagés à mettre en place un City Score sur l’évaluation des politiques publiques. Ce point-là en fera partie.
On va maintenant basculer sur le deuxième thème, qui s’est invité dans la campagne à peu près en même temps, puisque vos deux listes ont proposé des mesures de gratuité. Sur un périmètre totalement différent : pour Charles-Franck Lévy et Jean-Michel Aulas, on est sur la gratuité de la cantine et du périscolaire. Pour vous, Stéphanie Léger, on est sur la gratuité des fournitures scolaires. Pourquoi les fournitures scolaires, et pourquoi seulement les fournitures scolaires, si on compare par rapport à l’autre liste ?
Stéphanie Léger : Parce que les fournitures scolaires représentent un vrai poids financier pour les familles à la rentrée. On sait que c’est à la fois un poids financier, mais aussi une charge mentale. Qui s’en occupe ? On distribue. Les enseignants distribuent les listes souvent à la fin de l’école au mois de juin ou à la rentrée. Donc, pour certaines familles, ça impacte à la fois la période estivale et la rentrée. Il y a un poids financier, et puis il faut se déplacer dans les commerces pour s’approvisionner en fournitures scolaires. Nous, la Ville de Lyon, on finance déjà une grosse partie des fournitures scolaires, puisqu’on prend en charge environ une dizaine de cahiers, des feutres, des stylos, des crayons à papier, des règles, etc. Il s’agit d’aller chercher effectivement ces listes complémentaires, qui correspondent à des demandes particulières, tout en respectant la liberté pédagogique des enseignants. Donc ça, c’est un vrai dialogue avec l’Éducation nationale. Ça se fait dans d’autres villes. On peut tout à fait le mettre en place. Et comme ça, effectivement, ça garantit une égalité de traitement parce qu’effectivement, on demande à un enfant d’une famille défavorisée et à un enfant d’une famille favorisée les mêmes fournitures scolaires. Donc là, il va y avoir un traitement égalitaire entre les enfants sur la question des fournitures scolaires et certainement beaucoup moins de charge mentale pour les parents à cette rentrée-là.
Charles-Franck Lévy : la cantine, le périscolaire, on n’est pas du tout sur les mêmes ordres budgétaires. Pourquoi avoir fait ce choix-là de rendre ce service public, qui est déjà largement subventionné, puisque, en gros, une famille ne paie même pas la moitié, même pour les familles aux plus gros coefficients familiaux, la moitié du prix du repas ?
Charles-Franck Lévy : C’est tout simplement une mesure de justice sociale. Parce qu’on sait qu’il y a un certain nombre de familles, notamment les plus défavorisées de notre ville, qui peuvent être à 10, 20 ou 30 euros par mois près. Donc c’est un choix extrêmement important de favoriser déjà un plus grand accès à la restauration scolaire, de libérer un certain nombre de pouvoir d’achat pour les familles. C’est la volonté d’investir dans la jeunesse et dans l’éducation. Nous, on croit par exemple en la liberté pédagogique. On sait, par exemple, que durant ce mandat, les moyens accordés aux écoles en termes de fonctionnement ont très peu évolué. Je crois que ça a évolué un tout petit peu il y a deux ans. Moi, je trouve que la proposition de la liste de Grégory Doucet est illusoire, parce qu’on sait très bien que, sur les 208 écoles de la Ville de Lyon, il n’y en a pas une qui a la même liste de fournitures scolaires, parce qu’il y a des projets différents, parce qu’il y a des envies différentes. Donc croire qu’on va uniformiser au niveau de la ville, ce n’est pas vrai. Vous ne le verrez pas, mais les commandes et les demandes de matériel pour chacune des écoles, pour chacun des parents, diffèrent. Donc forcément, cela ne résoudra rien. On a fait ce choix sur le périscolaire, parce qu’on est aussi persuadés que le périscolaire…
On y reviendra juste après, sur le périscolaire.
Charles-Franck Lévy : Oui, mais la continuité du périscolaire, c’est un petit peu lié. Il nous semble qu’il faut continuer à travailler sur les questions de circuits courts au niveau de la restauration scolaire, qu’il faut renforcer la qualité des produits et de l’alimentation des enfants. Cette qualité, cette alimentation, elle est démocratisée. On sait qu’on a un certain nombre d’écoles aujourd’hui où vous avez plus de 90 % des enfants qui mangent à la cantine. Il s’agit tout simplement de libérer une part de pouvoir d’achat pour les plus défavorisés de notre ville.
Stéphanie Léger, sur la gratuité des cantines, c’est une mesure que vous avez qualifiée d’infinançable. Qu’est-ce que vous avez envie, du coup, de dire à Charles-Franck Lévy ?
Stéphanie Léger : Effectivement, aujourd’hui, le périscolaire est financé à la fois par des recettes familiales, par des recettes de la CAF, et par la Ville de Lyon. C’est aujourd’hui une somme qui est quand même très, très importante. Il serait dommage de se priver de ces recettes-là, justement, alors que c’est un service où, comme monsieur Lévy l’a dit, les inscriptions sont à 90 % : 91 % des enfants sont inscrits sur la pause méridienne, à la cantine. C’est-à-dire qu’on a 9 enfants sur 10 aujourd’hui qui sont inscrits sur la pause méridienne. Je ne crois pas qu’effectivement il y ait un frein sur la fréquentation. En tout cas, le frein n’est pas que tarifaire. Aujourd’hui, on a 800, 900 enfants qui bénéficient de l’aide d’intégration scolaire, qui est prise en charge par le CCAS. On a à peu près 8 000 enfants dont la famille paie moins d’un euro par jour la pause méridienne. Et la pause méridienne, je le rappelle, ce n’est pas seulement le repas, c’est aussi une heure d’activité. Et on a à peu près 10 000 enfants qui aujourd’hui paient moins de 2 euros. C’est-à-dire qu’on a un tiers des enfants qui ont des tarifs considérés comme des tarifs sociaux vraiment intéressants. Et je le rappelle : malgré l’augmentation de la qualité et de la qualité alimentaire de nos repas, nous n’avons pas augmenté les tarifs pendant ce mandat-là. Donc nous, nous préférons conserver ces recettes, justement pour travailler la question de la qualité alimentaire : des repas plus simples, plus de saison, au goût. Et puis c’est très bien que vous en parliez, puisque nous avons créé cette filière agricole locale, dans un périmètre d’à peu près 200 kilomètres, où la commande publique de la Ville de Lyon est devenue vraiment une source à la fois de chiffre d’affaires, mais d’emploi aussi pour eux, ou d’équipement de matériel. Donc on le sait : on travaille cette question avec la Chambre d’agriculture et les organisations syndicales au niveau départemental. Et on voit que la Ville de Lyon a participé, la commande publique de la Ville de Lyon a participé, à créer une véritable filière agricole autour de Lyon sur la question de l’alimentation bio et locale.
Et vous pensez pouvoir faire aussi bien avec moins, finalement, puisqu’il y aurait moins de budget, puisque moins de recettes ?
Charles-Franck Lévy : Il n’y aura pas forcément moins de budget. Il y a des priorités complètement différentes.
Stéphanie Léger : Ce n’est pas moins de budget, c’est moins de recettes.
Charles-Franck Lévy : Il y a moins de recettes. C’est au niveau du budget de la ville une répartition complètement différente. On a bien vu aujourd’hui qu’un certain nombre d’investissements faits par la ville ont été largement superflus. Je ne vais pas revenir sur Bellecour, je ne vais pas revenir sur la Villa Lumière, et des choses comme ça. On a bien vu que la Ville de Lyon a engagé un certain nombre de millions d’euros dans des investissements qui ne sont pas appréciés par les Lyonnais. Il s’agit simplement de revenir sur des mesures de bon sens. Aujourd’hui, une famille qui est au niveau 1 d’aide de la CAF pour les aides, le minimum social, il est de 196 euros pour une maman seule avec un enfant. Est-ce qu’on trouve normal que cette somme-là, donnée par la CAF, soit du coup réinvestie pour des familles les plus défavorisées, soit réinjectée au sein de la Ville de Lyon sur la question de la restauration ? Il s’agit d’une mesure d’équilibre social, de justice sociale, afin d’aider les plus défavorisés de notre ville, et on en a besoin. On est en campagne électorale. On a rencontré un certain nombre de parents, en quartiers prioritaires ou autres quartiers. Vous allez sur Mermoz, à La Duchère : il n’y en a pas un qui vous critique sur la question de la gratuité de la cantine. Ça répond à une demande. La question du périscolaire, pour moi, elle est aussi liée. On sait aujourd’hui que ce sont des services de qualité qu’on veut démocratiser et qu’on veut faciliter, notamment pour les plus défavorisés.
Stéphanie Léger : En six ans de mandat, effectivement, la gratuité de la cantine n’a jamais été évoquée par les parents. D’autres priorités ont été demandées. Je rappelle qu’aujourd’hui, il me semble normal de faire participer les parents et les familles en fonction de leurs revenus. C’est ce qui nous permet aussi une bonne gestion, une gestion plus saine de la Ville de Lyon, en faisant participer de façon très progressive, et surtout avec une tarification sociale, les familles les plus défavorisées. Ça, quel que soit le temps périscolaire : que ce soit la pause méridienne, mais aussi le temps du soir, le mercredi matin.
On va basculer maintenant sur le troisième thème : le périscolaire hors cantine. Charles-Franck Lévy, vous avez annoncé la gratuité, mais globalement, sur le périscolaire, il n’y a pas eu une évolution majeure de l’offre. Notamment, il n’y a pas eu d’annonce concernant la journée du mercredi, ce qui, par exemple, a été le cas de la liste de Stéphanie Léger, on en parlera tout à l’heure. Quelles sont vos réflexions en cours ou à venir, justement, sur le temps périscolaire hors cantine ?
Charles-Franck Lévy : C’est vrai qu’on n’a pas annoncé, par exemple, de mesures particulières pour le moment sur la question du mercredi, même si on est bien conscients que c’est un point extrêmement important, tout simplement parce que ça doit se faire avec les acteurs associatifs. On sait très bien que ce n’est pas la Ville de Lyon qui, elle-même, toute seule, va mettre en place les activités du mercredi après-midi. Aujourd’hui, on sait que les conventions d’objectifs et de moyens, notamment, mais les conventions partenariales avec les MJC, les centres sociaux, les maisons de l’enfance, sont repoussées jusqu’à la fin de l’année. Donc, dès l’arrivée du nouveau mandat, nous travaillerons avec les acteurs associatifs pour renforcer l’offre associative, y compris en semaine l’après-midi, mais aussi le mercredi. Il y a un point qu’on n’a pas évoqué : c’est la question des vacances. Aujourd’hui, pendant les vacances scolaires, l’offre est prise en moins de deux minutes à travers les réseaux, à travers internet, à travers les réservations proposées. Donc on va travailler avec le tissu associatif de l’éducation populaire, mais pas que : également avec les opérateurs culturels, avec les clubs sportifs. C’est une offre globale qu’on va proposer sur la semaine, mais également sur le mercredi après-midi, et aussi proposer, en lien avec la Métropole, des activités sportives pour les jeunes pendant les vacances.
Vous, Stéphanie Léger, quels ajustements, quelles modifications sensibles ou majeures voulez-vous apporter sur le périscolaire ? En plus de cette ouverture le mercredi après-midi : est-ce que ce n’est pas le cas actuellement ?
Stéphanie Léger : Depuis le début du mandat, en partenariat très fort avec les associations d’éducation populaire, on ne l’a jamais fait seules. Nous avons amélioré le temps de la pause méridienne avec le marché de la restauration et l’éducation au goût. Nous avons amélioré le temps périscolaire du soir avec une nouvelle organisation et des activités plus larges, et une souplesse dans l’organisation familiale. Et nous avons toujours dit que la troisième étape serait le mercredi toute la journée. Donc ce n’est pas quelque chose de nouveau : c’est quelque chose qui est discuté, qui a été évoqué, bien sûr, avec l’éducation populaire. Certaines associations, comme certaines MJC, proposent déjà le mercredi après-midi. C’est comment, à la fois, l’offre municipale et l’offre associative permettent de répondre aux besoins des familles, qui se sont très fortement exprimées sur la question du mercredi. Ensuite, nous, il y a la question aussi de l’animation, de la filière animation. Nous avons vraiment souhaité mieux rémunérer, mieux valoriser, mieux former nos animateurs, car il s’agit pour nous de les reconnaître comme des acteurs éducatifs, avec leurs propres compétences. Et donc nous avons créé des postes pérennes au sein des équipes municipales, environ 160 postes, à la fois en directeurs d’accueil de loisirs, mais aussi en animateurs. Parallèlement, nous avons créé cette licence professionnelle avec l’Université Lyon 2 de coordination des accueils périscolaires. On a vraiment travaillé sur la question de la filière animation : pour que, à la fois, nos animateurs soient plus payés, et c’est ce qui se passe avec le périscolaire du soir, c’est ce qui se passera avec le mercredi toute la journée, mais qu’ils soient également mieux rémunérés, valorisés, reconnus, et puis mieux formés. Et on va continuer sur le prochain mandat en les formant sur toute une série de situations : les violences sexuelles et intrafamiliales, mais aussi la question du harcèlement, la question de l’accueil des enfants en très grande précarité. Aujourd’hui, accueillir un enfant qui ne mange pas ou qui ne dort pas, ce n’est pas comme accueillir un enfant ordinaire. Il y a la question, à la fois, du handicap, et la question de la qualité des activités périscolaires proposées.
Charles-Franck Lévy, vous avez du retard sur le temps de parole. Je vous ai vu sourire sur le bilan des temps périscolaires, sur le mandat écoulé. Vous évoquiez des difficultés à un moment donné.
Charles-Franck Lévy : De toute façon, il est clair que le dispositif PEPS a été très fortement contesté par les parents d’élèves, ce qui a obligé d’ailleurs la Ville de Lyon, sur injonction du maire de Lyon, à revenir en arrière, à changer de formule, etc., et d’arriver à une sorte…
Stéphanie Léger : Si, ça a été revu.
Charles-Franck Lévy : Il y a quand même eu quelques pétitions, mais ce n’est pas grave.
Stéphanie Léger : Il y a quand même eu des pétitions, on est d’accord.
Charles-Franck Lévy : Donc du coup, tout ça a été revu, retravaillé. La proposition du mercredi, vous savez, ils avaient fait la même proposition en 2020. On n’a rien vu venir durant le mandat. On a changé plus les temps périscolaires. Donc du coup, il y a cette promesse aujourd’hui qui est faite. Nous, on dit qu’on le travaillera avec les acteurs associatifs, les acteurs culturels de notre ville. On sait aujourd’hui qu’il y a des associations sportives qui sont dans les écoles, mais on ne les fait pas travailler, on n’est pas en partenariat avec la Ville de Lyon durant le temps périscolaire. Et nous expérimentons sur les accueils, sur les temps périscolaires. Au bout de six ans, il faut faire plus qu’expérimenter : il faut mettre en œuvre. Donc du coup, l’idée, c’est d’arriver…
Stéphanie Léger : Est-ce que vous avez fait des mandats précédents, monsieur ?
Charles-Franck Lévy : Les rythmes scolaires, ce sont des débats nationaux.
C’est aussi migraineux pour les parents ?
Charles-Franck Lévy : Tout à fait, exactement. Et pas que pour les parents.
Mais vous, par exemple, puisque dans les critiques qui pouvaient exister sur PEPS, c’était l’impossibilité de venir chercher son enfant quand on veut : est-ce que vous, vous avez un système qui pourrait permettre aux parents de venir chercher les enfants quand ils veulent, tout en ayant des activités de qualité qui ne soient pas simplement de la garderie ?
Charles-Franck Lévy : Il est évident que sur cette question du temps, notamment du soir, il faut renforcer, avec les acteurs d’éducation populaire, le « qu’est-ce qu’on fait durant ce temps-là ». Sachant qu’il y a aussi, peut-être, pour certains enfants, non pas le fait de ne rien faire, mais parfois, après une journée complète de travail, laisser l’enfant jouer tranquillement dans la cour avec ses copains. C’est ce qu’ils appellent les moments tranquilles. Ça peut aller également dans le bon sens. Donc, en effet, je pense qu’on ne peut pas non plus raisonner de la même manière sur toutes les écoles. On sait qu’il y a des écoles où ce n’est pas possible de faire des sorties différées, et des écoles où c’est possible. Donc il faut arriver à trouver un système, mais toujours en lien avec les conseils d’école, en lien avec les parents d’élèves, en lien avec les professionnels de l’éducation.: S’il y a eu une réaction aussi importante, c’est parce que certains parents ont le sentiment, et plus que le sentiment, que tout ceci a été imposé sans dialogue, sans concertation. Donc utilisons les outils qui sont à notre disposition, conseils d’école, rencontres régulières avec les parents d’élèves, pour offrir une offre la plus adaptée possible. Moi, je n’ai pas envie de venir aujourd’hui devant vous en disant : voilà, ça sera comme ça, de telle manière, parce qu’aujourd’hui, personne n’en sait rien, si bien madame Léger que moi-même, tout simplement parce qu’il faut travailler avec les acteurs du terrain.

Article de propagande préélectorale trop long et clientéliste !