Alexis Pariset, directeur régional et associé chez Grant Alexander, groupe de conseil RH
Alexis Pariset, directeur régional et associé chez Grant Alexander, groupe de conseil RH

Recrutement des cadres : "c’est une année de convalescence active" soutient Alexis Pariset

Alexis Pariset, directeur régional et associé chez Grant Alexander, cabinet de conseil RH, est l'invité de 6 minutes chrono/ Lyon Capitale.

Après deux années moroses, le marché du recrutement des cadres et des dirigeants montre de timides signes de reprise. C'est ce que confirme Alexis Pariset, directeur régional et associé chez Grant Alexander, cabinet de conseil RH basé à Lyon. "Il y a un très léger frémissement depuis quelques mois", reconnaît-il, tout en tempérant : 2026 s'annonce davantage comme une année de consolidation que de véritable rebond.

Le dernier baromètre de l'APEC (l’Association pour l’emploi des cadres) met en lumière un paradoxe révélateur : si 51 % des grandes entreprises prévoient de recruter au premier trimestre 2026, le moral des cadres reste au plus bas, comparable à celui de la période Covid. Pour Alexis Pariset, ce décalage s'explique par une asymétrie de perception : les entreprises ont retrouvé une visibilité opérationnelle à court terme, quand les candidats, eux, restent préoccupés par leur situation personnelle et patrimoniale, et mesurent davantage le risque que représente un changement de poste.

Du côté des jeunes actifs, l'envie de bouger est pourtant bien là : 61 % des cadres de moins de 35 ans envisagent de changer d'entreprise d'ici fin 2026, soit un bond de 9 points. Mais ces profils sont exigeants : ils attendent des entreprises une stratégie claire, une qualité managériale affirmée et un équilibre entre vie professionnelle et personnelle, des promesses difficiles à tenir dans un contexte économique encore incertain.

Autre signal préoccupant : l'insertion des jeunes diplômés bac+5 recule pour la deuxième année consécutive. Alexis Parizet pointe notamment la concurrence de l'intelligence artificielle, qui commence à supplanter les juniors dans certains secteurs de services. Le rebond, lui, est attendu pour 2027, à condition que les contextes géopolitique et fiscal se stabilisent. En attendant, le mot d'ordre reste le même : "Nous devons être confiants."

Lire et écouter aussi : "Il faut y croire, c'est le message de ce début 2026" exhorte Kathie Werquin, directrice régionale de la Banque de France


La retranscription intégrale de l'entretien avec Alexis Pariset

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouveau rendez-vous de 6 minutes chrono. Nous accueillons aujourd'hui Alexis Pariset. Bonjour.

Bonjour Guillaume Lamy.

Alexis Pariset, vous êtes directeur régional et associé chez Grant Alexander, groupe de conseil RH. Alors Alexis Pariset, le dernier baromètre de l’APEC, l’Association pour l’emploi des cadres, parle d’un après deux années moroses. Vous recrutez des cadres et des dirigeants à Lyon. Est-ce que vous ressentez concrètement cela sur le terrain ?

Il y a un très léger frémissement, en effet, depuis quelques mois. Après deux années, il y a eu une forte baisse à partir de fin 2023. Il y a donc une très légère reprise des recrutements sur le marché des cadres et des dirigeants. On estime que c’est davantage une année de consolidation qui va se dérouler en 2026. Nous sommes surtout sollicités sur des sujets de réorganisation, de restructuration et de consolidation des entreprises pour anticiper notamment l’année 2027.

L’APEC pointe un paradoxe saisissant. Les grandes entreprises relancent leurs intentions d’embauche : 51 % prévoient d’en recruter au premier trimestre 2026. Pour autant, le moral des cadres reste au plus bas, comparable à celui de la crise Covid. Comment expliquez-vous ce décalage entre, d’un côté, l’optimisme des employeurs et, de l’autre, le pessimisme des candidats ?

Cela s’explique de la façon suivante. Nos clients, les entrepreneurs et les entreprises, constatent une légère reprise opérationnelle. Ils ont donc une visibilité sur les prochains mois. Du côté des candidats, il existe néanmoins une inquiétude par rapport à leur situation patrimoniale et personnelle. Il y a toujours eu un décalage entre la perception des entreprises et celle des candidats.

Il y a toujours eu un décalage, certes, mais est-il est peu plus fort ces dernières années ?

Les candidats, en changeant d’entreprise, se projettent sur plusieurs années. La prise de risque est donc toujours plus importante pour le candidat, même si elle est également très conséquente pour les entreprises, notamment en raison d’une fiscalité toujours plus lourde imposée aux entreprises cette année.

Un chiffre frappant du baromètre : 61 % des cadres de moins de 35 ans envisagent de changer d’entreprise d’ici la fin de l’année. C’est un bond de 9 points. Chez Grand Alexander, observez-vous cette génération qui attend le moment important, je cite, le "moment opportun" à l’APEC pour bouger ?

Oui, tout à fait. Sur cette tranche d’âge, nous constatons une forte envie de changement et de se challenger sur un nouveau projet professionnel. Ces personnes attendent aussi un projet très clairement défini de la part des entreprises, notamment en termes de stratégie, de qualité managériale et toujours dans un souci d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Le problème, c’est que les entreprises, compte tenu du climat et du contexte actuels, ont très peu de visibilité. On imagine que leurs stratégies sont un peu dans le flou, non ?

Elles sont dans le flou si l’on parle des entreprises qui recrutent. Leur perspective se dégage néanmoins sur des marchés bien ciblés. On peut citer des marchés qui ont énormément souffert ces dernières années, notamment l’industrie, la métallurgie et la chimie, qui sont aujourd’hui soutenus par des secteurs en forte croissance comme la défense, le nucléaire et certains secteurs des services, comme les assurances.

Une des invitées de 6 minutes chrono que j’ai eu l’occasion d’interroger, Kathie Werquin, directrice de la Banque de France Auvergne-Rhône-Alpes, évoquait effectivement l’industrie comme un secteur en difficulté. L’APEC, dans son baromètre, alerte sur le fait qu’une reprise des recrutements pourrait raviver les tensions et la concurrence entre employeurs, comme en 2021-2022. Pour les entreprises lyonnaises qui cherchent des cadres et des dirigeants, quel conseil donneriez-vous pour anticiper cette guerre des talents ?

Pour les entreprises qui le peuvent, il est important de se projeter sur la durée et d’intégrer dans leurs effectifs des personnes qui seront en mesure de préparer la reprise attendue en 2027 et 2028.

Dernier signal préoccupant de ce baromètre : l’insertion des jeunes diplômés bac+5 recule pour la deuxième année consécutive, avec seulement 70 % en emploi un an après leur diplôme. Les entreprises ont-elles tort de bouder les jeunes profils et que faudrait-il pour changer les pratiques de recrutement afin d’inverser cette tendance ?

Elles n’ont pas forcément tort, elles font face à la réalité. Dans cette période économique compliquée, il y a moins d’embauches de juniors, puisque ces entreprises ont beaucoup plus de mal à se projeter dans l’avenir et la fiscalité est peu encourageante pour l’embauche des jeunes diplômés. Les jeunes diplômés ont en outre une période d’apprentissage et ne sont pas immédiatement opérationnels. Nous constatons également que, dans un certain nombre de domaines, l’intelligence artificielle concurrence fortement l’embauche des jeunes diplômés, notamment dans les services.

Ma dernière question, vous avez 20 seconde : est-ce que 2026 est vraiment l’année du rebond ou simplement celle d’une convalescence ?

C’est une année de convalescence active. L’ensemble des dirigeants prévoit une reprise plutôt en 2027, dans la mesure où les contextes géopolitiques et les politiques internes pourraient se stabiliser et devenir un peu plus favorables qu’aujourd’hui.

En un mot, vous êtes plutôt confiant ?

Nous devons être confiants, tant chez les entrepreneurs que chez nos candidats.

Merci beaucoup, Alexis Pariset, d’être venu nous faire un point sur le recrutement des cadres. Pour plus d’informations, c’est www.lyoncapitale.fr. À très bientôt.

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